02/07/2026 mondialisation.ca  9min #318821

Au 1000è jour de l'effroyable génocide en cours contre la population de Gaza, quels constats tirer?

Par  Daniel Vanhove

Ils sont nombreux à l'évidence, et impossible de tous les énumérer ici. Mais, avant toutes choses et qui nous concerne directement, celui d'un silence criminel de nos autorités, les plaçant de facto et en lettres de feu du mauvais côté de l'Histoire.

En réaction, l'opposition croissante de citoyens aux ''valeurs'' auxquelles nos chancelleries ont recours depuis des années et qui ne sont qu'une hypocrisie pour maquiller leur duplicité. Si cela peut paraître secondaire voire anodin à certains, les effets à terme sont pourtant importants, parce qu'ils décrédibilisent dorénavant l'habituelle parole moralisatrice de l'Occident global. La Palestine documente ainsi largement l'inanité de croire encore aux ''valeurs'' de liberté, égalité, justice, - à géométrie très variables - occidentales.

Drapés dans d'arrogants discours, nos gouvernements ont été ramenés aux réalités de terrain par la résistance et la résilience palestinienne, les mettant face à leurs creuses déclarations. Révélant chaque jour un peu plus le bluff, la couardise et les mensonges d'une diplomatie de salon qui en réalité n'a de cesse de collaborer avec le régime raciste israélien dont nous voyons partout et en tous lieux les violations d'accords entre parties, avant même que sèche l'encre au bas des documents.

Tous les acteurs de terrain, tous les militants, toutes les organisations humanitaires internationales ne peuvent que constater les incohérences flagrantes entre les déclarations officielles de ces responsables politiques et leurs agissements dans les faits. L'option est des plus claire: le business prime avant la plus élémentaire notion de justice. Il y a quelques années, ce qui a pu fonder les valeurs humanistes d'une Europe soucieuse de certains principes inviolables se trouve réduit à des contrats et des calculs financiers des plus sordides. Tel cet ''Accord d'association'' entre l'Europe et ''Israël'' qui aurait dû être dénoncé voilà bien des années au vu de la violation de l'un de ses principes de base en l'article 2 : le respect des Droits humains et des principes démocratiques. Ce qui n'est manifestement pas le cas et est largement documenté en ce sens. A ce titre, la récente visite de la Commissaire européenne aux Affaires méditerranéennes, Mme. Dubravka Suica avec le président israélien Isaac Herzog à Jérusalem, déclarant tout sourire : ''Je suis ravie d'être en ''Israël'', un de nos partenaires clés'', donne envie de vomir, et devrait faire l'objet d'un blâme officiel et d'une enquête de la part des autorités compétentes. L'économie et la finance - comme toutes les guerres - sont les raisons essentielles du génocide auquel nous assistons. Tout le reste n'est que décor et propagande pour distraire les citoyens des réels enjeux poursuivis par la caste prédatrice des multi-milliardaires jamais rassasiés au pouvoir. ( Les responsables de l'UE réaffirment leurs liens avec Israël. le 26 juin 2026)

Le président israélien Isaac Herzog rencontre la commissaire européenne commissaire européenne aux Affaires méditerranéennes, Dubravka Šuica, à Jérusalem le 23 juin 2026. Crédit photo © Kobi Gideon

Mais pour bien comprendre, il convient de remonter dans le passé, comme toujours. Et d'avoir le courage de reconnaître le caractère profondément colonial qui a animé les responsables des grandes puissances de l'époque, à décider après le traumatisme des camps d'extermination de la guerre 1939-1945 pour les Européens, de partager une terre étrangère à cette guerre, pour y établir ce qui au début devait être un foyer national pour les juifs, mais s'est traduit le 29 novembre 1947 à l'Assemblée générale des Nations-Unies en la résolution 181, préconisant le partage de la Palestine en deux États distincts: l'un de 56% du territoire pour les juifs minoritaires, et l'autre de 42% pour les Arabes majoritaires, les 2% restants étant réservés pour Jérusalem sous contrôle international.

