
Par IntelSky, le 10 juillet 2026
Washington recourt à la diplomatie de désescalade pour éviter une guerre d'usure, Tel-Aviv mise sur le "complot d'assassinat" pour pousser Trump vers un affrontement, et le sommet de Rome expose la soumission de l'autorité de Baabda. - Talal Nahle
Le contexte stratégique général - Vendredi 10 juillet 2026 - 132e jour de la guerre - 23e jour suivant la signature du protocole d'accord.
Après une vague d'affrontements militaires violents qui a embrasé le front du Golfe et poussé l'accord d'Islamabad au bord du gouffre, la dynamique sur le terrain a contraint l'administration américaine à un repli tactique : celle-ci a choisi de suspendre ses frappes aériennes pour permettre aux efforts diplomatiques de contenir l'escalade. Ce calme prudent est contrebalancé par les tentatives persistantes d'Israël de replonger Washington dans le bourbier d'une guerre ouverte en lui fournissant des renseignements controversés concernant un "complot iranien visant à assassiner Trump". Sur la scène libanaise, des divisions marquées se dessinent : tandis que le président Joseph Aoun insiste pour aller de l'avant avec l'"accord-cadre" et participer aux négociations de Rome pour conclure des accords de sécurité, le président du Parlement Nabih Berri préfère s'en tenir à l'alliance irano-américaine, alors que certains avertissent que les efforts pour isoler la résistance ne porteront pas leurs fruits compte tenu des violations israéliennes en cours.
1. Diplomatie coercitive et maîtrise de l'escalade dans le Golfe
La dynamique de ces deux derniers jours a prouvé que Washington est incapable d'imposer une nouvelle réalité navale ou politique par la seule force des armes, l'amenant à ajuster ses tactiques :
- Suspension des frappes et retour aux négociations : Axios et CNN ont révélé que la décision de l'armée américaine de s'abstenir de lancer de nouvelles frappes hier soir, ainsi que le démenti par les responsables américains des allégations iraniennes concernant les récentes attaques à Bushehr et Konarak (dont Téhéran a précisé par la suite qu'elles ont été provoquées par l'activation des défenses aériennes), constituent une réponse immédiate aux efforts de désescalade menés par des pays médiateurs tels que le Qatar, le Pakistan et Oman. L'administration américaine a affirmé disposer d'une liste de cibles qu'elle conserve comme moyen de pression et être prête à reprendre les frappes si nécessaire, mais se concentre actuellement sur les négociations autour d'une date pour un nouveau cycle de pourparlers techniques.
- Le dilemme de l'"article 5" et les messages iraniens : Washington considère l'obstruction de la navigation dans le détroit d'Ormuz par l'Iran comme un "manquement inacceptable" justifiant une riposte, tandis que Téhéran affirme, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, que les attaques américaines constituent la véritable violation. Le différend porte sur l'"article 5" du mémorandum. Alors que Washington y voit un motif justifiant l'ouverture immédiate du détroit, Téhéran l'interprète plutôt comme une garantie d'autorité exclusive dans la gestion du détroit et ses modalités d'exploitation. Cette fermeté iranienne, soutenue par un rassemblement populaire massif lors des funérailles du commandant martyr, prouve à Washington et à l'Occident, selon des sources européennes, qu'il est impossible de retirer à Téhéran le contrôle du détroit sans entraîner la région dans une guerre totale dont le public américain ne veut pas et que le Congrès dénonce.
- Retrait logistique tactique : Autre signe de désescalade militaire, les systèmes de suivi maritime ont enregistré le vol retour de 12 avions de chasse américains F-22A Raptor depuis la base d'Ovda en Israël vers la base de la RAF à Fairford au Royaume-Uni, avec le soutien d'avions ravitailleurs depuis la Roumanie. Ce retrait traduit un risque moindre de guerre régionale de grande ampleur dans un avenir prévisible, l'objectif se limitant désormais à assurer une dissuasion localisée.
2. Les manœuvres israéliennes et l'invention du "complot d'assassinat"
La voie de la désescalade empruntée par les États-Unis contrecarre les calculs personnels et politiques du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu qui cherche à remporter une victoire stratégique avant les prochaines élections :
- Renseignements tendancieux : Dans une tentative manifeste d'entraver la diplomatie, Israël a divulgué des renseignements publiés par le Wall Street Journal alléguant l'existence d'un complot iranien spécifique contre le président Donald Trump. Cette fuite, que les responsables américains ont qualifiée de "tentative de pousser Trump à l'escalade", cherche à provoquer directement Trump et à garantir la poursuite des actions militaires de Washington contre l'Iran.
