
En seulement cinq jours, une vaste opération internationale coordonnée dans 59 pays a permis d'identifier 2.070 victimes de la traite des êtres humains, d'arrêter 1.024 suspects et d'ouvrir 465 enquêtes. Derrière ce s grand coup de filet mondial contre la traite humaine se dessine une réalité plus inquiétante : celle d'un marché criminel mondial qui prospère sur les failles migratoires, les crises économiques et l'exploitation des plus vulnérables.
Cinq jours, cinquante-neuf pays, deux centres de commandement à Skopje et Rio de Janeiro : l'opération Global Chain, un grand coup de filet mondial contre la traite humaine vient d'avoir lieu. Pilotée par les autorités autrichiennes et roumaines, cette opération s'inscrit dans le cadre de la plateforme européenne EMPACT, financée notamment par le programme EL PACCTO 2.0. Sur le terrain, 334 arrestations concernent directement des infractions de traite, 690 autres des délits connexes. INTERPOL a émis 17 nouveaux avis internationaux et enregistré 20 correspondances positives lors des contrôles frontaliers via son réseau sécurisé I-24/7.
2 070 victimes et 1 024 arrestations en cinq jours
L'opération Global Chain, menée du 8 au 12 juin, a réuni les forces de l'ordre de 59 pays d'Afrique, des Amériques, d'Asie et d'Europe. L'opération a mobilisé les forces de police, les autorités frontalières et les unités spécialisées de 59 États répartis sur quatre continents.
Pilotée par l'Autriche et la Roumanie, sous la coordination d'INTERPOL, d'Europol, de Frontex et d'Ameripol, elle a débouché sur 334 arrestations directement liées à la traite d'êtres humains, auxquelles s'ajoutent 690 interpellations pour des infractions connexes.
Les échanges de renseignements en temps réel via le réseau sécurisé I-24/7 d'INTERPOL ont permis de croiser les informations entre les différents services. Deux centres de commandement, installés à Skopje et à Rio de Janeiro, ont coordonné les opérations, tandis que 17 nouvelles notices internationales étaient émises contre des suspects recherchés.
Les 2.070 victimes identifiées provenaient de 45 pays, principalement d'Argentine, de Colombie, du Venezuela, de Moldavie et du Népal. Les enquêtes illustrent la diversification des filières : exploitation sexuelle, travail forcé, mendicité organisée, mais aussi escroqueries en ligne.
Des réseaux criminels lucratifs alimentés par les déséquilibres mondiaux
Au Brésil, les autorités ont démantelé un réseau envoyant des victimes vers le Cambodge pour alimenter des plateformes d'arnaques numériques, libérant 406 personnes. En Belgique, 17 suspects ont été arrêtés pour avoir recruté des adolescentes via les réseaux sociaux avant de les contraindre à la prostitution en Belgique et en France. En Argentine, une enquête sur l'exploitation de deux enfants boliviens a révélé un système d'exploitation bien plus vaste.
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Les enquêteurs constatent également une évolution préoccupante des modes opératoires : exploitation de travailleurs latino-américains en Europe, implication forcée dans des activités criminelles en Asie du Sud-Est ou encore recrutement lié à certains conflits armés. Environ 10% des victimes identifiées dans les Amériques étaient mineures, livrées à l'exploitation sexuelle. La secrétaire générale d'INTERPOL, Valdecy Urquiza, évoque une criminalité organisée qui génère "des centaines de milliards de revenus illicites chaque année".
Les résultats de Global Chain démontrent qu'une coopération internationale coordonnée peut fragiliser certains réseaux. Si les filières criminelles prospèrent, c'est parce qu'elles exploitent des vulnérabilités créées par les déséquilibres économiques, les migrations incontrôlées, les conflits et la numérisation des recrutements frauduleux. Les opérations policières restent indispensables, mais elles interviennent souvent en aval d'un système où l'offre de main-d'œuvre précaire et la demande de profits illicites continuent de croître. Tant que ces facteurs structurels ne seront pas réellement traités, chaque coup porté aux trafiquants risque d'être rapidement compensé par l'émergence de nouvelles filières, toujours plus mobiles et plus sophistiquées.