08/07/2026 reseauinternational.net  4min #319476

 Est-ce que l'Otan européenne va accoucher après le sommet de l'alliance en Turquie ?

« Otan 3.0 » : l'Europe prépare un plan B sans les États-Unis

par Alexandre Lemoine

À la veille du sommet de l'OTAN à Ankara, les responsables européens ont commencé à penser à "l'impensable" : comment préserver l'Alliance et bâtir une défense sans les États-Unis. Les responsables européens convergent de plus en plus vers l'idée que la seule voie de survie pour l'OTAN est de la rendre moins dépendante des États-Unis.

C'est ce qu'écrit le Financial Times (FT),  citant des responsables de l'OTAN et des dirigeants politiques européens.

Un représentant français a souligné lors d'un échange avec des journalistes que les questions d'européanisation de l'alliance militaire étaient passées au premier plan après les événements liés au Groenland. "Le Groenland a placé l'européanisation de l'OTAN au centre de son agenda. L'Iran a relégué l'européanisation au second plan. Mais de plus en plus, cela devient le seul moyen de sauver l'OTAN",  a déclaré le responsable français.

Les discussions sur l'avenir de l'OTAN couvrent de nombreux domaines, écrit le journal, de la direction politique à la doctrine de conduite de la guerre. "Moins d'Amérique, ce n'est pas simplement moins de troupes ou de chars venant à notre secours : c'est une question de savoir comment nous combattrons si nous n'avons pas besoin de combattre comme les Américains", déclare le responsable français.

La gravité de la situation pour l'OTAN est également soulignée par un haut responsable britannique, qui a averti que la volonté de l'administration du président américain Donald Trump de retirer rapidement les troupes créait un "moment extraordinairement dangereux".

En même temps, comme le reconnaît le commandant suprême adjoint des forces alliées de l'OTAN en Europe Johnny Stringer, la doctrine de l'Alliance "s'est arrêtée aux alentours de 1991" et n'a pratiquement pas évolué depuis la première guerre du Golfe, rapporte le FT.

Le haut responsable britannique a souligné que la manière américaine de faire la guerre reposait sur l'emploi d'une force écrasante, tandis que les Européens devront agir différemment, en créant des dilemmes pour l'adversaire et en bâtissant une sorte de "défense en porc-épic".

La veille, le secrétaire général de l'OTAN Mark Rutte a déclaré dans une interview au Wall Street Journal que  les deux principaux obstacles de l'OTAN étaient les capacités industrielles de défense surchargées par le conflit ukrainien et le manque de moyens pour recruter et former de nouveaux soldats.

Les membres non américains de l'OTAN ont augmenté leurs dépenses militaires de 20% l'année dernière, atteignant 574 milliards de dollars. L'Allemagne les a accrues de 24% (à 114 milliards de dollars) et prévoit de dépenser, d'ici 2029, près de trois fois le niveau de 2024, soit environ 180 milliards de dollars, écrit le journal. Un tel rythme, note le WSJ, risque de dépasser les capacités des contractants de défense américains, qui ont déjà des commandes d'environ 300 milliards de dollars. "Nous atteignons pratiquement la limite d'absorption des fonds alloués", a reconnu Rutte.

L'année dernière, les représentants des pays de l'OTAN  sont convenus dans une déclaration commune d'atteindre l'objectif de 5% du PIB consacrés aux dépenses militaires d'ici 2035. Le président Trump a poussé ses alliés européens à augmenter leurs dépenses jusqu'à ce seuil. Le républicain s'est par ailleurs plaint que tous les pays européens n'avaient pas porté leurs dépenses de défense à 5% du PIB. Il a cité cela comme  l'une des raisons pour lesquelles les États-Unis envisagent un retrait de l'OTAN, dans une interview au Telegraph. La seconde raison, selon Trump, est le refus des alliés d'aider les États-Unis dans leur campagne militaire contre l'Iran. Trump a qualifié l'Alliance elle-même de "tigre de papier" sans les États-Unis.

source :  Observateur Continental

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