Bruno Drweski
AFP
La multiplication de conflits dans le monde depuis la fin du camp socialiste est un fait qui démontre que, quand il n'est pas contré par un camp de la paix, "le capitalisme porte la guerre comme la nuée porte l'orage" (Jean Jaurès). Ce qui explique pourquoi le bloc impérialiste central qui s'est cru victorieux en 1989/91 exporte conflits, guerres, blocus, sanctions, ingérences, "révolutions colorées", etc. dans tous les pays occupant une position clef pour la production ou l'acheminement des matières premières stratégiques et de l'énergie, ou qui, comme Cuba, montrent qu'on peut être souverain et inventer son propre modèle politique et social indépendant.
Cette politique d'agression peut concerner n'importe quel pays et n'importe quel régime politique, de la Corée du nord à l'Iran, du Burkina Faso à Cuba, du Venezuela au Yémen d'Ansarullah, etc. La littérature ou les vidéos sur ce sujet sont nombreuses mais, malheureusement pour nous, elles sont très majoritairement produites par des médias utilisant la langue de l'impérialisme, l'anglais, et je résumerai donc ici les informations essentielles que l'on peut trouver sur le sujet en donnant à la fin des sources, dans la mesure du possible en français, mais en mentionnant aussi des sources dans d'autres langues pour tout lecteur souhaitant se documenter plus en détail.
Si l'on se réfère aux sites des milieux néoconservateurs des Etats-Unis depuis les années 1980 et en particulier aux écrits de Zbigniew Brzezinski, on peut lister les pays qui étaient à l'époque déjà dans le viseur du bloc impérialiste central formé autour des Etats-Unis et qui se sont tous retrouvés depuis attaqués sous une forme ou sous une autre : Cuba, Corée du nord, Yougoslavie, Irak, Ukraine, Libye, Syrie, Soudan, Iran. A quoi se sont ajoutés le Venezuela, le Nicaragua, la Biélorussie et beaucoup d'autres pays, en particulier en Afrique, et qui avaient entretemps démontré leurs désirs de faire des choix politiques, économiques, systémiques souverains.
Si l'on regarde la carte de ces interventions et celle de l'extension des bases militaires USA & pays de l'OTAN dans le monde, nous constatons aussi qu'il s'agit d'entourer deux grandes puissances dites "émergentes", la Chine et la Russie. On voit ici que le bloc impérialiste central ne tolère bien entendu pas les pays possédant un régime socialiste (Cuba), qu'il ne tolère pas non plus les pays ayant un régime politique issu d'une révolution populaire (Iran), mais qu'il ne tolère également pas des pays ayant opté, au moins au départ, pour le capitalisme et la démocratie libérale si ce pays mène une politique de développement économique autonome s'appuyant sur un État réellement indépendant ou démontrant même seulement des velléités d'indépendance (Russie poutinienne).
Du coup, la question de savoir si les "puissances émergentes" dans le monde actuel sont ou pas impérialistes est tout à fait secondaire dans ce contexte car, en l'état, il règne une totale inégalité entre l'impérialisme du bloc central qui concentre environ 80% des dépenses militaires de la planète et gère plus de 800 bases militaires d'occupation à travers le monde face à des pays plus ou moins puissants mais sans stratégie militaire expansionniste planétaire conséquente et sans politiques d'ingérence dans les affaires intérieures des autres États. Ce qui explique pourquoi les peuples à la recherche de voies de développement autonomes pour leur pays sont enclins à coopérer avec ces puissances émergentes jugées "contre-hégémoniques" car cela leur permet de s'éloigner du diktat du bloc impérialiste centré autour des Etats-Unis, de l'OTAN, des puissances de l'UE, des pays de l'AUKUS, du Japon et, last but not least, de l'entité coloniale sioniste dénommée "Israël". Et c'est ce qui nous amène à commencer ici par mentionner la contradiction centrale opposant l'impérialisme au "reste du monde" et que nous n'avons pas encore mentionnée, la Palestine, alors même que c'est largement à partir de cette contradiction que s'expliquent tous les autres foyers de guerre et de tensions dans le monde.
