
par Régis Chamagne
"La dictature parfaite serait une dictature qui aurait les apparences de la démocratie, une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient pas à s'évader. Un système d'esclavage où, grâce à la consommation et au divertissement, les esclaves auraient l'amour de leur servitude". ~ Aldous Huxley, Le meilleur des mondes
Le traité de Lisbonne : un coup d'État constitutionnel
Le 29 mai 2005, le peuple français, consulté par voie référendaire, rejetait massivement - à 54% contre 46% - le projet de Traité constitutionnel européen dont Valéry Giscard d'Estaing avait été le maître d'œuvre, et ce, malgré une propagande en faveur du "OUI" que n'aurait renié ni Joseph Goebbels ni Joseph Staline.
Qu'à cela ne tienne. Valéry Giscard d'Estaing, cité par Le Monde du 14 juin 2007, déclara : "Une dernière trouvaille consiste à vouloir conserver une partie des innovations du Traité constitutionnel, et à les camoufler en les faisant éclater en plusieurs textes. Les dispositions les plus innovantes feraient l'objet de simples amendements techniques aux traités de Maastricht et de Nice. Les améliorations techniques seraient regroupées dans un traité devenu incolore et indolore. L'ensemble de ces textes serait adressé aux Parlements, qui se prononceraient par des votes séparés. Ainsi l'opinion publique serait-elle conduite à adopter, sans le savoir, les dispositions que l'on n'ose pas lui présenter"en direct"". Et Giuliano Amato, ancien Premier ministre italien et vice-président de la Convention qui a élaboré la Constitution Européenne, de préciser lors d'un discours à la London School of Economics, le 21 février 2007 : "La bonne chose concernant le fait de ne pas l'appeler une Constitution, est que personne ne peut demander un référendum à son sujet".
Ce qui fut dit fut fait. Le traité de Lisbonne, réplique incolore et indolore du TCE, fut signé le 13 décembre 2007 par les 27 chefs d'État ou de gouvernement puis ratifié par le parlement français le 8 février 2008 à 82% par l'Assemblée nationale et à 83% par le Sénat après une révision de la Constitution effectuée par la voie du Congrès réuni à Versailles le 4 février 2008 et adoptée à 62%.
En résumé, ce que le peuple français avait rejeté à 54% fut approuvé deux ans et demi plus tard par les représentants du peuple français à 82%. Cela s'appelle un coup d'État constitutionnel car on impose au peuple ce dont il ne veut pas. Il est important de le relever car fondamentalement, philosophiquement, un coup d'État signifie que ceux qui le perpétuent sont les ennemis du peuple. Dans le cas qui nous concerne, les ennemis du peuple français furent le président de la République, le gouvernement, les députés et les sénateurs.
Le traité de Lisbonne entra donc en vigueur le 1er janvier 2009. Il se compose en fait de deux textes : le Traité sur l'Union européenne (TUE) et le Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE).
Le TUE décrit le fonctionnement institutionnel de l'Union Européenne (UE). Il définit les différentes institutions de l'Union et précise leurs responsabilités et leurs interactions. Son architecture est la suivante :
• Préambule
• Titre I : Dispositions communes
• Titre II : Dispositions relatives aux principes démocratiques
• Titre III : Dispositions relatives aux institutions
• Titre IV : Dispositions sur les coopérations renforcées
• Titre V : Dispositions générales relatives à l'action extérieure de l'Union et dispositions spécifiques concernant la politique étrangère et de sécurité commune (PESC)
• Titre VI : Dispositions finales
Les différentes institutions sont : la Commission européenne (ou Commission) : le Conseil européen (des chefs d'État) ; le Conseil de l'UE (ou Conseil, de niveau ministériel) ; le Comité des représentants permanents ; le Parlement européen ; le Comité des régions ; le Comité économique et social ; la Cour des comptes européenne et la Cour de justice de l'UE.
Le TFUE, quant à lui, encadre fermement et avec une grande précision les politiques ultralibérales, les seules autorisées, dans les pays de l'UE. Il est structuré en sept parties qui elles-mêmes détaillent tous les domaines de la vie économique et sociale des pays de l'Union européenne :
• Préambule
• Première partie : Les principes
• Deuxième partie : Non-discrimination et citoyenneté de l'Union
• Troisième partie : Les politiques et actions internes de l'Union
• Quatrième partie : L'association des pays et territoires d'outre-mer
• Cinquième partie : L'action extérieure de l'Union
• Sixième partie : Dispositions institutionnelles et financières
• Septième partie : Dispositions générales et finales
Suivent 37 protocoles allant du système des banques centrales et de la BCE à des particularités concédées à certains États dans certains domaines, en passant par le protocole N° 7 intitulé "Sur les privilèges et immunités de l'UE" qui vous ferait regretter la nuit du 4 août 1789.
