La Rédaction
Nous partons pour la Palestine ! Convoi non violent via la Turquie jusqu'à la frontière de la Cisjordanie : résistance civile non violente contre l'occupation et la peine de mort visant les prisonniers palestiniens ! On part ; Rejoignez-nous.
Dans plusieurs villes d'Europe, les images de Gaza ont ravivé une colère longtemps contenue. Cortèges silencieux, rassemblements massifs, occupations symboliques, témoignages de médecins venant de Gaza...
Depuis des mois et années, une partie de la société civile internationale tente d'alerter sur l'ampleur de la catastrophe humanitaire qui frappe les territoires palestiniens. Au cœur de cette mobilisation grandissante, un convoi humanitaire terrestre véhiculé et citoyen engagé s'organise désormais pour rejoindre les frontières de Gaza et porter une aide concrète aux populations civiles.
Ses initiateurs parlent d'un "devoir moral face à l'effondrement du droit international". Médecins, chauffeurs, bénévoles, militants associatifs et citoyens anonymes veulent acheminer du matériel médical, de la nourriture et des produits de première nécessité, tout en attirant l'attention sur ce qu'ils qualifient de "génocide en cours" à Gaza et en Cisjordanie.
À travers cette initiative, les organisateurs entendent dénoncer le blocus, les bombardements répétés contre les infrastructures civiles et l'impunité dont bénéficieraient, selon eux, les responsables de crimes de guerre. Entre engagement humanitaire et acte politique assumé, ce convoi se veut aussi un symbole : celui d'une solidarité internationale qui refuse de rester spectatrice.
Nous avons rencontré le responsable européen de ce mouvement citoyen : Mustafa Cakici (Cofondateur de la délégation française, Organisateur, participant, coordinateur international et porte-parole de la flottille internationale 2025)

Comment est née l'idée de ce convoi humanitaire et citoyen vers Gaza ?
L'idée est née dans la continuité d'une conscience humaine à l'échelle internationale, celle qui dénonce le génocide en cours, perpétré par Israël et ses complices. Depuis deux ans et demi, l'idéologie sioniste impose à un peuple entier une entreprise de destruction méthodique. Et nous le disons sans détour : nous ne cesserons pas d'agir tant que ce génocide ne s'arrêtera pas, tant que justice ne sera pas rendue et que ses auteurs ne répondront pas de leurs actes.
Cette mobilisation s'inscrit dans la continuité des actions. Depuis octobre 2023, nous assistons à une situation où les obligations erga omnes, celles que tout État doit à la communauté internationale dans son ensemble, sont bafouées sans conséquence. Les ordonnances de la Cour internationale de Justice de janvier, mars et mai 2024, qui imposaient des mesures conservatoires contraignantes, sont restées lettre morte.
Face à cette carence, l'initiative citoyenne ne relève pas de la charité. Elle s'inscrit dans une longue tradition de suppléance et dans la continuité de nos actions, là où la société civile prend en charge ce que les États renoncent à assurer. L'histoire l'enseigne : lorsque l'architecture interétatique se paralyse, ce sont les corps des citoyens qui redeviennent le dernier vecteur du droit. Notre convoi est l'expression contemporaine de cette logique.
Pourquoi avoir choisi l'action terrestre plutôt qu'une mobilisation uniquement politique ou médiatique ?
Parce que l'action terrestre opère à trois niveaux que le plaidoyer seul ne peut atteindre. Premièrement, elle est matérielle : elle achemine un bien tangible, qui soigne et nourrit, là où le blocus crée une pénurie organisée, prémédité, ce que le droit international qualifie de punition collective, prohibée par l'article 33 de la Quatrième Convention de Genève. Deuxièmement, elle est démonstrative : en se heurtant physiquement aux entraves, le convoi documente et rend visible l'illégalité du siège, transformant chaque obstacle en preuve. Troisièmement, elle est performative au sens politique : elle réactive la notion de désobéissance civile transnationale, en opposant à l'inertie des chancelleries la légitimité d'une action directe non-violente. Nous ne renonçons ni au registre juridique ni au registre médiatique, nous les articulons à un acte concret qui leur donne un ancrage corporel et une force d'interpellation que les communiqués n'auront jamais.
Vous employez le terme de "génocide" pour qualifier la situation à Gaza et en Cisjordanie. Pourquoi ce mot vous semble-t-il aujourd'hui nécessaire ?
