28/06/2026 ssofidelis.substack.com  15min #318468

L'étrange bellicisme de Zelensky en pleine militarisation de l'Europe

Par Joaquin Flores, le 28 juin 2026

Grâce à l'étrange bellicisme de Zelensky, la Russie dispose de tous les arguments éthiques nécessaires pour passer à l'action.

De nombreuses questions se posent alors que le président russe Vladimir Poutine et le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov viennent d'affirmer que l'Occident a franchi un point de non-retour dans ses hostilités contre la Russie. L'OTAN a abandonné ses derniers faux-semblants diplomatiques, passant d'une volonté de confiner le conflit à l'Ukraine à la préparation d'un conflit permanent et élargi.

Le président américain Trump, rhétorique mise à part, a soutenu un Zelensky par ailleurs isolé, l'aidant à se maintenir au pouvoir alors que Londres souhaitait son départ pour conclure un accord de type Minsk avec Moscou. Mais la Russie n'est absolument pas intéressée par un scénario du type Minsk qui a justement mené à ce stade du conflit. Peut-être que paradoxalement, cette situation indique que la voie politique la plus directe pour atteindre les objectifs de l'opération militaire spéciale (SMO) passe par le maintien au pouvoir de Zelensky, avec son cocktail unique d'incompétence, de violence et d'irrationalité.

Par conséquent, la stratégie de survie optimale de Zelensky repose sur un élargissement artificiel du théâtre des opérations, notamment en entraînant l'Europe dans un conflit direct le long des frontières de la Biélorussie ou des pays baltes. Le comique de la situation réside bien sûr en ce qu'une guerre de plus grande ampleur ferait instantanément dérailler la fragile ambition de l'Europe de relancer sa base industrielle à un rythme soutenu jusqu'en 2030. Les analystes de l'OTAN eux-mêmes n'envisagent pas sérieusement le scénario fantaisiste selon lequel l'Europe pourrait mener simultanément une guerre ouverte contre la Russie et financer avec succès une refonte institutionnelle de son secteur de défense national. Ironiquement, l'épuisement quasi total des stocks actuels de l'Europe était censé être le catalyseur même de ce renouveau industriel qu'elle a d'ailleurs entrepris, notamment depuis 2025. Malgré les divergences sur le présent et l'avenir entre Kiev et Londres, un consensus semble se dégager sur la nécessité d'étendre le conflit.

La militarisation effrénée de l'Europe, dont l'objectif arbitraire serait d'atteindre un état de "préparation" opérationnelle d'ici 2030, ainsi que le rôle de Zelensky dans ce schéma, soulèvent quelques questions plutôt fondamentales. On est en droit de se demander si cette trajectoire correspond à une véritable posture stratégique, à un bluff désespéré pour négocier, ou simplement à un mécanisme pratique pour soutenir les programmes des euro-obligations ukrainiennes et de NextGeneration EU. Après plus de quatre ans de combats, l'illusion d'une percée diplomatique dans le conflit entre la Russie et l'OTAN s'est officiellement effondrée, et les deux parties l'admettent désormais sans détour.

La véritable comédie tient toutefois à ce cercle vicieux psychologique auquel personne ne s'attendait. Entre le recours de Zelensky au terrorisme et la mobilisation industrielle ouverte de l'Europe, la société russe affiche une détermination renforcée plutôt que prétendument fragilisée. Moscou agit désormais avec la conviction que ses objectifs géopolitiques ne peuvent être atteints que par la force militaire et un niveau accru de mobilisation nationale. En exprimant haut et fort ce que l'on passait sous silence, les stratèges occidentaux ont involontairement éliminé les fractures internes mêmes qu'ils espéraient exploiter, aggravant ainsi les difficultés stratégiques de leur politique maladroite.

Mais la crise énergétique que l'Europe s'est elle-même infligée a complètement asphyxié son économie nationale, rendant son soutien financier actuel à l'Ukraine de plus en plus ruineux tout en bouleversant complètement les fondements économiques de l'expansion militaro-industrielle pilotée par l'État. L'Allemagne, pour sa part, se retrouve à payer près du double des prix médians de l'énergie pratiqués par ses homologues du G7, une réalité qui rend son industrie lourde, par définition, non compétitive. L'intervention de l'État peut garantir des contrats de défense à des prix surévalués, mais elle ne peut légiférer pour faire disparaître des coûts énergétiques bruts toujours aussi pesants.

