
par Riccardo Paccosi
Source : Riccardo Paccosi & ariannaeditrice.it
À l'été 2024, bien conscient de mes grandes limites en tant qu'observateur extérieur au contexte allemand, j'avais écrit que le parti souverainiste-marxiste BSW de Sahra Wagenknecht aurait dû chercher un accord avec les souverainistes-libéraux de l'Alternative für Deutschland.
Évidemment, j'ai alors essuyé de nombreuses critiques venant de la gauche. L'actualité politique nous apprend cependant qu'en ce moment — avec un retard énorme et à partir d'une position de faiblesse — Wagenknecht semble vouloir justement s'engager dans cette voie: à savoir, une collaboration suivie entre les deux partis souverainistes visant à mettre fin à la guerre avec la Russie.
Il ne s'agit pas, pour l'instant, d'une véritable proposition d'alliance électorale, mais plutôt de démarrer un processus d'entente progressive: dans un premier temps, Wagenknecht rompt le cordon sanitaire érigé par tous les partis allemands autour de l'AfD en la légitimant en tant que force démocratique avec laquelle dialoguer ; dans un second temps, on évoque la possibilité d'un soutien externe des souverainistes-marxistes au cas où l'AfD formerait un gouvernement avec un premier ministre indépendant ; en troisième lieu, lors des prochaines élections régionales, le BSW pourrait s'abstenir au second tour, permettant ainsi à l'AfD de l'emporter.

Le fait est que le BSW aurait dû entamer ce processus dès sa fondation, c'est-à-dire à l'époque où certains sondages le créditaient de plus de 10 %. Aujourd'hui, la position des souverainistes-marxistes apparaît déséquilibrée, pour ne pas dire quémandeuse. En effet, la proposition de Wagenknecht à Alice Weidel d'organiser quelques débats publics en duo a été refusée par cette dernière: après tout, pourquoi la secrétaire d'un parti crédité à 30 % s'associerait-elle à la leader d'un parti à 4 %, qui n'a même pas dépassé le seuil d'entrée au Bundestag lors des dernières élections ?
Et pourtant, malgré toutes ces problématiques, cette affaire impose de réfléchir et de distinguer entre difficultés subjectives et nécessités objectives.
La difficulté subjective de l'AfD est celle commune à tous les partis souverainistes de droite: vouloir défendre la souveraineté tout en adhérant à la doctrine économique du néolibéralisme, c'est-à-dire une doctrine qui, en soumettant la société au marché, érode par nature les frontières mêmes de la souveraineté puisqu'elle laisse le champ libre à toutes les influences et ingérences supranationales. Si à cela on ajoute le soutien de Weidel et de ses collègues à un pays comme Israël, qui vise à orienter une large part des pays occidentaux par le biais du lobbying politique, alors le "souverainisme de droite" révèle tout son caractère oxymorique.
La difficulté subjective du BSW semble, en miroir, résider dans la persistance en son sein d'une culture et de dynamiques identitaires encore liées à la gauche: on l'a vu lors des dernières élections régionales, où les souverainistes-marxistes se sont alliés en Thuringe et dans le Brandebourg avec les partis bellicistes CDU et SPD, et c'est confirmé par les rumeurs selon lesquelles la base du BSW serait actuellement agitée précisément à cause de cette récente ouverture de Wagenknecht à l'AfD.
Malgré ces énormes difficultés subjectives, deux nécessités objectives subsistent, indépendamment de la faisabilité ou non d'un accord entre le BSW et l'AfD.
1) La nécessité d'un front institutionnel large, aussi large que possible, pour arrêter la guerre en Europe.
2) La nécessité d'une redéfinition de la politique occidentale qui efface la fausse opposition entre droite et gauche et la remplace par celle entre mondialistes et souverainistes. .
Le point 2) ne pourra être atteint que lorsque la droite et la gauche cesseront de se percevoir et de se qualifier comme telles: pour les personnes issues de la droite, il s'agira de comprendre la nature du néolibéralisme et son rôle destructeur des traditions et des identités des peuples ; pour celles issues de la gauche, il s'agira de prendre TOUT ce que la gauche politique a pensé, dit et fait depuis les années 1970 jusqu'à aujourd'hui, de l'emballer puis de le jeter sans regret à la poubelle de l'histoire.