Parce que sa qualification ne relève pas de l'invective militante, mais d'une analyse juridique rigoureuse au regard de la Convention de 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide. L'article II définit le génocide par un actus reus, meurtre de membres du groupe, atteinte grave à l'intégrité, soumission intentionnelle à des conditions d'existence devant entraîner sa destruction, couplé à un dolus specialis, l'intention de détruire en tout ou partie un groupe comme tel. Or la CIJ, dans son ordonnance du 26 janvier 2024, a reconnu le caractère plausible d'un risque de génocide et l'applicabilité de la Convention. Des rapporteurs spéciaux des Nations Unies, des juristes comme ceux à l'origine du concept même de génocide, et des spécialistes des études génocidaires emploient ce terme. Nommer, ici, c'est résister à l'euphémisation, car l'histoire des génocides est aussi celle du déni contemporain et de la reconnaissance posthume. Refuser le mot juste reviendrait à participer à ce délai meurtrier entre les faits et leur qualification.
Qui sont les personnes qui composent ce convoi ? S'agit-il principalement de militants ou de citoyens sans engagement préalable ?
La composition est délibérément hétérogène, et cette hétérogénéité est elle-même un acte politique. On y trouve des militants associatifs structurés, rompus aux mécanismes du droit international humanitaire et aux campagnes de solidarité internationale. Mais on y trouve surtout des professionnels de santé, des chauffeurs, des enseignants, des travailleurs sans trajectoire militante antérieure, que l'ampleur des violations a fait basculer de la sidération à l'engagement. Ce passage du témoin passif à l'acteur est précisément ce que le philosophe du droit appellerait la réappropriation citoyenne de la responsabilité de protéger, lorsque les États y manquent. Cette diversité brise le récit qui voudrait réduire la solidarité avec la Palestine à une niche idéologique : elle démontre que nous sommes face à une conscience morale transversale, qui traverse les classes, les origines et les confessions.
Quels types d'aides humanitaires et médicales espérez-vous acheminer sur place ?
Notre aide est calibrée sur les besoins documentés par les organisations sanitaires opérant sur place et par les rapports de l'OMS faisant état de l'effondrement du système de santé gazaoui. En priorité, du matériel médical d'urgence. Nous transporterons également des denrées non périssables, des produits d'hygiène, et du matériel pédiatrique. L'ensemble est coordonné avec des partenaires de terrain afin de garantir une chaîne de distribution traçable, conforme aux principes humanitaires d'impartialité et de neutralité dans l'allocation, même si notre démarche, elle, n'est pas neutre quant au constat politique.
Craignez-vous que cette initiative soit perçue comme un acte politique plus qu'humanitaire ?
Je récuse l'opposition même sur laquelle repose cette question. L'humanitaire n'a jamais été apolitique et le droit international humanitaire est, par essence, une régulation politique de la violence armée. Acheminer de l'aide à une population assiégée, c'est contester par l'acte la légalité du siège. Nous assumons cette dimension sans ambiguïté. Ce que nous refusons, c'est l'instrumentalisation de la "neutralité" comme injonction au silence, cette fausse symétrie qui place sur le même plan l'occupant et l'occupé, la puissance qui bombarde et la population qui subit. La neutralité du secouriste sur le terrain est une obligation déontologique ; elle ne saurait être confondue avec une neutralité morale face à des crimes documentés. Notre acte est humanitaire dans ses moyens, juridiquement fondé dans sa légitimité, et politique dans son sens.
Comment réagissez-vous aux accusations de partialité ou de radicalité formulées contre certains mouvements de soutien à la Palestine ?
Ces accusations procèdent d'un renversement rhétorique qu'il faut nommer. La "partialité" qu'on nous reproche n'est rien d'autre que le refus de l'équidistance entre l'auteur de violations massives et leurs victimes, or aucune norme du droit international n'impose une telle équidistance ; au contraire, il distingue clairement l'agresseur de l'agressé, le combattant du civil protégé. Quant à la "radicalité", j'observe que ce qualificatif est rarement appliqué aux pratiques elles-mêmes, bombardements d'hôpitaux, déplacements forcés, entraves à l'aide, mais réservé à ceux qui les dénoncent. C'est un mécanisme classique d'inversion accusatoire, qui déplace le scandale de l'acte vers sa critique. Notre démarche est strictement non-violente, fondée sur des instruments juridiques ratifiés, Conventions de Genève, Statut de Rome, Convention sur le génocide. Si défendre le droit positif est devenu "radical", c'est que le centre de gravité du discours admissible s'est déplacé, et c'est ce déplacement qu'il faut interroger.