Fort de l'expérience de la farce historique que furent les accords de Minsk, Moscou avait anticipé cela dès le départ. La Russie reste hostile à toute trêve éphémère dépourvue du processus et du cadre d'un règlement permanent, qui consacrerait juridiquement les objectifs de l'opération militaire spéciale (SMO) par le biais de protocoles et de traités. À Kiev, on ne veut pas en entendre parler, car cette paralysie resserre encore davantage l'étau autour de Zelensky tout en suspendant provisoirement le "projet Zaluzhny" orchestré par Londres.

Cette réalité s'est vue illustrée comme jamais lors du discours prononcé le 24 juin au Kremlin devant un parterre d'officiers diplômés des académies militaires, des services de renseignement et des forces de l'ordre de l'État.  Dans son allocution, le président Vladimir Poutine a appelé les diplômés à faire preuve d'une vigilance exceptionnelle, soulignant que les dirigeants européens et de l'OTAN se préparent ouvertement à une confrontation militaire directe avec Moscou, bien que les citoyens des États membres y soient largement opposés. Il semble ainsi que les dirigeants russes aient définitivement perdu toute patience face aux capitales occidentales qui, selon eux, ne poursuivent d'autre voie que celle du réarmement, de la conscription massive, puis de la guerre.

Moscou estime que les précédentes propositions occidentales en faveur d'un cessez-le-feu, d'une désescalade tactique ou d'un apaisement ne sont que des manœuvres destinées non seulement à donner un répit aux Forces armées ukrainiennes (AFU) pour consolider leurs positions et se réapprovisionner, mais aussi à permettre aux membres de l'OTAN, du point de vue militaro-industriel, de développer leurs chaînes de production en vue d'une offensive majeure après 2029. Selon le président Poutine, cette évolution s'accompagne d'un recours systématique à l'argument de la "menace russe" pesant sur la région baltique pour obtenir le consensus social et politique nécessaire aux États occidentaux et poursuivre effrontément une militarisation sans précédent.

Naturellement, l'OTAN s'empresse de mettre la main à la poche pour y parvenir

En effet, comme l'a fait remarquer Poutine, la campagne en faveur d'une guerre contre la Russie est impopulaire auprès des citoyens des États membres européens, surtout si elle aggrave l'austérité. Pourtant, avec l'inflation et la hausse des coûts énergétiques qui viennent aggraver la situation, les  dépenses de défense des États membres européens de l'OTAN et du Canada ont bondi de 20 % en termes réels, pour atteindre un total de 574 milliards de dollars. Moscou a toujours qualifié d'entièrement infondées les mises en garde occidentales concernant d'éventuelles ambitions territoriales russes contre l'OTAN, soulignant au contraire que les appels périodiques au cessez-le-feu lancés par le bloc atlantiste suivent un schéma historique bien connu et plutôt cynique, fondé entièrement sur une indifférence des citoyens.

Une fois encore, les stratèges occidentaux vont discrètement orchestrer de graves menaces sécuritaires contre la Russie, probablement à Kaliningrad et en Biélorussie afin de provoquer une riposte défensive inévitable. Cette réaction sera ensuite récupérée pour servir de justification politique à une nouvelle mobilisation militaire et à des augmentations budgétaires offensives. Ce petit jeu insensé a été comparé par le président russe aux manœuvres diplomatiques qui ont précédé l'invasion de l'Union soviétique en 1941, lorsque l'Allemagne nazie a maladroitement tenté de faire passer l'État cible pour l'antagoniste. Il semble que le scénario n'ait pas changé, il est simplement devenu plus coûteux.

Parallèlement, la réalité tactique sur le terrain fait apparaître un vecteur d'intensification du conflit global, à travers les attaques de drones longue portée contre des villes russes, une forme de terrorisme d'État, comme le précise un précédent article :  Le terrorisme de Zelensky rassure ses soutiens occidentaux, mais la paix peut-elle vraiment y mettre un terme ? Les dangers d'une Ukraine numérique. Poutine a qualifié l'escalade des opérations ukrainiennes de drones sur les centres urbains, y compris un récent recours massif à 194 systèmes téléguidés visant la région de la capitale, de stratégie auxiliaire optimisée pour produire un impact psychologique plutôt qu'une réelle pertinence militaire. Ces incursions, qui ont entraîné des dégâts aux infrastructures civiles ainsi que des victimes parmi la population civile, sont perçues par Moscou comme une tentative soutenue par l'Occident de saper la confiance du public dans les capacités défensives de l'État. Toutefois, l'analyse conclut que les capitales d'Europe occidentale restent confrontées à des contraintes internes pour autoriser des frappes directes lancées explicitement depuis leur territoire, une hésitation découlant du calcul stratégique d'une riposte inévitable et proportionnée de la part de l'État russe.

