06/07/2026 linvestigateurafricain.tg  4min #319279

Anéfis au cœur des combats : pourquoi le nord du Mali redevient le principal champ de bataille

Komla YAWO

 Anéfis est devenue le principal théâtre des combats. Les attaques coordonnées menées samedi 4 juillet contre plusieurs positions de l'armée malienne traduisent une nouvelle évolution du conflit qui secoue le Mali depuis plus d'une décennie. Des assauts ont été lancés simultanément contre plusieurs localités, dont Anéfis, Gao, Sévaré, Kéniéroba, Konna et Somadougou. Si les autorités affirment avoir repris le contrôle des positions visées, les combats qui se poursuivent à Anéfis montrent que la situation reste particulièrement volatile.

Ces offensives ont été revendiquées en partie par le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM), affilié à  Al-Qaïda, tandis que le Front de libération de l'Azawad (FLA), coalition de groupes indépendantistes du nord, affirme également avoir participé aux opérations. Cette coopération tactique entre deux mouvements aux objectifs politiques différents constitue aujourd'hui l'un des principaux défis sécuritaires pour Bamako.

Anéfis, un verrou stratégique dans le nord

Si plusieurs villes ont été ciblées, Anéfis concentre désormais l'essentiel des combats. Située à environ une centaine de kilomètres au sud de Kidal, cette localité occupe une position stratégique sur les axes reliant Gao au nord du pays. Contrôler cette zone permet de sécuriser les voies d'approvisionnement militaires et de peser sur les déplacements des forces armées.

Selon plusieurs sources, un important convoi de renforts de l'armée malienne, parti de Gao pour rejoindre les troupes stationnées à Anéfis, est tombé dans plusieurs embuscades dimanche. Cette séquence illustre l'importance militaire de cette localité, devenue un point de confrontation majeur entre les Forces armées maliennes (FAMa) et les groupes armés.

Pour le Front de libération de l'Azawad, qui cherche à consolider son influence après avoir repris le contrôle de Kidal ces derniers mois, Anéfis représente un verrou indispensable. De son côté, Bamako entend empêcher toute progression des groupes rebelles vers le sud et préserver sa capacité à intervenir dans le nord du pays.

Une démonstration de force des groupes armés

Au-delà des pertes humaines, ces attaques constituent un signal fort envoyé par les groupes armés. En frappant simultanément plusieurs régions, ils démontrent qu'ils conservent une capacité de planification et de coordination malgré les offensives menées par les autorités maliennes ces dernières années.

Le choix des cibles n'est pas anodin. Gao demeure la principale base militaire du nord, Sévaré constitue un carrefour stratégique entre le centre et le sud, tandis que Kéniéroba, située à proximité de Bamako, rappelle que les groupes armés peuvent également menacer des zones jusque-là relativement épargnées.

Cette stratégie vise autant à affaiblir les capacités militaires qu'à installer un climat d'insécurité durable. Elle oblige les FAMa à disperser leurs forces sur plusieurs fronts, compliquant ainsi la sécurisation du territoire.

Face à ces attaques, l'armée affirme avoir neutralisé plusieurs dizaines d'assaillants et assure que toutes les positions ciblées restent sous son contrôle. Toutefois, comme dans la plupart des conflits asymétriques, les bilans avancés par les différentes parties demeurent difficiles à vérifier de manière indépendante.

Une guerre qui s'installe dans la durée

Ce lundi, les combats restent concentrés autour d'Anéfis, où des opérations militaires se poursuivent. Dans les autres localités touchées, un calme relatif semble être revenu, même si les populations demeurent inquiètes face au risque de nouvelles offensives.

Cette nouvelle séquence confirme que le conflit malien est entré dans une phase plus complexe. D'un côté, l'armée dispose d'une supériorité en matière de moyens lourds et bénéficie du soutien de partenaires militaires russes. De l'autre, les groupes armés misent sur leur mobilité, leur connaissance du terrain et leur capacité à lancer des attaques coordonnées sur plusieurs centaines de kilomètres.

L'alliance tactique observée entre le JNIM et le Front de libération de l'Azawad constitue également une évolution majeure. Malgré des objectifs politiques distincts, ces mouvements trouvent un intérêt commun dans leur lutte contre l'État malien, ce qui renforce leur efficacité opérationnelle.

Pour les autorités, l'enjeu dépasse désormais la seule réponse militaire. Il s'agit aussi de restaurer la confiance des populations, de sécuriser les principaux axes stratégiques et d'empêcher les groupes armés de consolider leurs positions dans le nord et le centre du pays. L'issue des combats autour d'Anéfis pourrait ainsi peser sur l'évolution du rapport de force dans les semaines à venir et donner une indication sur la capacité de Bamako à contenir cette nouvelle offensive.

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