Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a déclaré mardi être prêt à reprendre les visites aux détenus palestiniens dans les prisons israéliennes, après le rejet par la Knesset d'un projet de loi visant à interdire officiellement à l'organisation l'accès aux prisonniers.
Muhammad Abdullah, porte-parole du CICR en Cisjordanie, a indiqué à l'agence WAFA que l'organisation suivait le dossier et attendait une décision l'autorisant à accéder aux lieux de détention, bien qu'aucune date précise n'ait encore été fixée.
Le projet de loi, porté par la coalition du ministre de la Sécurité nationale d'extrême droite Itamar Ben-Gvir, vient d'être rejeté par 41 voix contre 36 Cet échec ne résulte pas d'un refus des législateurs sur le fond - à savoir priver les détenus de toute surveillance extérieure - mais du boycott de la séance par les partis ultra-orthodoxes Shas et Judaïsme unifié de la Torah. Ces derniers ont conditionné leur soutien à l'adoption préalable d'une Loi fondamentale distincte consacrant l'étude de la Torah comme valeur d'État, dans le cadre d'un différend politique, sans lien direct avec la question des visites. Le parti Shas a explicitement déclaré soutenir l'interdiction des visites de la Croix-Rouge, tout en utilisant ce vote comme levier de négociation au sein de la coalition.
Abdullah al-Zaghari, président du Club des prisonniers palestiniens, a appelé le CICR à agir immédiatement et à exercer une pression maximale pour mettre fin à ce qu'il a qualifié de politique d'isolement des prisonniers sans précédent depuis le début du génocide. Il a souligné qu'en vertu de la Quatrième Convention de Genève, le CICR a le droit d'accéder aux détenus et de s'entretenir avec eux individuellement, sans la présence d'aucun officier ou représentant israélien, et qu'il opère selon ce mandat dans plus de 130 conflits armés à travers le monde
Il a affirmé que l'ampleur des violations documentées grâce aux témoignages de prisonniers libérés a dépassé toutes les limites, témoignant de pratiques systématiques de torture, de privation de nourriture et de destruction psychologique. Al-Zaghari a ajouté que la décision de la Haute Cour reste dénuée de portée tant qu'elle n'est pas appliquée, et que les tribunaux israéliens ont constamment légitimé les politiques de l'occupation au lieu de les freiner.
Depuis octobre 2023, Israël a détenu plus de 23 000 Palestiniens originaires de Cisjordanie occupée et de Jérusalem-Est, dont plus de 700 femmes et environ 1 800 enfants, selon les organisations palestiniennes de défense des droits des prisonniers.
Ces chiffres n'incluent pas les milliers de personnes détenues à Gaza durant l'invasion et le génocide, un nombre qu'Israël continue de dissimuler par une politique de disparition forcée.
Plus de 326 détenus palestiniens sont morts en détention israélienne depuis 1967, dont au moins 89 depuis octobre 2023 ; on présume que des dizaines d'autres, originaires de Gaza, sont également décédés, bien que cela n'ait pas été confirmé en raison du refus d'Israël de divulguer des informations. Les témoignages de détenus libérés font état de torture systématique, de privation délibérée de nourriture et de violences sexuelles - y compris des viols - au sein des centres de détention israéliens. Ces exactions se sont intensifiées depuis le début du génocide, alors même que la Croix-Rouge se voit interdire, depuis plus de deux ans et demi, de procéder à des vérifications indépendantes.