Le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, lors de son discours aux  Conférences Primakov du 24 juin, s'est prononcé dans le même sens que Poutine, indiquant clairement que l'époque où l'on pouvait se fier aux assurances diplomatiques occidentales était définitivement révolue :

"Pour la Russie, c'est une question de principe, et nous n'accepterons aucune solution temporaire ou provisoire, et encore moins des ultimatums dictés par des tiers".

Tout en affirmant que Moscou reste théoriquement ouverte aux négociations sur le conflit ukrainien, il a souligné qu'une proposition sérieuse doit être mise sur la table. Le cœur de ce revirement diplomatique demeure lié au calendrier sous-jacent du réarmement continental. Lavrov a lancé un avertissement explicite selon lequel les risques d'un affrontement direct entre l'OTAN et la Russie sont réels, s'appuyant sur une analyse claire selon laquelle l'Union européenne cherche activement à engager des pourparlers pour sauver l'Ukraine et gagner du temps afin d'atteindre une pleine capacité de combat contre la Russie d'ici 2030. Moscou a exprimé son inquiétude explicite concernant  la politique française visant à étendre son parapluie nucléaire à d'autres États membres de l'UE et de l'OTAN. En fin de compte, la diplomatie russe a signalé une rupture définitive avec la période précédente, M. Lavrov concluant que

"les Européens doivent bien être conscients qu'il n'y aura pas de retour au modèle sécuritaire des années passées".

Le pouvoir atlantiste en Europe connaît une transition profonde et systémique, s'éloignant des dividendes de la paix de l'après-guerre froide pour s'orienter vers un état de préparation à la guerre totale et de haute intensité. Il ne s'agit pas d'un simple éventail de politiques réactives, mais d'un réalignement délibéré motivé par la reconnaissance de tensions multipolaires profondes et par la perspective imminente d'une confrontation cinétique directe prévue pour la période 2029-2030.

Poutine et Lavrov ne s'adonnent pas à une théorie du complot paranoïaque. Cette mobilisation industrielle a été ouvertement détaillée dans la presse atlantiste ces dernières années, même si ces articles ont été noyés ou oubliés sous une avalanche de reportages consacrés aux pourparlers de paix et à un probable cessez-le-feu. L'une des initiatives les plus audacieuses a été dévoilée le 4 mars 2025, lorsque  The Guardian a détaillé la proposition de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, visant à allouer des moyens considérables à la défense. Initialement baptisé "Plan ReArm Europe", il a été renommé " Feuille de route de préparation à 2030" pour des raisons politiques. Ce projet initial exposait clairement son ambition de lever jusqu'à 800 milliards d'euros de capitaux publics et privés, une initiative décisive pour établir une base industrielle souveraine, indépendante des tensions politiques au sein de l'UE ou du désengouement croissant de l'administration Trump. Confrontée à de vives frictions de la part de Rome et de Madrid quant aux définitions militaristes explicites et aux contraintes budgétaires strictes, Bruxelles a officialisé la stratégie sous la bannière plus acceptable du "Livre blanc sur la défense européenne". Pourtant, les mécanismes sous-jacents sont toujours les mêmes : contourner les seuils d'endettement nationaux, imposer des marchés publics transfrontaliers collaboratifs et réorganiser les infrastructures pour permettre une projection logistique rapide vers l'Est.

Au printemps 2026, les évaluations des services du renseignement sous-jacentes à cette transition ont été rendues publiques pour obtenir l'adhésion des citoyens. Le 15 mai 2026,  Ukrainska Pravda a relayé une interview du chef d'état-major allemand et de son homologue britannique dans la Süddeutsche Zeitung, lançant un avertissement explicite selon lequel la transition globale de la Russie vers une économie de guerre lui donnera la capacité de tester la dissuasion collective de l'OTAN d'ici 2029, voire avant. Ce calendrier officiel devient une politique nationale quelques semaines plus tard, le 5 juin 2026, lorsque  Anadolu Ajansi rend compte du discours du ministre allemand de la Défense Boris Pistorius devant le Bundestag, où il exige que l'appareil fédéral devienne kriegstüchtig ["apte à la guerre"] d'ici 2029. Pistorius a clairement indiqué que l'époque où l'on comptait sur le parapluie conventionnel américain est révolue, et que la dissuasion serait vaine à moins que la capacité industrielle ne modifie ses échéances matérielles sur un horizon de trois ans.