Il faut bien reconnaître que la lecture de ces textes est rébarbative, voire pénible parfois, pour qui n'est pas juriste de formation, à tel point que l'on peut se demander si cela n'a pas été fait exprès. Malgré tout, à dose homéopathique et suffisamment ciblée, cette lecture révèle de petites perles qui aident à comprendre comment fonctionne l'UE et où se situe le véritable pouvoir, à condition de lire au-delà des premiers articles.
Ainsi la lecture des articles 17 du TUE et 121 du TFUE, aident à comprendre comment fonctionne l'UE.
Considérons donc l'article 17 du TUE. Cet article définit les responsabilités de la Commission européenne. Je vais en extraire les passages importants.
La Commission européenne : dictateur institutionnel de l'Union européenne
Le titre de ce paragraphe peut certes paraître quelque peu exagéré, voire même provocateur, tant on associe spontanément le mot dictateur à des images de violence policière ou de régime militariste. Mais toutes les dictatures ne prennent pas forcément la forme d'un régime militariste et violent. Par exemple, la monarchie absolue était une forme de dictature puisque le Roi-Soleil concentrait tous les pouvoirs dans sa main. De même, sous la république romaine, dans des circonstances critiques, quand la patrie était en danger, le sénat pouvait désigner un dictateur, généralement le premier consul, pour une durée de six mois non renouvelable. Ce dernier avait des pouvoirs illimités sans aucun contre-pouvoir en face de lui. Il détenait donc tous les pouvoirs : exécutif, législatif et judiciaire. Ces formes civilisées de dictature ne revêtaient pas les oripeaux de l'État policier. L'UE est encore une autre forme de dictature en ce sens qu'elle a pris les apparences de la démocratie. Elle est donc furtive. En effet, les peuples d'Europe sont régulièrement appelés à voter pour élire des personnes à des postes et cela crée l'illusion d'un choix démocratique. En revanche, après l'élection, quelques soient les personnes en place aux postes dits de pouvoir, les politiques sont imposées depuis Bruxelles. Par exemple, si tel candidat annonce qu'il va interdire les délocalisations pour préserver l'emploi industriel dans son pays, une fois au pouvoir il ne pourra pas le faire car c'est interdit par l'article 63 du TFUE.
Voyons donc les pouvoirs de la Commission européenne tels qu'ils sont définis par l'article 17 du TUE. Cet article est composé de huit paragraphes.
1. [...] Elle surveille l'application du droit de l'Union sous le contrôle de la Cour de justice de l'Union européenne. Elle veille à l'application des traités ainsi que des mesures adoptées par les institutions en vertu de ceux-ci. Elle surveille l'application du droit de l'Union sous le contrôle de la Cour de justice de l'Union européenne. [...] Elle exécute le budget et gère les programmes. Elle exerce des fonctions de coordination, d'exécution et de gestion. Elle exerce des fonctions de coordination, d'exécution et de gestion conformément aux conditions prévues par les traités. [...] Elle assure la représentation extérieure de l'Union. Elle prend les initiatives de la programmation annuelle et pluriannuelle de l'Union pour parvenir à des accords interinstitutionnels.
La Commission a donc un regard sur le pouvoir judiciaire, ce qui lui vaut d'ailleurs le surnom de "gardienne des traités". Elle est l'organe exécutif de l'UE ; exécuter les budgets et gérer les programmes constituent en effet le pouvoir exécutif. Elle détient les attributs symboliques du chef au sein de l'UE. Elle a la maîtrise du calendrier de l'UE. Or l'on sait bien que dans une entreprise ou dans un service public, c'est le patron ou le chef de service qui décide du calendrier, pas l'ouvrier ni le subordonné.
2. Un acte législatif de l'Union ne peut être adopté que sur proposition de la Commission [...]
La Commission possède donc le monopole de l'initiative législative, le MONOPOLE !
