01/07/2026 mondialisation.ca  11min #318720

Les États-Unis ciblent les actifs énergétiques stratégiques de la Russie malgré leur « retrait de l'Ukraine ». Une conquête économique?

Par  Uriel Araujo

Washington se concentre de plus en plus sur les ressources énergétiques et les minéraux stratégiques russes, malgré ses déclarations visant à réduire son implication en Ukraine.

Les récentes mesures prises par le Trésor américain renforcent la surveillance exercée par les États-Unis sur les transactions majeures, tandis que la coordination des sanctions entre Trump et ses alliés accentue la pression sur le secteur énergétique moscovite.

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Alors même que l'administration Trump s'est « retirée » d'Ukraine, elle a redoublé d'attention sur les actifs énergétiques russes, ouvrant ainsi un nouveau front dans la lutte géopolitique plus large : d'une part, Washington a autorisé une dérogation aux sanctions sur le pétrole russe transporté par voie maritime, qui aurait dû expirer vers le 17 juin,  signalant ainsi sa volonté de rétablir des restrictions plus strictes

De plus, lors du sommet du G7, le président Trump a cherché à afficher sa force avec son style fanfaron habituel, déclarant «  Je suis le patron«, tout en signalant un plus grand alignement avec les objectifs de guerre de l'Ukraine et en apportant son soutien à une campagne de sanctions coordonnées contre Moscou.

À Londres, pendant ce temps, le Premier ministre britannique Keir Starmer (qui a récemment annoncé sa démission),  a fait écho à cette position plus dure en promettant des sanctions supplémentaires contre Moscou ainsi qu'un soutien accru au secteur ukrainien de l'énergie nucléaire.

Au-delà de la rhétorique des sanctions, cependant, le fait est que Washington a également exercé une influence croissante sur les transactions impliquant des actifs énergétiques russes. Un exemple notable est la  décision du département du Trésor de prolonger les négociations sur la cession des actifs internationaux de Lukoil, qui auraient une valeur d'environ 22 milliards de dollars.

Cette mesure permet aux États-Unis de  conserver leur contrôle sur toute vente éventuelle et laisse ouverte la possibilité que des entreprises occidentales puissent y participer si un accord a lieu. Cela comprend nottament  ExxonMobil,  Chevron et le capital-investissement américain tel que le  groupe Carlyle (connu pour ses  liens historiques  avec l'entourage de la  famille Bush), entre  autres.

Avec la poursuite  des sanctions contre les géants russes du pétrole et du gaz tels que Rosneft (et les pourparlers sur leur  expansion), ces mesures indiquent une stratégie plus large d'élargissement de l'emprise américaine sur les actifs énergétiques russes, mêmes'ils s'abstiennent bien de chercher à acquérir directement des participations dans les entreprises contrôlées par l'État russe.

Les recettes provenant de ces transactions sont souvent versées dans des comptes  gelés relevant de la juridiction américaine, plaçant Washington dans une position de négociation plus forte,  sans paiements directs aux entreprises russes. Ainsi, l'administration Trump resserre la surveillance des transactions impliquant des sociétés de ressources publiques russes, en  prolongeant la série General License 131, par exemple, tout en exigeant l'approbation de l'OFAC (Office of Foreign Assets Control) ; cela élargit l'influence américaine sur ces actifs stratégiques.

Cela reflète une obsession américaine plus profonde pour l'énergie et les minéraux critiques. certains analystes estiment que la superpuissance atlantique cherche à obtenir un « contrôle » accru ou des participations dans le secteur des ressources naturelles russes, qu'elle considère comme l'enjeu ultime. Même si Washington se retire de toute implication directe en Ukraine, certains analystes  estiment que la superpuissance atlantique cherche à obtenir un « contrôle » accru ou des participations dans le secteur des ressources naturelles russes, qu'elle considère comme l'enjeu ultime.

Dans ce scénario, Washington, comptant sur ses « alliés » (même avec toutes les  tensions transatlantiques actuelles), pourrait encore pousser l'encerclement de la Russie à travers l'Arctique -Baltique,  l'Europe centrale et ailleurs. Puis « tirer parti » de cette situation pour tenter d'atteindre ce qui a échappé aux États-Unis même dans les années 1990 : à savoir, exercer une influence directe sur les géants publics des secteurs de l'énergie et des mineraux.

Jusqu'à présent, les négociations comprennent  des pourparlers sur la coopération énergétique, que le Kremlin, de manière pragmatique, a confirmé publiquement dans une certaine mesure ; cependant, les intérêts américains pourraient finalement s'étendre à la recherche d'une plus grande participation à de futurs projets de ressources ou même inclure le contrôle des participations - limitant potentiellement l'accès futur de la Chine aux ressources stratégiques.

On accorde toutefois trop d'importance aux récentes  frappes de drones ukrainiens contre des raffineries de pétrole de la région de Moscou, dans le but de renforcer l'idée selon laquelle la pression pourrait aboutir à des concessions. Au-delà de la fumée et des effets visuels spectaculaires, les dégâts réels restent relativement limités et peuvent être  rapidement réparés.