Palestine
L'Asie occidentale, plus connue encore aujourd'hui sous son appellation coloniale de Moyen-Orient, produit une grande partie des ressources énergétiques de la planète et c'est aussi un lieu central pour la production des engrais nécessaires pour la production agricole mondiale et le lieu de transit, par le fameux détroit d'Ormuz, de la grande majorité des câbles pour les communications internet et, par la mer rouge, des navires reliant l'Atlantique nord à l'océan Indien, à la mer de Chine et à l'océan Pacifique.
Même si le Royaume-Uni a réussi à créer dans cette région un chapelet de monarchies artificielles aux ordres de l'impérialisme, l'Asie occidentale est trop importante stratégiquement pour éviter d'avoir une colonie de peuplement et une base militaire solide pour surveiller toute la région située entre le Nil et l'Euphrate, ce que l'on appelle désormais ouvertement à Tel Aviv mais aussi à l'ambassade des Etats-Unis à Jérusalem "le grand Israël". Ce qui explique pourquoi aucune puissance occidentale n'a jamais pu durablement se permettre de cesser d'aider l'entité sioniste à se solidifier et à s'étendre, et que jamais aucune de ces puissances n'a réellement envisagé d'accorder aux Palestiniens un minimum de sécurité et d'espoirs. L'objectif reste toujours le même depuis 1948 et le début du mouvement sioniste, pousser les autochtones au désespoir pour les amener à quitter leur patrie et cesser la résistance. Les Palestiniens depuis 1948 ont tout essayé pour récupérer leur pays ou au moins, pour les plus modérés d'entre eux, négocier un compromis vivable : appui aux armées des États arabes voisins, diplomatie auprès de ces États voisins, interventions diplomatiques auprès des grandes puissances occidentales, lutte armée sur la ligne de front israélo-arabe, lutte armée à l'intérieur du pays occupé, actions armées dans les pays impérialistes, projet d'un État commun laïc et démocratique binational, négociations de paix, acceptation d'un compromis territorial pour la création de deux États et qui leur était largement défavorable, mouvements de libération nationale de tendances démocratique laïque, marxiste ou islamiste, etc. Tout a été tenté sans succès, et à chaque fois le chantage, la pression, la répression et aujourd'hui le génocide ouvertement revendiqué ont été la réponse non pas seulement de tous les potentats successifs au pouvoir à Tel Aviv mais de leurs fournisseurs occidentaux qui ne peuvent plus cacher que, sans leur aide, les armées sionistes n'auraient pas tenu, ce que la récente guerre avec l'Iran a fait ressortir avec une plus grande clarté encore.
Il n'y a donc plus à tergiverser, les peuples du monde ont compris depuis le 7 octobre 2023 que les Palestiniens ne baisseraient jamais pavillon et que le plan de leur adversaire d'éliminer par l'expulsion ou l'extermination ne date pas de ce 7 octobre là, mais a simplement connu alors une accélération bénéficiant de l'aval des puissances du bloc impérialiste central en même temps que, pour la première fois depuis 1948, l'ensemble des peuples du monde, y compris en Europe et en Amérique du nord, a compris que la lutte pour la Palestine est devenue le symbole de toutes les luttes des peuples du monde pour la justice universelle, et que la défaite de la Palestine serait la défaite de toutes les aspirations à vivre dans un monde de paix, de sécurité et de droit au développement. La Palestine est donc le baromètre du monde, et le degré d'appui à cette cause permet de départager les pays et les partis pro-impérialistes des pays et partis opportunistes ou des partis et pays résistants.