3. Les membres de la Commission sont choisis en raison de leur compétence générale et de leur engagement européen et parmi des personnalités offrant toutes garanties d'indépendance. La Commission exerce ses responsabilités en pleine indépendance. Sans préjudice de l'article 18, paragraphe 2, les membres de la Commission ne sollicitent ni n'acceptent d'instructions d'aucun gouvernement, institution, organe ou organisme. Ils s'abstiennent de tout acte incompatible avec leurs fonctions ou l'exécution de leurs tâches.
Ainsi, les membres de la Commission ne sont pas élus et ils n'ont de compte à rendre à aucun gouvernement, a fortiori à aucun peuple. Mais s'ils sont indépendants des intérêts nationaux, les commissaires ne sont certainement pas indépendants des multinationales ni des banques. D'ailleurs, l'Observatoire des multinationales l'avait confirmé dans un article du 31 août 2015 intitulé TAFTA : La Commission européenne passe 90% de son temps avec les lobbies économiques. Soit dit en passant, la traduction française de lobbying est corruption.
Les paragraphes 4, 5, 6 et 7 traitent de l'organisation administrative de la Commission (la soupe interne).
8. La Commission, en tant que collège, est responsable devant le Parlement européen. Le Parlement européen peut adopter une motion de censure de la Commission conformément à l'article 234 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne. Si une telle motion est adoptée, les membres de la Commission doivent démissionner collectivement de leurs fonctions et le haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité doit démissionner des fonctions qu'il exerce au sein de la Commission.
C'est le seul contre-pouvoir auquel la Commission a à faire face. Cette disposition fut du reste appliquée une fois, en 1999, quand le parlement a censuré la commission Santer, obligeant ce dernier à démissionner. Il faut bien reconnaître que cela a produit des effets. Depuis, la hantise de la Commission est que cela se reproduise, ce qui calme un peu ses ardeurs et rééquilibre dans la pratique les centres de pouvoir entre elle et le Conseil européen. Cela étant, dans le processus législatif, le parlement européen a, dans l'immense majorité des cas, voté les lois que la Commission lui soumettait.
En somme, on peut résumer les responsabilités de la Commission européenne telles qu'elles sont définies par l'article 17 du TUE de la façon suivante.
La Commission :
- est l'organe exécutif de l'UE ;
- a le monopole de l'initiative législative ;
- a un droit de regard sur le pouvoir judiciaire ;
- maîtrise le calendrier de l'UE ;
- représente l'UE à l'extérieur de l'UE ;
- est composée d'individus n'ayant aucun compte à rendre aux peuples.
La Commission concentre donc les pouvoirs législatif, exécutif et partiellement judiciaire au mépris du principe de séparation des pouvoirs et n'a aucun compte à rendre aux peuples. Cela s'appelle un dictateur institutionnel !
Cette idée d'une autorité supranationale indépendante des intérêts des États, c'est-à-dire des peuples, était déjà inscrite dans le traité de la CECA de 1951 dans ses articles 9 et 14 traitant des attributs de la Haute Autorité. On retrouve là l'idée maîtresse énoncée par Walter Hallstein lors de son discours de la conquête prononcé le 23 janvier 1939 à Rostock : le Protecteur de la loi. À la lecture de ces passages, on voit donc bien la cohérence et la continuité des idées pour la construction de cette "Nouvelle Europe" depuis le discours de la conquête de Walter Hallstein, discours inaugural, jusqu'au traité de Lisbonne, solution finale : un souverain n'ayant pas de compte à rendre aux peuples, même si dans la pratique les choses se déroulent de façon plus nuancées, ou plutôt sournoises, en raison des rapports de force réels, de la personnalité des acteurs en présence et de la nécessité de demeurer furtif.
Évidemment, d'autres articles que l'article 17 laissent penser que les responsabilités au sein de l'UE sont en fait réparties entre les différentes institutions européennes. Par exemple dans les articles 14 et 16 relatifs au parlement européen et au Conseil on peut lire que "le parlement européen exerce, conjointement avec le Conseil, les fonctions législative et budgétaire". Et "Le Conseil exerce, conjointement avec le parlement européen, les fonctions législative et budgétaire". Notons que dans ces articles, on ne précise pas de quelles fonctions législatives il s'agit. En fait ces articles sont tout simplement des leurres. Pour s'en convaincre : combien de fois, au cours des dix dernières années, les médias de grand chemin ont-ils évoqué le pouvoir du Conseil, ne serait-ce que son existence ?
