11/07/2026 reseauinternational.net  5min #319779

Un manque de vision alarmant dans la politique étrangère du Mexique

par Mente Alternativa

Sous la pression des États-Unis, la Chine saisit l'opportunité et tend la main en proposant technologie, respect et projets concrets. Le Mexique est confronté au dilemme de la redéfinition de sa souveraineté économique. Nationalisme et nécessité de diversification se heurtent à une asymétrie commerciale qui semble être son destin historique.

La chronique d'une soumission annoncée s'écrit avec des chiffres qui blessent au plus profond de la fierté nationale. Quatre-vingts pour cent des exportations mexicaines sont destinées exclusivement aux États-Unis. Huit dollars sur dix qui transitent par ce canal dépendent de la volonté d'un voisin qui, dans son discours le plus récent, a décidé de considérer le Mexique comme un obstacle. Cette relation dépasse le simple cadre du commerce pour devenir un véritable étouffement structurel. Ce chiffre est le symptôme le plus visible d'un mal qui ronge le Mexique : l'impossibilité d'envisager un avenir prospère sans l'aval de Washington. Il ne s'agit pourtant pas d'une relation de dépendance totale, mais plutôt d'une asymétrie brutale où la marge de manœuvre se réduit à la simple capacité de réaction.

Le protectionnisme renaissant de Donald Trump a une fois de plus déclenché la clause d'expiration de l'ACEUM, une  épée de Damoclès planant sur l'économie mexicaine. Pendant une décennie, le pays sera soumis à une période d'incertitudes extrêmes, où chaque initiative de l'administration américaine semble conçue pour l'humilier et le soumettre. La logique de cette pression est aussi maladroite qu'irrationnelle : elle vise à égaliser un commerce qui, par sa nature même et selon la théorie des avantages comparatifs d'Adam Smith, ne peut jamais être symétrique. Si le Mexique possède le climat et la main-d'œuvre nécessaires à la production d'avocats, la Floride produit des oranges ; si le Nord a besoin de production industrielle, le Sud a besoin de technologies. Tenter d'imposer un équilibre absolu, c'est ignorer la main invisible du marché, celle dont disposent les consommateurs lorsqu'ils décident où dépenser leur argent pour obtenir le meilleur produit au meilleur prix. La demande d'avocats aux États-Unis n'égalera jamais celle d'oranges au Mexique, et prétendre le contraire est une folie qui ne vise qu'à exercer une pression géopolitique.

Dans ce contexte de mépris et de harcèlement, la Chine apparaît comme un contrepoint presque chimérique. Tandis que Marcelo Ebrard ne reçoit que des miettes de reconnaissance à Washington, l'ambassadeur chinois, Cheng Dao Yang, tend la main en offrant technologie, respect et projets concrets, tels que les réseaux de transport public déjà opérationnels dans plusieurs villes mexicaines. Le discours chinois est celui d'un allié économique cherchant à approfondir les liens commerciaux dans le cadre du 105e anniversaire du Parti communiste, mettant en avant son rôle dans la mobilité urbaine et sa contribution à la qualité de vie au Mexique. Cependant, la réaction du gouvernement mexicain semble être celle d'une victime qui retourne sans cesse vers son agresseur, préférant les mauvais traitements habituels à la dignité d'une alternative nouvelle.

L'histoire récente montre que le Mexique s'est montré réticent à renforcer ses liens avec le géant asiatique. Bien que la Chine ait dépassé les États-Unis comme principal importateur dans 152 secteurs industriels mexicains, le pays n'a adhéré ni à l'initiative "la Ceinture et la Route", ni à la Banque asiatique d'investissement pour les infrastructures. Cette position, jugée prudente par certains, est perçue par d'autres comme une soumission lâche. Les relations Mexique-Chine ont été marquées par des tensions, telles que l'annulation du projet de ligne ferroviaire Mexico-Querétaro et la nationalisation du lithium, mais aussi par une réelle opportunité de diversification. En 2022, les entreprises chinoises représentaient 40% des investissements de proximité au Mexique, occupant 80% de la surface des parcs industriels nouvellement construits. Cette présence, motivée par la volonté d'accéder au marché américain depuis le territoire mexicain, démontre que, même en l'absence de traité formel, les échanges commerciaux et les investissements sont bien présents.

Le dilemme est profond et déchirant. Le Mexique est tiraillé entre la loyauté envers son "époux" abusif qui le rabaisse et la tentation d'une alliance promettant le respect mais exigeant des changements structurels. La souveraineté économique, comprise comme la capacité de décider de son développement national sans ingérence extérieure, apparaît comme un luxe que le pays ne peut se permettre. L'enjeu n'est pas de rompre avec les États-Unis, mais de rendre ces derniers dépendants du Mexique dans des secteurs critiques, tels que la production de précurseurs chimiques ou de lithium. Cependant, cette dépendance est si forte que le moindre faux pas pourrait entraîner un effondrement. L'asymétrie, forgée par des décennies d'intégration forcée, a sapé le pouvoir de négociation et l'estime de soi d'une nation qui semble avoir oublié que la dignité est aussi un atout économique. Dans la balance du commerce international, le respect de soi est la monnaie la plus difficile à reconquérir. La politique étrangère du Mexique, indissociable des États-Unis, témoigne d'un manque alarmant de vision pour bâtir un avenir où la prospérité ne dépende pas de la charité ou des caprices d'un voisin hostile.

source :  Mente Alternativa via  China Beyond the Wall

 reseauinternational.net