Chronologiquement, il aurait fallu commencer par l'Ukraine si c'était la date du 7 octobre 2023 qui signalait le début d'une situation conflictuelle internationale aiguë mais comme nous l'avons vu, le 7 octobre, aussi spectaculaire fut-il, n'est que le dernier épisode d'une guerre d'agression commencée en 1948 avec la création d'une entité coloniale au mépris du droit à l'autodétermination de la population de la Palestine. Et donc le conflit ukrainien qui a commencé en principe en février 2022, mais dans les faits dès 2014 et même avant, n'est qu'un conflit subsidiaire dans le rapport de force international par rapport au conflit central qui se déroule en Palestine et autour de la Palestine (Liban, Iran, Yémen, Irak, Syrie, Libye, etc.).
Ukraine
Zbigniew Brzezinski dans "Le grand échiquier" avait perçu que l'Ukraine constituait le territoire à partir duquel on pouvait empêcher la renaissance d'une puissance russe autonome et même qu'elle constituait la pointe avancée qui pourrait permettre d'affaiblir à ce point la Russie pour la casser en plusieurs États selon la vieille tradition impériale du "diviser pour régner" que les colonialistes avaient déjà appliqué avec succès dans le monde arabe (États monarchiques de pacotille), dans le sous-continent indien (cassure Inde-Pakistan) et en Afrique (morcellement colonial), etc. Comme l'a reconnu elle-même Victoria Nuland, les USA ont dépensé 20 milliards de dollars pour aboutir finalement au putsch de 2014 en Ukraine qui a permis aux oligarques liés aux centres financiers occidentaux de prendre le pouvoir avec l'appui de militants néo-nazis qui ont pris le contrôle des postes clefs du pays, armée, sécurité, justice, enseignement. Le néofascisme à notre étape de l'histoire n'a donc plus toujours besoin de créer un État totalitaire avec parti unique, mobilisation et terreur de masse, il suffit de créer à la base un sentiment dominant profasciste capable d'intimider les forces d'opposition et de contrôler simultanément toutes les fonctions clés d'un État. C'est cela le néofascisme à notre étape de l'histoire, un mix de fascisme pur et dur et d'apparences démocratiques permettant de diluer une partie des forces sociales anti-systémiques. Et c'est cette dynamique-là qui a provoqué en 2014 des révoltes dans une grande partie de l'Ukraine et qui ont été maîtrisées par la terreur et le lancement d'une guerre civile à laquelle la Russie n'a pas osé répondre, hormis en Crimée où l'autonomie régionale de cette région a permis aux autorités locales de maîtriser les forces militaires et de police ukrainiennes locales pour proclamer son rattachement à la Russie. Dans cette situation, les nouvelles autorités de Kiev ont pu éliminer par le sang le mouvement de contestation à Odessa mais n'ont pas pu reprendre le contrôle de tout le Donbass, ce qui a poussé les gouvernements occidentaux à chercher un compromis provisoire avec Moscou pour permettre à Kiev de prendre le temps de se renforcer, pour pouvoir ensuite repartir à l'offensive. Ce scénario machiavélique a abouti aux accords de Minsk I et II que, on le sait aujourd'hui grâce aux révélations de Merkel et de Hollande, les puissances occidentales n'avaient dès le début pas l'intention de respecter.