En somme, la confusion et les contradictions contenues dans le TUE permettent toutes les interprétations possibles mais offrent toutefois une certaine souplesse (très peu en réalité) dans les processus de décision en ce sens que la personnalité de tel chef d'État ou de tel président de la Commission peut avoir une influence momentanée sur le poids relatif des différentes institutions ; on a vu des chefs d'État imposer leurs vues ; on a vu des commissaires tancer vertement un gouvernement et le faire changer de décision. Malgré tout, les individus sont éphémères et les textes demeurent. La tendance à long terme est bien ancrée. Aujourd'hui, relativement à l'idée originelle de la construction européenne, la configuration est presque parfaite : les chefs d'État des pays d'Europe occidentale sont des ectoplasmes, sans colonne vertébrale, sans courage, sans intelligence, sans culture historique. Presque parfaite car du côté de l'Europe centrale, ce n'est pas tout à fait la même musique ainsi que nous le verrons plus loin.
Voyons à présent comment Bruxelles impose les politiques économiques et sociales à tous les États membres et est directement responsable de la vie quotidienne des millions de Français, Grecs, Allemands
Les GOPÉ : armes de destruction massive du programme du CNR
Qui connaît les Grandes Orientations des Politiques Économiques (GOPÉ) ? Tout le monde a pu constater l'usage de plus en plus fréquent de l'article 49-3 qui permet de passer en force des lois scélérates dont le peuple ne veut pas. Mais qui sait qu'en réalité ces lois découlent directement de directives européennes et que le gouvernement et le parlement français ne font que les transcrire en droit français, docilement ?
Cette fois-ci, c'est l'article 121 du TFUE qui encadre toute cette mécanique. Je vous propose de le lire, d'identifier les responsabilités puis d'en mesurer les conséquences. Sans entrer dans le détail, notons que quatre institutions interviennent dans le processus : le Conseil, le Conseil européen, le Parlement européen et la Commission européenne. Une lecture attentive de cet article 121 nous permet de comprendre où sont les responsabilités.
Le Conseil, qui est composé d'un membre de niveau ministériel par État a une petite légitimité démocratique dans la mesure où ses membres représentent le pouvoir exécutif de chacun de leur pays, pouvoir exécutif issu d'une élection. C'est lui qui signe le document final et qui, en apparence, pilote le processus des GOPÉ. En fait, il s'agit d'un trompe-l'œil visant à donner un vernis démocratique aux choix économiques de l'UE.
Le Conseil européen, qui est composé des chefs d'État des pays membres, doit se réunir quatre fois par an sous la houlette du président de la Commission européenne, en réalité beaucoup plus souvent. Il supervise le travail du Conseil.
Le Parlement européen dont les membres sont élus au suffrage universel dans chacun de leur pays est l'institution la plus démocratique de l'UE. Dans ce processus des GOPÉ, il est simplement tenu informé. Mais dans le cas de sanctions à l'égard d'un pays ou de mise sous tutelle de la politique économique de ce pays, il en arrête les modalités en coordination avec le Conseil.
Enfin, la Commission dont les membres, un par pays, sont choisis - c'est-à-dire non élus - parmi des personnalités offrant toute garantie d'indépendance - c'est-à-dire qui n'ont de compte à rendre à aucun gouvernement - est l'institution la moins démocratique de l'UE et la plus indépendante des peuples. Et c'est elle qui est en réalité le maître d'œuvre du choix et de l'application des politiques économiques des États membre de l'UE. C'est "sur recommandation de la Commission" que le Conseil ou le Conseil européen agissent tout au long du processus.
En synthèse, la Commission ordonne, contrôle et sanctionne tout pays qui mènerait une politique non conforme. Fermez le ban !
Les GOPÉ sont en général publiées au mois de mai. Les tendances lourdes de ces dernières décennies, sous prétexte d'améliorer la croissance et l'emploi, invitent à baisser drastiquement les dépenses de sécurité sociale, à privatiser les retraites, à réduire le salaire minimum, à casser le droit du travail, à supprimer les obstacles à la privatisation de la santé, à réduire les services publics. C'est du reste ce que nous constatons. Évidemment, ceci n'est pas écrit explicitement, c'est énoncé dans la novlangue ultralibérale habituelle. Par exemple, ils n'écriront pas qu'il faut supprimer le droit du travail et baisser les salaires, ils écriront : "Les rigidités et les distorsions du marché du travail brident la compétitivité du secteur extérieur français. Compte tenu de la faiblesse actuelle de l'inflation, les rigidités du processus de formation des salaires et l'indexation du salaire minimum compliquent l'adaptation des salaires à l'évolution de la productivité. L'inadéquation des compétences et les rigidités observées sur le marché du travail ont pour effet de le segmenter, ce qui freine l'amélioration de la productivité".