Cet avertissement a été repris le 12 juin 2026 par  CBC News, qui a synthétisé un consensus plus large des services du renseignement de l'OTAN indiquant que la Russie est en passe de déployer activement des forces conventionnelles substantielles le long de la frontière des pays baltes, contraignant Berlin à un vaste programme d'expansion de la défense à long terme, d'un montant de 1 000 milliards de dollars, pour combler les lacunes critiques en matière de capacités avant qu'il ne soit trop tard. Enfin, le 15 juin 2026,  INSIGHT EU Monitoring a confirmé que le Conseil de l'Europe a officiellement entériné cette approche à 360 degrés du renforcement de la préparation continentale. En accélérant l'adoption du "Defence Readiness Omnibus" et du Programme européen pour l'industrie de la défense, l'Europe a commencé à imposer des exigences standardisées sur des marchés historiquement fragmentés, transformant ainsi une industrie de la défense morcelée en une chaîne de production unifiée et à grande échelle, conçue pour faire face à une longue période de tensions intenses.

Selon des données récentes de l' Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), les pics de dépenses européennes ont compensé les récentes baisses de l'aide extérieure occidentale, portant les budgets militaires continentaux à un niveau prévu de 2,5 % du PIB régional. Cette impulsion vise directement à soutenir la solvabilité souveraine de Bruxelles et à huiler les rouages du marché des euro-obligations, tout en renforçant une posture hostile à l'égard de la Russie.

Pour convertir ces capitaux en capacité opérationnelle, Bruxelles a commencé à codifier son appareil de défense par le biais du  Programme européen pour l'industrie de la défense (EDIP), qui s'appuie sur plus de 650 milliards d'euros de marges d'emprunt nationales supplémentaires pour encourager les achats conjoints entre plusieurs États. Parallèlement, le  programme de travail 2026 pour le Fonds européen de défense (FED), récemment lancé par la Commission européenne, a consacré plus d'un milliard d'euros exclusivement à la recherche de nouvelle génération, ciblant les déficits critiques en matière de défense aérienne, de systèmes de missiles et de production de munitions lourdes. Pourtant, les planificateurs européens resteront fortement limités par des chaînes d'approvisionnement nationales rigides et par les coûts énergétiques élevés qui continuent d'entraver la base industrielle lourde du continent.

En fin de compte, les déclarations de Poutine et de Lavrov du 24 juin nous montrent que Moscou ne se contente plus de mettre en garde contre des cessez-le-feu tactiques, mais réagit vigoureusement au calendrier de réarmement à moyen terme de l'Europe. En identifiant ouvertement les perspectives 2029-2030 comme moteur de la mobilisation de Bruxelles, les dirigeants russes ont apparemment scellé leur rupture avec le modèle de sécurité de l'après-guerre froide. Moscou considère désormais l'ensemble du conflit sous l'angle d'un renforcement militaire occidental planifié dans le temps, neutralisant ainsi toute ambiguïté diplomatique. Cette prise de conscience enferme les deux parties dans une course directe à l'endurance industrielle et militaire, balayant l'illusion d'un compromis politique et imposant une question sous-jacente délicate : l'Europe pourrait-elle réellement être "prête pour la guerre" d'ici quatre ans ? Si la diplomatie finit par déterminer l'issue du conflit et définir la position officielle de Moscou sur le statut de l'"opération militaire spéciale", la véritable question n'est plus de savoir comment la guerre prendra fin, mais si une autre issue a jamais été réellement envisagée. Si la trajectoire actuelle perdure, peut-on sérieusement s'attendre à ce que les objectifs de la Russie soient atteints ailleurs que sur le champ de bataille, sans la moindre trêve dans les combats ? Grâce au bellicisme insensé de Zelensky, la Russie dispose de tous les arguments éthiques nécessaires pour poursuivre ses objectifs.

Traduit par  Spirit of Free Speech

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