En février 2022, les forces ukrainiennes étaient prêtes à lancer l'offensive pour la conquête du Donbass, et Moscou a alors décidé de prendre l'initiative militaire pour forcer Kiev à accepter la réalisation des accords de Minsk, à renoncer à rejoindre l'OTAN et à purger son administration des militants nazis incrustés en son sein. Kiev s'est vue forcée au départ d'accepter ces conditions lors des négociations d'Istanbul d'avril 2022, mais c'est l'intervention du Royaume-Uni qui a poussé les dirigeants de Kiev à rompre l'accord préliminaire déjà conclu pour reprendre une guerre visant à épuiser dans la durée l'économie russe et à gêner la Russie dans toutes ses capacités d'action internationale ailleurs dans le monde (Afrique, Syrie, Iran, Palestine, etc.). Depuis, la guerre se poursuit et on voit bien que la Russie est aujourd'hui divisée au sommet entre une tendance de sa bourgeoisie compradore visant à restaurer coûte que coûte ses liens avec les puissances financières et économiques occidentales et une tendance de sa bourgeoisie nationale plus souverainiste mais qui reste hésitante à mener une politique de rupture totale avec l'économie mondialisée centrée sur les bourses de New York, de Londres, de Tokyo et de Francfort. Cette bourgeoisie patriotique russe là subit la pression des forces populaires qui souhaiteraient profiter de la situation de guerre pour débarrasser le pays des oligarques qui dominent encore des pans entiers de l'économie grâce à des biens mal acquis lors de la privatisation sauvage des années 1990. Il y a donc dans la guerre Russie-Ukraine/OTAN aussi un conflit intérieur intra-russe entre forces tendant vers l'anti-impérialisme et forces prêtes à rééditer le compromis tenté dans les années 1990. Les communistes russes, mais aussi une partie des forces "étatistes", poussent vers la constitution d'un "bloc eurasiatique" opposé au bloc occidental mais ils se heurtent en particulier à la puissante banque centrale russe toujours acquise aux principes néolibéraux et mondialistes.
Iran
L'Iran est dans une situation plus claire car il subit un siège depuis sa révolution de 1979. Le fait que cette révolution ai vite pris un tournant "islamiste" contribue à troubler beaucoup de communistes habitués, depuis 1917, à l'idée qu'une révolution ne peut se faire que sous la bannière du socialisme et en oubliant que, juste avant, les révolutions mexicaine de 1910 et chinoise de 1911 se sont faites sous la bannière de la libération nationale et de la république, sans références directes au socialisme. Quoiqu'on pense de la révolution iranienne, de son déroulement et de l'islam, on doit comprendre qu'on a eu affaire à un mouvement de libération nationale populaire qui a vu dans l'islam un outil d'affirmation d'un projet social émancipateur, au moment où la crise du marxisme dans le monde commençait à être visible et où l'échec de la tentative d'émancipation laïque sous Mossadegh en 1951-52 avait laissé les forces laïques et socialistes de ce pays dans un état d'affaiblissement et de crise qui a profité aux révolutionnaires islamiques. Quoiqu'il en soit, l'Iran a incontestablement constitué depuis 1979 une base arrière pour les mouvements de libération nationale d'Asie occidentale et en particulier pour le mouvement de résistance palestinien, et c'est la raison pour laquelle l'impérialisme ne s'est pas trompé d'adversaire tout au long de ces années en alternant blocus mortifère, agressions militaires directes et indirectes et pressions diplomatiques. La récente guerre d'agression menée à partir de Washington et de Tel Aviv a démontré la grande capacité de mobilisation et de résistance de la société iranienne, malgré les divergences internes sur la nature du régime de la république islamique au pouvoir.
L'Iran a donc gagné militairement et s'est imposé comme une puissance régionale montante auprès de l'opinion mondiale, des puissances impérialistes et des autres puissances émergentes. Aujourd'hui, on constate que Téhéran est engagé dans un difficile processus de négociations qui éveille de l'espoir dans les cercles du pouvoir qui croient possible la conclusion d'un compromis avantageux avec les puissances impérialistes et les cercles toujours fidèles à une option révolutionnaire qui ne pensent pas que la guerre est terminée et qui pensent que l'Iran doit obtenir la fermeture des bases militaires US dans la région, la conclusion d'accords régionaux de sécurité collective, la fin de l'occupation du Liban et la relance de la lutte pour les droits du peuple palestinien. Les récentes manifestations de rue suite à la conclusion du mémorandum USA-Iran et le récent vote du Conseil des experts de la République islamique poussant à la fermeté les négociateurs iraniens témoigne que les divisions de la société iranienne ne portent plus tant sur les divergences entre les partisans et les opposants au régime politique actuel, mais entre les partisans d'une politique de fermeté envers les Etats-Unis et l'entité régionale sioniste face à ceux qui croient dans la possibilité de conclure un compromis qui ouvrirait l'économie iranienne à une coopération "fructueuse" avec les centres financiers occidentaux. On voit donc, objectivement, réémerger en Iran une logique de lutte des classes puisque des milieux populaires a priori opposés au système de la république islamique se retrouvent dans le même camp que ceux que les médias occidentaux appellent "les durs du régime" face à des opposants libéraux qui se retrouvent dans la même orientation que les diplomates et technocrates tentés par une "normalisation" des rapports Iran-Occident qu'ils jugent possibles grâce à la récente victoire de l'Iran qui a rétabli des rapports de force en principe plus équilibrés. Et d'aucuns pensent que c'est aussi dans cette direction que tend la Maison blanche une fois l'incapacité des opposants au régime islamique à le renverser démontrée. Ce qu'on appelle à Washington "un scénario à la vénézuélienne".