Par cet acte, les Européens se sont déchargés à double titre de leur responsabilité dans le génocide orchestré par régime nazi : 1/ en imposant l'application de la résolution 181 à une population totalement étrangère aux crimes commis contre les juifs vivant en Europe à cette époque ; 2/ face au refus compréhensible de cette résolution 181 des pays arabes voisins, la désignation d'un antisémitisme de ceux-ci, alors qu'il est profondément d'origine européenne. Ce transfert commode indique d'ailleurs que cet antisémitisme européen est loin d'être éradiqué et peut ressurgir à tout instant, comme on l'observe régulièrement. Hier contre les juifs, aujourd'hui contre les musulmans.

Or, l'histoire des pays du Moyen-Orient nous enseigne que pendant des siècles, des populations de cultes divers ont cohabité sans problème majeur dans la région. Agnostiques, juifs, chrétiens, musulmans et autres croyants se côtoyaient sans souci, dans des sociétés où chacun avait sa place et pratiquait ses rites. Et ce n'est qu'au moment où les Européens se sont ralliés à l'idéologie raciale sioniste, y voyant une occasion d'expier leurs fautes sur les populations juives éliminées sous le règne de l'Allemagne nazie, que la situation s'est profondément dégradée, au point d'en arriver à prendre part de manière directe et indirecte au génocide actuel de Gaza.

Sans cette remise en question initiale, aucune explication ne tient la route. Et tous les discours sont biaisés. A ce stade et aux yeux du Droit international, ce n'est pas l'occupant ''Israël'' qui doit être reconnu comme ayant le ''droit de se défendre'', mais la Palestine occupée et sa population, agressée de toutes les manières depuis bientôt 80 ans par le partage inique de ses terres et l'enfer d'une Naqba qui n'en finit pas.

Si dans un vrai sentiment de justice, il avait fallu trouver un territoire pour installer les juifs survivants au sortir de la guerre 39-45, c'est en Allemagne qu'il eût fallu les installer. C'est à elle qu'il revenait de payer pour ses crimes ignobles. Et non à la Palestine.

Depuis ce partage imposé aux Palestiniens sans leur assentiment, les agences de communication n'ont cessé d'inventer de nouveaux artifices pour bien marquer le rejet de la culture arabo-musulmane et la division entre un Occident aussi fantasmé qu'un Orient qui lui ferait face. Ainsi, l'Europe de l'Ouest de racines profondément chrétiennes et celle de l'Est de racines byzantines, sont toutes deux issues de la culture gréco-romaine. Mais, lors de ce tournant de l'Histoire, il a soudain été avancé des racines ''judéo-chrétiennes'' à l'Europe qui n'a pourtant eu de cesse de combattre pendant des siècles et jusqu'à la ''solution finale'' du régime nazi, tout ce qui s'apparentait au judaïsme. Voyez l'arnaque, l'hypocrisie et la falsification des faits, permettant ainsi de vouloir se faire passer pour plus catholique que le pape, mais désignant de la sorte la césure radicale d'avec le monde arabo-musulman. Non, les racines européennes n'ont jamais été et ne sont pas judéo-chrétiennes ! C'est là le produit d'un autre mensonge pour tenter de se racheter et montrer patte-blanche à ''Israël'' et aux juifs que l'Europe n'a cessé de pourchasser et combattre, pendant qu'ils vivaient en paix dans la plupart des pays arabes de la région.

L'idéologie sioniste plonge ses racines dans un racisme et un suprémacisme aussi mortifères que l'ont été ceux de la traite négrière - toujours d'origine européenne ! Et si ces crimes plus odieux les uns que les autres ont pu perdurer des siècles durant jusque dans un régime d'apartheid en Afrique du Sud, c'est en grande partie par l'ignorance et le manque d'information du plus grand nombre à l'époque. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas et cela ne peut servir d'excuse à la non-intervention de nos gouvernements qui savent mais ne prennent pas les mesures pour que cesse cette Nakba de la population palestinienne et pour que les coupables soient jugés et condamnés de la manière la plus sévère.

