15/07/2026 euro-synergies.hautetfort.com  5min #320228

Evola sur le problème de la décadence

par Joakim Andersen

Source:  arktosjournal.com

La métapolitique du langage consiste, entre autres, à retirer de la sphère publique, d'une manière plus ou moins discrète, ces modes de pensée et de perception utiles qui pourraient faciliter le processus que Steve Sailer appelle "remarquer".

Certains concepts nous aident à reconnaître des schémas : comparez des termes tels que "anarcho-tyrannie", "classe" et "cuckservatism". Ceux qui ne veulent pas que ces schémas soient remarqués ne trouvent pas non plus leur intérêt à ce que de tels concepts se répandent.

Un tel concept, avec une longue histoire, est celui de la décadence, utilisé non seulement par les fascistes et les réactionnaires, mais historiquement par tout le monde, des communistes comme Karl Marx aux politiciens conservateurs comme Arthur Balfour. En passant, on peut aussi mentionner la chanson suédoise Dekadensen ("La Décadence") du troubadour Dan Berglund (photo) en 1979, comme exemple de la façon dont ce terme était autrefois fortement associé aux classes supérieures, même au sein de la gauche radicale.

Les définitions précises de la décadence ont varié, tout comme les explications qui en ont été données. Là où de Gobineau mettait l'accent sur le métissage et Auster sur la perte de foi, les marxistes ont eu tendance à insister sur des facteurs plus matériels.

Une analyse intéressante est proposée par le traditionnaliste Julius Evola dans "Le problème de la décadence"."Le problème de la décadence" d'Evola est inclus dans le volume Recognitions — publié en anglais par Arktos (pour toute commande:  arktos.com

Dans ce court essai, Evola aborde la question de savoir comment le monde traditionnel a pu être remplacé par le monde moderne, malgré la supériorité du premier — d'abord en Occident, puis à travers le globe. Sa vision de l'histoire diffère de celle des libéraux en ce qu'il ne part pas de l'idée de "progrès", mais au contraire, de celle de "déclin". Cependant, sa distance par rapport à la vision libérale va plus loin.

Evola considère la société traditionnelle comme fondée sur la souveraineté plutôt que sur la violence. Il parle ici

"de l'attribut"olympien"de la véritable autorité et souveraineté [...] de sa manière de s'affirmer directement, non par la violence mais par la présence"¹.

De plus, il note que

"l'adhésion et la reconnaissance de la part de l'inférieur constituent en fait la base fondamentale de toute hiérarchie normale et traditionnelle. Ce n'est pas le supérieur qui a besoin de l'inférieur, mais l'inférieur qui a besoin du supérieur".

Le lecteur attentif remarquera sans doute une certaine affinité ici avec l'anarchisme, quoique d'une variété non égalitaire.

Dans une société traditionnelle, certains individus incarnent des qualités admirables de telle sorte que les autres les reconnaissent et les suivent volontairement: dans la culture populaire, on peut comparer la relation entre Splinter et les Tortues, ou Yoda et Luke. À ce sujet, Evola écrit ailleurs :

"la tradition est pour nous la présence victorieuse et créatrice dans le monde de ce qui"n'est pas de ce monde", c'est-à-dire de l'esprit, conçu comme quelque chose de plus fort que toute force purement matérielle et simplement humaine"².

Et :

"L'antithèse entre esprit et pouvoir, l'opposition entre force et autorité n'est, une fois encore, qu'une caractéristique de la pensée"moderne"".

À bien des égards, Evola fonctionne comme un "anti-Marx" nécessaire, bien qu'il ait également observé que, dans une société suffisamment décadente, les théories peu flatteuses et la vision de la nature humaine avancées par Marx et Freud décrivent effectivement de larges segments de la population.

À partir de ce point de départ, Evola explique comment les civilisations traditionnelles peuvent s'effondrer lors de révolutions plus ou moins soudaines. Cela ne signifiait pas nécessairement que leur noyau avait dégénéré; il s'agissait plutôt d'une conséquence du libre arbitre. Dans "Le problème de la décadence", il compare cela aux récits de la Chute de l'Homme et de la rébellion des anges :

"Le révolutionnaire commence par tuer la hiérarchie en lui-même, mutilant en lui-même ces possibilités qui correspondent à la fondation intérieure de l'ordre — et il procède ensuite à démolir l'ordre à l'extérieur de lui également".

Cela enclenche un processus qui peut aboutir à l'effondrement de la hiérarchie, menant souvent au régicide ou à l'assassinat d'empereurs, comme en Russie et en Éthiopie. Mais, selon Evola, il s'agit fondamentalement d'un processus intérieur, dont les premiers stades passent souvent inaperçus :

"Sans destruction intérieure préalable, aucune révolution".

Comme on peut le voir, il n'est pas déraisonnable de compléter l'analyse traditionnelle d'Evola de la décadence avec des penseurs comme Gobineau et Marx. Quoi qu'il en soit, son accent sur des facteurs et processus non matériels demeure précieux.

La décadence est, avant tout, une incapacité et une réticence à percevoir même les aspects supérieurs de l'existence. Elle se combat donc principalement par la discipline personnelle et le travail intérieur, dont le but, selon Evola, est 

"une adhésion absolue à la vérité, la droiture, la capacité de subordonner la personne à l'œuvre, l'inflexibilité et la rigueur de l'idée, l'indifférence à toute reconnaissance extérieure et à tout avantage matériel"³.

EN SAVOIR PLUS: Julius Evola : Une vie aventureuse, par Andrea Scarabelli, disponible en édition reliée, brochée et ebook chez Arktos et PRAV Publishing - chez Ars en version française:  editions-ars-magna.com

Notes:

¹ Julius Evola, "Le problème de la décadence" dans Recognitions.

² Julius Evola, "Sur le secret de la dégradation".

³ Julius Evola, "L'Ordre de la Couronne de Fer".

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