- Netanyahu et ses calculs de survie : Netanyahu est conscient qu'une guerre totale représente sa dernière chance d'échapper à toute responsabilité politique et à l'emprisonnement. Ces manipulations coïncident avec sa prochaine visite à Washington, qui s'apparente à une visite d'adieu compte tenu de son influence déclinante et du pouvoir en chute libre du lobby pro-israélien (AIPAC). Netanyahu durcit donc sa rhétorique nationale, affirmant que son armée restera dans la ceinture de sécurité du Sud-Liban et que "la guerre n'est pas encore finie". Il s'aligne ainsi pleinement sur les déclarations de son ministre de la Défense, Israël Katz, qui affirme rejeter tout retrait avant le désarmement du Hezbollah.
- L'addiction à la guerre et l'effondrement du niveau d'alerte : Malgré la rhétorique israélienne agressive, l'armée d'occupation souffre d'une grave érosion structurelle. Le journal Maariv a révélé une pénurie critique de pièces détachées pour les véhicules blindés et les chars des unités de manœuvre régulières, obligeant les soldats à se déplacer à pied, conséquence de l'isolement politique et des interdictions d'exportation (telles que la position allemande). Cette pénurie expose la contradiction flagrante entre les ambitions d'une direction politique "accro à la guerre" (selon la description d'Israel Hayom) et la réalité déplorable sur le terrain.
3. La soumission des autorités libanaises et l'affrontement à Ain al-Tineh
Au Liban, les répercussions des divergences entre les aspirations américano-israéliennes et l'équilibre interne des pouvoirs sont clairement visibles :
- La ruée vers "Rome" et une résistance ignorée : Malgré les bombardements incessants de l'armée d'occupation sur les environs des hauteurs d'Ali al-Taher, la présidence libanaise, représentée par Joseph Aoun, affirme vouloir aller de l'avant avec la mise en œuvre de la "formule-cadre" pour les zones expérimentales. La participation du Liban au cycle de négociations directes à Rome (15-16 juillet) a été confirmée. Les Israéliens devraient y réclamer la formation de comités politiques et de sécurité afin de mettre fin aux "tensions". L'équipe d'Aoun compte sur sa prochaine visite à Washington pour obtenir des "avantages" économiques et sécuritaires, faisant fi des objections internes et s'appuyant sur une analyse erronée selon laquelle le Hezbollah se trouverait dans une "position très affaiblie" en raison de ses récentes pertes.
- Nabih Berri établit la référence "Islamabad" : En revanche, le président du Parlement, Nabih Berri, fait obstacle aux tentatives de mainmise sur les questions de paix et de guerre. En réponse à Trump, Berri nie tout rôle de la Syrie dans une intervention contre le Hezbollah, affirmant que Damas "ne partage pas cet état d'esprit". Il a porté un coup politique aux efforts de Baabda (présidence) en affirmant que la seule solution définitive pour le Liban passe inévitablement par un "retour au mémorandum d'entente irano-américain (d'Islamabad)", auquel s'oppose la délégation libanaise, privant de toute légitimité les engagements que la délégation libanaise pourrait prendre à Rome sans consensus national.
Conclusion et conséquences stratégiques
Les événements survenus au vingt-troisième jour suivant la signature du mémorandum montrent que Washington réalise l'impossibilité de remporter une guerre d'usure dans le Golfe, poussant les États-Unis à suspendre leurs frappes aériennes et à recourir à la diplomatie pour garantir l'approvisionnement en pétrole. Ce recul américain se heurte au besoin frénétique de Netanyahu de déclencher une guerre régionale pour assurer sa survie politique en recourant à la stratégie de l'"assassinat de Trump" comme appât des services du renseignement.
Quant au Liban, le pari de l'autorité politique de Baabda sur le "sommet de Rome" et sous l'égide américaine pour démanteler l'arsenal de la résistance est vécu comme une trahison. La résistance, qui a encaissé les coups sans perdre sa structure, grâce à une posture politique solide depuis Ain al-Tineh et à un soutien iranien sans faille, ne permettra pas l'adoption à huis clos d'annexes secrètes légitimant l'occupation. À l'approche de la visite de Netanyahu à Washington et face aux crises logistiques croissantes que connaît son armée, la scène libanaise restera le théâtre principal des négociations, dans l'attente d'une issue claire aux tentatives diplomatiques entre Téhéran et Washington.
Traduit par Spirit of Free Speech