Cuba
Cuba constitue depuis 1961 la cible continue du régime de Washington, non pas tant à cause de la puissance de ce petit pays ou de ses richesses naturelles mais en raison du fait qu'il démontre qu'un petit peuple situé dans le voisinage immédiat de l'hyper puissance peut choisir avec succès ses propres voies de développement. Succès évident dans le domaine de l'éducation, de la science et de la santé, et qu'il faut donc littéralement l'asphyxier pour empêcher les peuples du monde de savoir que même un petit pays pauvre peut accéder au développement s'il en prend les moyens. Cuba a donc été victime de toutes sortes d'agressions militaires ou autres depuis sa révolution mais elle continue à tenir, ce qui explique les récentes décisions prises par la Maison blanche d'asphyxier totalement l'île rebelle. Ces décisions visent aussi à démontrer au monde l'état des rapports de force internationaux, la veulerie des puissances secondaires du bloc impérialiste et les hésitations des pays indépendants n'osant pas, pour certains, ne pouvant pas pour d'autres, affronter directement l'impérialisme US. Le pays est donc sous blocus et aucune puissance n'a osé imposer sa rupture en forçant le passage pour permettre son approvisionnement régulier en pétrole et autres marchandises indispensables pour assurer la survie des Cubains. Malgré cela, Cuba résiste et son peuple a découvert que le but de Washington n'était pas seulement un changement de régime mais visait à terroriser sa population car, quand des enfants ou des malades ou des vieillards meurent parce que les Etats-Unis empêchent la fourniture de pièces détachées pour la production de médicaments essentiels, ce n'est pas une guerre contre un régime politique qui est menée mais bien la guerre contre un peuple entier qui a osé vivre et se développer autrement que selon les règles définies à Washington.
Venezuela
Aborder la question du Venezuela, en particulier depuis l'agression de janvier 2026 provoque des questionnements légitimes. En effet, il faut prendre acte du fait que si les autorités de Caracas ont maintenu la légalité révolutionnaire, continuent à reconnaître que le président légal du pays a été kidnappé et que les institutions populaires, en particulier les "comunas" et les milices populaires, continuent à faire fonctionner le pays face à des oppositions de droite désormais délégitimées au point d'être ignorées même de leur maître à Washington, le pays a été pris en otage. Il est sous siège maritime de l'US Navy et aucun bateau ou avion ne peut entrer ou sortir du pays dans l'accord de Washington, alors que les voisins brésilien et sans doute bientôt colombien ne font rien pour alléger ce siège. Toutes les exportations vénézuéliennes se font sous tutelle de Washington et c'est elle qui permet ou pas aux bénéfices de ces ventes d'arriver à Caracas et d'être ré-investis ou redistribués sur place. C'est aussi Washington qui décide si les pièces nécessaires à la reconstruction des raffineries ou des chantiers pétrolières vénézuélien exsangues après des années de sanctions arrivent ou pas. Le pays est donc pris en otage et doit négocier systématiquement avec son ennemi et occupant de fait chaque décision stratégique. Dans ce contexte, certains révolutionnaires estiment qu'il faut gagner du temps en préservant le maximum d'acquis de la révolution bolivarienne tandis que d'autres estiment que l'on a affaire à une trahison de fait, volontaire pour certains ou non pour d'autres. Constatons toutefois que, comme dans le cas de Cuba, aucune puissance extérieure n'a tenté ou même promis d'apporter son soutien depuis janvier 2026 à une tentative d'émancipation du Venezuela. Comme pour l'Iran ou pour Cuba, et quoiqu'on puisse penser des puissances contre-hégémoniques, le rapport de force international montre que si, sur le long terme, le bloc central impérialiste est clairement en voie d'affaiblissement et de désagrégation, sur le court terme il reste en état de faire des ravages et de pratiquer un chantage efficace à la planète entière.