Pour enfoncer le clou, citons Jean-Claude Junker, le président de la Commission de l'époque qui, après la victoire du parti Syriza aux élections grecques en 2015 avait déclaré : "Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens". Ajoutons-y la déclaration du ministre des finances allemand Wolfgang Schäuble le 10 février de la même année lors d'une réunion des ministres des Finances de l'eurogroupe : "On ne peut laisser des élections changer quoi que ce soit". Cité par Yanis Varoufakis dans le Monde diplomatique d'août 2015. Peut-on être plus explicite ?
Dès lors que les textes le permettent, il convient de mettre en place les bonnes personnes afin que les institutions fonctionnent comme prévu. Dans le cas de la France, un pays qui pèse au sein l'UE, il convient que le chef d'État soit rompu aux idées de libre-échange et d'alignement sur la politique extérieure des États-Unis, bref qu'il soit soumis, et considère normal que la souveraineté de la France soit abandonnée à d'autres. Depuis 2007, c'est le cas.
La double mâchoire
L'imposition de lois et de règles venues de l'étranger à un peuple dont ce n'est ni la culture ni le souhait est difficile à réaliser ex abrupto. Pour éviter de se retrouver face à un refus catégorique, voire brutal, la bonne stratégie consiste en parallèle à démanteler par le bas ce qui fait l'unité de ce peuple. C'est la stratégie qu'appliqua Rome à l'égard de la Gaule : par le bas, adopter un régime différent envers chaque région et accentuer autant que possible les divergences locales et en parallèle imposer du haut une langue, des lois, une administration puis une religion.
Aujourd'hui, la mâchoire du haut de l'UE qui impose ses lois aux peuples qui n'en veulent pas est combinée avec la mâchoire du bas qui vise à détruire les États-nation par le mécanisme de la régionalisation. Les lois de décentralisation, puis de régionalisation, qui créent de nouvelles féodalités, vont de pair avec l'imposition par le haut des lois de Bruxelles. Entre les deux mâchoires de l'étau, il y a les nations et les peuples qu'il s'agit de détruire, et en particulier le peuple français et l'histoire de France.
Ce mécanisme de la double mâchoire se retrouve évidement dans le domaine de la langue. La loi Fioraso relative à l'enseignement supérieur et à la recherche incite les universités françaises à donner les cours en anglais : c'est la mâchoire du haut qui vise à marginaliser la langue française en France. Parallèlement, la charte européenne des langues régionales ou minoritaires est la mâchoire du bas du même processus.
L'Union européenne par ceux qui l'ont faite
Pour terminer sur une note un peu plus légère, voici un petit florilège de citations de personnalités qui ont participé à la construction de ce grand bazar.
Dépêche AFP du 13 juin 2008, 18h34 : Sylvie Goulard, européiste convaincue, présidente du "Mouvement européen France" et conseillère de l'ancien président de la Commission européenne, Romano Prodi, n'a pas hésité à rappeler qu'en cas de nouvelle consultation dans le futur suivi d'un résultat allant à l'encontre des ambitions de l'UE, la réponse à donner devait se faire "avec une sanction à la clé en cas de non". Elle veut envoyer les Panzers ?
Jean-Claude Junker, le 21 juillet 2015, au journal Le Soir : "Les Européens n'aiment pas l'Europe". On se demande bien pourquoi !
Cité par Christophe Deloire et Christophe Dubois dans leur livre Circus Politicus : Élisabeth Guigou, en 2008, a présidé une session de la Trilatérale intitulée "Sauver l'Europe de la tyrannie des référendums". Il est vrai que les peuples sont tyranniques !
Dans le compte-rendu de ce groupe de travail, on trouve ceci : "Le référendum irlandais a été humiliant, et prouve que les référendums sont des mécanismes purement destructifs". Ou encore cela : "L'Union européenne a besoin de traités, et les référendums tuent les traités". Le référendum : arme de destruction massive ?
Encore Élisabeth Guigou, en 2012 : "La démocratie entraînerait un blocage général de l'Union européenne". Elle a bien caché son jeu, Miss Domina !
