30/06/2026 reseauinternational.net  5min #318675

La France transforme Airbus en arsenal volant de missiles et de drones

par Alexandre Lemoine

Pendant des décennies, les avions de transport militaire n'avaient qu'une seule mission simple, à savoir transporter du fret, des équipements de combat et des troupes aéroportées. Mais les réalités des guerres modernes transforment la vision de ce que peut être un avion sur le champ de bataille. La France a décidé de transformer un simple avion de transport en arsenal volant.

Le consortium européen Airbus Group a obtenu un contrat pour une modernisation radicale des avions de transport militaire A400M Atlas de l'armée de l'air française, qui permettra de les utiliser non seulement comme transporteurs, mais aussi comme porteurs de missiles de croisière, de drones d'attaque, voire comme postes de commandement aériens.

Le 16 juin, la société Airbus Defence and Space  a signé un contrat avec l'Occar (Organisation conjointe de coopération en matière d'armement), agissant au nom de la Direction générale de l'armement (DGA) de la France, pour le développement de nouvelles capacités pour l'avion A400 Ces modernisations, menées dans le cadre du programme Système de missions parallèles (PMS), visent à doter l'A400M français de capacités polyvalentes dans les domaines du renseignement, de la surveillance et de la reconnaissance (ISR).

"L'A400M est un véritable couteau suisse pour les forces armées qui l'utilisent. Il possède les capacités et le potentiel pour élargir encore davantage le champ de ses missions. Grâce à ce développement, l'armée de l'air et de l'espace française acquiert un avion capable de devenir un instrument tactique de commandement et de contrôle (C2) dans les airs", a déclaré Jean-Brice Dumont, vice-président exécutif en charge de la puissance aérienne chez Airbus Defence and Space.

Dans le cadre du programme PMS, un nouveau système de gestion de vol sera installé à bord de l'avion, destiné à l'intégration de capteurs et de systèmes de communication supplémentaires, ainsi qu'au pilotage de drones et de missiles lancés depuis la soute cargo de l'appareil. L'équipage pourra ainsi coordonner les actions des forces terrestres, des hélicoptères et des chasseurs au cours d'une opération de combat interarmées.

Airbus Defence and Space étudie également la possibilité d'installer sur l'A400M un système de guerre électronique à longue portée et une fonction de "vecteur" pour le lancement en vol de drones et de missiles.

Airbus travaille depuis plusieurs années sur le programme A400M Mothership, visant à créer un avion porteur capable de lancer des drones et des missiles de croisière directement depuis sa soute cargo. Un seul appareil pourra emporter jusqu'à 12 missiles de type Taurus ou jusqu'à 50 drones de différents types.

Une fois que l'avion a atteint une altitude élevée à des centaines de kilomètres de la ligne de front, des plateformes spéciales portant des missiles ou des drones sont éjectées par la rampe de la soute cargo, puis leurs moteurs s'allument et le vol autonome vers la cible commence.

L'A400M reste ainsi bien au-delà de la zone d'action de la défense anti-aérienne ennemie.

Le nouvel équipement sera installé à bord du premier A400M français en 2027 et testé en vol en 2028. Par la suite, plusieurs avions de l'armée de l'air et de l'espace française seront également modernisés pour recevoir le kit PMS.

"À long terme,  le système devrait permettre le pilotage de véhicules aériens sans pilote et de missiles lancés depuis la soute cargo de l'avion", écrit le portail Aerospace Global News.

Cependant, la transformation d'un avion de transport en centre de gestion du combat nécessitera une refonte sérieuse du système de communication embarqué.

"L'A400M peut servir de  centre de communication, redistribuant l'information entre d'autres systèmes embarqués et au sol. En tant qu'avion militaire doté d'une certification civile, l'A400M est équipé de systèmes de radiocommunication chiffrés et de moyens de communication utilisés dans l'aviation commerciale. Tout cela relève de la communication à bande étroite, fonctionnant à faible débit de transmission de données, car elle est avant tout destinée à la transmission de la voix et des données de base", indique Airbus.

Le développement de cet arsenal volant est en grande partie lié aux réalités des combats en Ukraine, qui ont montré que les drones sont devenus l'un des principaux moyens de frappe de la guerre moderne. Or un chasseur spécialisé coûteux n'est pas nécessairement requis pour lancer des drones et des missiles de croisière.

Il est bien plus avantageux d'utiliser une plateforme existante dotée d'une grande capacité d'emport et d'un rayon d'action considérable.

L'A400M peut parcourir des milliers de kilomètres sans ravitaillement et transporter des dizaines de tonnes de charge utile. Il est parfaitement adapté à la création d'un arsenal volant capable de déployer un essaim de drones pratiquement à n'importe quel endroit de la planète.

Par ailleurs, le coût de la modernisation d'un avion de transport est nettement inférieur à celui du développement de chasseurs spécialisés.

La France n'est pas la première à innover dans ce domaine militaire.

Aux États-Unis, le concept d' Arsenal Plane (avion-arsenal) est développé depuis assez longtemps. Le Pentagone étudie la possibilité d'utiliser les avions de transport C-17 et C-130 pour le lancement de missiles de croisière à longue portée et de drones.

Les chasseurs modernes sont trop coûteux et n'embarquent qu'un stock limité d'armements. Il est bien plus rentable d'utiliser de gros avions de transport comme plateformes mobiles de missiles et de drones, restant hors de portée de la défense anti-aérienne ennemie.

Contrairement aux Américains, les Français ne misent pas uniquement sur les missiles et les drones, mais aussi sur le pilotage d'essaims de drones, ce qui transforme l'A400M à la fois en état-major, en éclaireur et en plateforme d'attaque.

source :  Observateur Continental

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