La liste interminable des conflits dans le monde
On devrait continuer à égrener ici et à analyser tous les autres conflits, blocus ou ingérences dans leurs différentes formes qui se déroulent en ce moment dans le monde entier (Nicaragua, Bolivie, Pérou, Colombie, Sahel, Somalie, Soudan, RD Congo, Albanie, Sahara occidental, Libye, Syrie, Yémen, Zimbabwe, Biélorussie, Philippines, Taïwan, etc.) et qui font tous partie d'une seule et même guerre de défense de la position hégémonique du bloc impérialiste central face à la montée des luttes populaires, des luttes de libération nationale, de l'émergence d'États menant une politique de souveraineté et de développement avec la montée de puissances contre-hégémoniques diverses et variées avec des regroupements d'États prenant différentes formes (BRICS, OCS, OTSC, ASEAN, UA, Mouvement des États non-alignés, etc.) mais qui témoignent toutes qu'un "nouveau jeu" émerge. "Jeu" dans lequel les peuples et les travailleurs jouent un rôle d'aiguillon même si les forces authentiquement révolutionnaires restent dans l'ensemble encore affaiblies et dispersées face à des pôles de contre-pouvoir qui font montre incontestablement de comportements opportunistes, hésitants, changeants, en fonction de l'évolution des rapports de force intérieurs et extérieurs. C'est donc dans ce contexte qu'il faut que les forces de reconstruction communiste dans chaque pays et internationalement se concertent pour favoriser la reconstruction d'un mouvement révolutionnaire international dans lequel les communistes doivent jouer un rôle original et à terme moteur mais sans négliger l'importance de conclure des alliances avec toutes les forces anti-impérialistes de différentes obédiences idéologiques.
France
Dans ce contexte qu'en est-il de la France ? La France en raison de son passé, de sa puissance militaire conservée, de son complexe militaro-industriel largement privé et de ses compagnies transnationales reste un pays impérialiste. Un impérialisme affaibli comme c'est d'ailleurs visiblement le cas depuis 1940, mais un impérialisme qui est tenté de se placer sous les ailes protectrices d'un impérialisme plus fort, le Reich allemand sous Vichy puis l'impérialisme US depuis 1943-44, le but étant de protéger son pré-carré colonial et néocolonial. Mais aussi pour apparaître utile voire indispensable à son "protecteur," ce que le dernier sommet franco-africain "déporté" au Kenya, en Afrique post-coloniale britannique donc, prouve. Car le Kenya, ce n'est pas seulement une "autre Afrique" pour la France néocoloniale après ses déboires en Algérie, dans le Sahel ou en Centrafrique, le Kenya c'est l'océan indien, et donc les bases françaises offertes à la coopération avec le projet de Washington sur "l'Indo-pacifique". Le Kenya c'est donc pour Paris "l'atout" à présenter à Washington et Bruxelles de posséder des bases utilisables et donc négociables sur l'axe Mayotte, Djibouti, îles éparses, Réunion, Kanaky, Wallis et Foutouna, Polynésie française, île Clipperton. Ce qui nous ramène aussi à l'océan indien et donc au détroit d'Ormuz et à la mer Rouge, et donc à la Palestine, comme cela nous ramène à la présence française au large des Philippines et en mer de Chine, face à la Chine et à sa province de Taïwan.