© UNICEF/Eyad El Baba Des enfants de Gaza assis à l'arrière d'un camion, alors que leurs familles sont à nouveau déplacées par la guerre.

L'Histoire ne s'arrête jamais. Elle évolue, avance, s'adapte à l'évolution de ses acteurs que sont les humains. Ce qui peut sembler possible à une époque peut ne plus l'être quelques décennies plus tard. Ainsi, la ''solution à deux Etats'' reprise encore par de nombreux acteurs et intervenants sur la question, n'est-elle plus de mise. Elle est dépassée et ne représente plus la volonté d'une écrasante majorité de Palestiniens. Sans compter différents ministres des gouvernements israéliens qui en ont rejeté l'idée à plusieurs occasions, que ce soit en privé ou de manière publique.

En réalité, le sionisme doit être combattu et éradiqué comme il en est du nazisme, du fascisme et de toutes les idéologies totalitaires, fruits de l'extrême-droite. La Palestine doit sortir de sa prison coloniale et retrouver ses frontières d'origine afin d'y instaurer un État où vivront tous ceux qui le souhaiteront à condition d'en respecter les règles et les lois, et sera géré par des responsables élus par la population qui y vivra de manière démocratique.

De même, le Droit international doit-il être revu et corrigé. Il doit lui aussi s'adapter aux nouveaux paradigmes de l'époque actuelle. Et ne pas s'enfermer ni s'arc-bouter sur une situation dépassée où dominent les puissances coloniales d'antan. Les lois ont toujours - au moins - une longueur de retard sur les réalités du quotidien. Ce n'est pas un souci, il convient de les amender, de les transformer, de les améliorer selon la situation et le souhait de la majorité des citoyens, les rendant ainsi tels des outils malléables à leur service. Tout en en respectant un principe intangible : le refus d'une justice du deux-poids deux-mesures qui a été la boussole des grandes puissances économiques et militaires occidentales. Le Droit doit être le même pour tous et en toutes circonstances. Et le ''plus jamais ça'' doit s'appliquer à toute situation qui l'exige. Peu importe les acteurs.

Les réticences au changement à cet ordre inique de quelques grands États par la force doit s'incliner devant le Droit identique pour tous les peuples. L'axe de la résistance en Palestine, au Liban, en Iran, au Yémen, en Irak,... y participe. Et nous devons les soutenir contre la position de nos gouvernements qui, définitivement, ne représentent plus ''nos valeurs''!

Daniel Vanhove

01.07.26

Image en vedette : Des membres de la famille Yassin à côté de leurs tentes détruites sur le littoral à l'ouest de la ville de Gaza, après une frappe aérienne israélienne le 24 juin 2026. Capture d'écran d'une vidéo d'Abdel Qader Sabbah. Source : Israel Bombs Palestinians in Beach Tents in Gaza

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 Daniel Vanhove, France / Belgique : observateur civil en Palestine 2001 - 2004. Il est l'auteur de plusieurs livres : co-auteur de "Retour de Palestine", 2002 - Ed. Vista ; "Si vous détruisez nos maisons, vous ne détruirez pas nos âmes", 2004 (Préface de Ilan Halevi - Ed. M. Pietteur) ; co-concepteur du DVD "Au bord de la mort, nous cultivons l'espoir", Témoignages in situ accompagnant le livre, La Démocratie Mensonge, 2008 - Ed. Marco Pietteur - coll. Oser Dire. Administrateur du blog Mouvement Citoyen Palestine (MCP). Il est associé de recherche du CRM (Centre de recherche sur la Mondialisation).

La source originale de cet article est Mondialisation.ca

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