On peut se rappeler, quoi qu'il en soit,, que Trump a longtemps mis l'accent sur les ressources dans son approche de la négociations. Selon certaines informations, ses propositions passées auraient notamment consisté à offrir à Poutine l'accès aux ressources naturelles de l'Alaska en échange de la « fin de la guerre ».

Jusqu'à présent, on ne peut que spéculer, mais cela s'inscrirait dans une tendance plus générale : Washington s'efforce depuis longtemps de  transférer le « fardeau » ukrainien sur ses alliés européens, comme je l'ai déjà  écrit.

L'intensification des  attaques de l'Ukraine contre les infrastructures russes, y compris des frappes répétées contre une  raffinerie clé de  Gazprom dans le district de Kapotnya à Moscou, pourraient réduire la capacité de raffinage, ce qui créerait des tensions sur le marché intérieur des carburants. Ces actions semblent viser à « coincer » la Russie économiquement, offrant ainsi (comme par hasard) à Washington une plus grande marge de manœuvre dans toute négociation - même si, à ce jour, rien ne permet de conclure publiquement à une orchestration directe par les États-Unis de frappes ukrainiennes spécifiques.

Le résultat potentiel, en tout état de cause, correspond aux objectifs occidentaux visant à priver l'adversaire de ses revenus et à lui imposer des concessions. Il faut néanmoins garder à l'esprit que Moscou a déjà  subi des dizaines d'attaques similaires à travers le pays par le passé et a sur en  atténué les effets grâce à  l'augmentation des exportations de pétrole brut, à l'importations de produits raffinés si cela s'avérait nécessaire ainsi qu'à des ajustements opérationnels dans des installations non endommagées. En d'autres termes, les attaques ukrainiennes génèrent une imagerie de propagande utile et provoquent des perturbations tactiques, mais leur effet stratégique est largement surestimé.

Quoi qu'il en soit, cette course aux ressources énergétiques et minérales est au cœur de  la politique étrangère de Trump concernant l'Arctique et d'autres régions :  les intérêts de Big Tech et d'IA géants de la technologie et les acteurs de l'intelligence artificiel exercent une forte influence, exigeant de vastes approvisionnements en énergie, des centres de données et des minéraux critiques.

Cela dit, mis à part les objectifs maximalistes mégalomanes américains, les participations de contrôle direct des États-Unis dans les principales sociétés d'État russes restent exagérées. Historiquement, Moscou a farouchement résisté au contrôle étranger sur ses ressources stratégiques, ce qui est une question centrale de souveraineté depuis les années 1990  chaotiques. Le modèle de Trump jusqu'à présent implique des menaces et des accords, en utilisant des sanctions comme effet de levier, ainsi que des investissements et un accès réciproque aux ressources - plutôt que des prises d'actions pures et simples à l'intérieur des États contradictoires.

Les objectifs américains réels ou plus « réalistes » pourraient être axés sur la réduction des revenus, les conditions de paix et une concurrence plus large, notamment face à la domination chinoise dans le domaine des mineraux. Encore une fois, l'administration américaine en place a  poursuivi des investissements fédéraux en actions dans les secteurs nationaux et ceux des pays alliés liés aux minéraux critiques, mais les « joyaux de la couronne » russes, pour ainsi dire, constituent une tout autre affaire.

Voilà pour les efforts de Trump visant à promouvoir de bonnes relations russo-américaines. Malgré ses déclarations sur le transfert de la responsabilité de l'Ukraine à l'Europe, Washington entretient de nombreux différends avec Moscou concernant l'énergie, les ressources minérales et l'Arctique. Dans ce contexte, le rôle de l'Ukraine en tant que mandataire exerce une pression qui renforce indirectement le pouvoir de négociation des États-Unis. Les ambitions américaines ne constituent toutefois pas un projet facile à mener à bien : Moscou rejettera toute tentative de contrôle étranger sur ses actifs énergétiques stratégiques, y voyant une menace existentielle pour sa souveraineté nationale ; elle a montré à maintes reprises qu'elle était prête à subir de lourdes pressions économiques plutôt que de céder la propriété de ses joyaux énergétiques.

Uriel Araujo

Lien vers l'article original:

 US Targeting Russia's Strategic Energy Assets Despite "Ukraine Exit". Economic Conquest?

L'article en anglais a été publié initialement sur  InfoBrics

Traduit par Maya pour  Mondialisation.ca

Image en vedette via InfoBrics.

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Uriel Araujo : Titulaire d'un doctorat (Ph.D.) en anthropologie, il est un spécialiste des sciences sociales spécialisé dans les conflits ethniques et religieux, et a mené de nombreuses recherches sur les dynamiques géopolitiques et les interactions culturelles. Il contribue régulièrement à Global Research et  Mondialisation.ca..

La source originale de cet article est Mondialisation.ca

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