L'impérialisme français est donc peut-être un sous-impérialisme mais il n'est pas une colonie de Washington aussi humiliante soit parfois pour l'ego national français la façon dont la Maison blanche traite le locataire de l'Élysée ou n'importe quel autre "leader" français. Donc, si les communistes pourraient éventuellement envisager de brandir le drapeau tricolore ils devraient d'abord y placer en position visible le bonnet phrygien de la révolution et la faucille et le marteau du mouvement des travailleurs, comme symboles indispensables permettant de se démarquer sur une base révolutionnaire, internationaliste, patriotique et anti-impérialiste des (néo)-colonialistes et des fascistes français qui dominent toujours la vie politique de notre pays et utilisent leur drapeau "national" pour promouvoir les intérêts de nos ennemis
Ce texte a été produit pour les estivales de l'Union pour la Reconstruction communiste (URC) dans la perspective de nourrir la réflexion des militants sur l'impérialisme et le moyen de contrer la logique menant vers la guerre mondiale qu'il porte. Cette logique est observable si on établit les liens entre les différents conflits et zones de tension dans le monde, ce qui démontre qu'il n'y a en fait qu'un seul et même conflit entre le bloc impérialiste central et le "reste du monde".
Source: Le blog de la pensée libre
Sources utiles (Ouvrages, vidéos, articles) :
Ouvrages : Impérialisme US, Ukraine, Iran, Russie, Chine :
- Saïd Bouamama, Le Manuel Stratėgique de l'Afrique (tomes 1 et 2), Investig'Action, 2018
- Saïd Bouamama, Manuel sur l'Immigration. Les déracinés du capital, Éditeur Investig'Action novembre 2021
- Saïd Bouamama, Manuel stratégique de la Palestine et du Moyen-Orient, Éditeur Investig'Action août 2024
- Zbigniew Brzezinski, Le grand échiquier, Format : Poche, 1997 (date de l'édition américaine)
- Michel Collon, Ukraine - La guerre des images - 50 exemples de désinformation, Investig'action, 2023
- Bruno Drweski, La nouvelle Russie est-elle de droite ou de gauche ?, Delga, 2016
- Bruno Drweski, Socialisme réel 1.0- Un bilan globalement positif, Delga, 2023
- Ivan Katchanovski, Marta Havryshko, et al. , Le massacre du Maidan en Ukraine: La tuerie de masse qui changea le monde, Jacques Sapir (Préfacier, etc.), 492 pages 01/12/2025, Perspectives Libres ADARL
- Ivan Katchanovski,
The Russia-Ukraine War and Its Origins: From the Maidan to the Ukraine War
Édition en Anglais ; Book Open Access© 2026
- Ramin Mazaheri, Socialism's Ignored Success : Iranian Islamic Socialism, Badak Merah Semesta, Columbia, 2020
- Domenico Moro, Le groupe Bilderberg - "l'élite" du pouvoir mondial, Delga, 2015
- URC - Section Ile de France, De Bandung au Sud Global - Décolonisation et anti-impérialisme pour un nouveau monde, novembre 2025
- Maxime Vivas, Jean-Pierre P age, Aymeric Monville : Chine / USA : La guerre imminente ? Delga, 2023
- Maxime Vivas, Jean-Pierre P age, Aymeric Monville : La Russie sans œillères - Du conflit en Ukraine au tournant géopolitique mondial, Delga, 2022
Vidéos : Iran, Chine, Venezuela :
- Ali Alizadeh, on the frictions within Iran's decision-makers :
< youtube >
- Bruno Guigue : Les Causeries Histoire - La Chine #1 - L'odyssée chinoise : de Mao Zedong à Xi Jinping - Partie 1, 2 et 3 < youtube >
- Quels défis attendent la puissance chinoise au XXIème siècle ? Entretien avec Bruno Guigue : < youtube >
- Romain Migus : Venezuela: le cas Alex Saab, Élections au Pérou, Révolte en Bolivie : < youtube >
- Régis de Castelnau - Vu du droit : Où en est le Venezuela ? avec Romain Migus, < youtube >