Jean-François Copé, en février 2005 : "La Constitution nous apportera un ministre des affaires étrangères qui nous permettra de parler d'une seule voix, tout en gardant la nôtre..." C'est le concept de la trinité, mais à 28 !
Jean Monnet, dans une note du 6 mai 1943 déclassifiée, adressée au secrétaire d'État américain Harry Hopkins, (cité par Eric Branca, De Gaulle - Monnet ou le duel du siècle, Revue Espoir, n°117, novembre 1998, p. 9) : "Il faut se résoudre à conclure que l'entente est impossible avec de Gaulle, qu'il est un ennemi du peuple français et de ses libertés, qu'il est un ennemi de la construction européenne (et) qu'en conséquence, il doit être détruit dans l'intérêt des Français". Ah ! Monnet, père fondateur de l'Europe, sacré déconneur, va !
Hans-Gert Poettering, Président du Parlement européen (2007-2009), eurodéputé allemand (CDU), le 16 mai 2005 : "Il est clair que l'Europe est notre espace vital spirituel". Vous avez dit espace vital ?
David Rockfeller, lors d'une réunion du Groupe Bildelberg du 6 au 9 juin 1991 à Baden Baden : "Nous sommes reconnaissants au Washington Post, au New York Times, Time Magazine et d'autres grandes publications dont les directeurs ont assisté à nos réunions et respecté leurs promesses de discrétion depuis presque 40 ans. Il nous aurait été impossible de développer nos plans pour le monde si nous avions été assujettis à l'exposition publique durant toutes ces années. Mais le monde est maintenant plus sophistiqué et préparé à entrer dans un gouvernement mondial. La souveraineté supranationale d'une élite intellectuelle et de banquiers mondiaux est assurément préférable à l'autodétermination nationale pratiquée dans les siècles passés". Il fallait bien laisser le mot de la fin à ce bon Dr Folamour.
Enfin, une histoire de grenouilles
Tout le monde connaît l'histoire des deux grenouilles que l'on plonge dans une casserole d'eau. La première est plongée dans une casserole d'eau froide que l'on porte lentement à ébullition ; elle finit par mourir ébouillantée. La seconde est plongée directement dans une casserole d'eau bouillante ; elle bondit hors de la casserole et survit.
Les pays à l'origine de la construction européenne sont la première grenouille, les pays de l'est de l'Europe sont la seconde, bien qu'ils restent toutefois dans l'UE car ils tirent des avantages financiers. Soixante-dix ans de propagande - l'Europe c'est la paix, le couple franco-allemand (que c'est mignon)... - et des pertes de souveraineté successives apparemment sans douleur ont habitué les peuples d'Europe occidentale à admettre que l'UE est leur horizon indépassable et que l'on ne peut pas en sortir. Bien qu'une partie de la population ait pris conscience de la réalité de l'UE, la masse reste apathique malgré les déclarations sans ambiguïté de Jean-Claude Junker, Thierry Breton et autres. En revanche, du côté des pays d'Europe de l'Est, une autre musique se fait entendre. Ils pensaient que, libérés du joug de l'URSS, ils allaient rejoindre le camp de la liberté pour finalement constater que les choses n'ont pas beaucoup changé pour eux. Avant, ils recevaient leurs ordres de Moscou, aujourd'hui ils les reçoivent de Bruxelles, et puisqu'ils n'ont pas eu le temps d'oublier, ils se rebellent. On peut évoquer le bras de fer entre la Pologne et l'UE à propos de la primauté du droit européen sur le droit polonais. On peut également évoquer l'élection de dirigeants ouvertement nationalistes tels que Viktor Orban en Hongrie et Robert Fico en Slovaquie, lequel a d'ailleurs subi une tentative d'assassinat ; probablement un pur hasard. Citons également l'emprisonnement pour un motif bidon d'Eugénia Gutsul en Gagaouzie et l'annulation de l'élection en Roumanie car le peuple s'apprêtait à mal voter. Enfin, lorsque l'on observe la carte de la dernière élection en Allemagne, on constate que les votes en faveur du parti AfD qui propose la sortie de l'UE dessine la carte de l'ancienne Allemagne de l'est, la RDA. C'est caricatural.
L'histoire n'est pas finie. Elle n'est jamais finie du reste, contrairement à ce que pensaient certains idiots dans les années 1990. Aujourd'hui, l'espoir se lève à l'est, dans l'UE, mais surtout dans le monde. Le changement de paradigme géopolitique arrive à son terme.