Selon vous, les gouvernements européens et les institutions internationales ont-ils failli face à la situation actuelle ?
La faillite est patente et, à mes yeux, engage des responsabilités juridiques propres. L'Union européenne, qui érige le respect des droits humains en clause essentielle de ses accords d'association, y compris l'accord UE-Israël dont l'article 2 conditionne la coopération au respect de ces droits, n'a pas activé les mécanismes de suspension prévus. Plusieurs États membres ont poursuivi des transferts d'armements, alors même que le Traité sur le commerce des armes interdit l'exportation lorsqu'il existe un risque que ces armes servent à commettre des violations graves du droit humanitaire. La suspension précipitée des financements à l'UNRWA, sur la base d'allégations non étayées judiciairement, a aggravé une catastrophe en cours. Quant au Conseil de sécurité, sa paralysie par l'usage répété du veto illustre une crise structurelle de la gouvernance internationale. Il ne s'agit pas d'une défaillance ponctuelle : c'est une crise de crédibilité qui menace l'universalité même du droit, en révélant sa géométrie variable selon l'identité des auteurs. Certains pays comme la Turquie rappellent que le monde est plus grand que 5, et qu'il faut réformer le conseil de sécurité.

Mustafa Cakici : Un convoi citoyen et humanitaire partira d'Europe fin juillet 2026 pour porter un message de solidarité envers le peuple palestinien et appeler à un accès humanitaire pour les populations civiles.
Quels obstacles - diplomatiques, logistiques ou sécuritaires - rencontrez-vous dans l'organisation de ce convoi ?
Les obstacles sont systémiques et se renforcent mutuellement. Sur le plan diplomatique, l'accès aux points de passage est subordonné à des autorisations discrétionnaires, révocables, instrumentalisées comme levier de pression, ce qui constitue en soi une entrave à l'acheminement de l'aide, contraire aux obligations de libre passage des secours humanitaires posées par le droit coutumier et conventionnel. Logistiquement, la coordination transnationale de véhicules, de matériel certifié et de personnes issues de plusieurs juridictions, sur un financement exclusivement citoyen, exige une rigueur extrême et une transparence comptable irréprochable, d'autant que nous anticipons des tentatives de disqualification. Sur le plan sécuritaire, nous opérons aux abords d'une zone de conflit actif : chaque participant reçoit une information complète sur les risques, signe un consentement éclairé, et nous avons mis en place une commission sécurité dédiée. Nous documentons par ailleurs chaque entrave, car ces obstructions sont elles-mêmes des éléments susceptibles d'alimenter de futures procédures.
Au-delà de l'aide d'urgence, quel message souhaitez-vous adresser à l'opinion publique internationale à travers cette mobilisation ?
Que la solidarité n'est pas un sentiment mais une obligation juridique et morale partagée. La Convention sur le génocide impose à chaque État partie un devoir de prévention qui se déclenche dès l'instant où il a connaissance d'un risque sérieux, ce devoir, par capillarité, descend jusqu'aux citoyens, dépositaires ultimes de la souveraineté. Notre message est triple. Aux populations de Gaza : vous n'êtes pas seules, et votre dignité n'est pas négociable. Aux gouvernants : l'impunité d'aujourd'hui prépare les comptes de demain, car l'imprescriptibilité des crimes les plus graves signifie que le temps ne joue pas en faveur de l'oubli. Et à l'opinion : l'inaction n'est pas neutralité, c'est une décision. Ce convoi est un refus organisé de la normalisation de l'inacceptable, il affirme que nous avons vu, que nous savons, et que cette connaissance nous oblige.
Rendez-vous le 23 juillet 2026 à 18h, place de la République à Paris.
Nous donnerons le signal du départ. De Paris à Sarajevo, où nous commémorerons le massacre de Srebrenica le 27 juillet, puis à travers Istanbul et l'Irak, jusqu'aux portes de la Palestine et un convoi terrestre portera ce que les États refusent de porter, la solidarité concrète des peuples.
Srebrenica nous a appris que le génocide n'est jamais un accident : c'est un processus, rendu possible par le silence et l'abandon. Trente et un ans plus tard, nous refusons d'être les spectateurs d'une histoire qui se répète.
Chacun fait sa part. Le colibri ne prétend pas éteindre l'incendie seul, il refuse simplement d'y assister les bras croisés.
Venez nombreux soutenir le départ, rejoindre le convoi, ou simplement témoigner que nous étions là.
Ils ne savaient pas que c'était impossible, alors ils l'ont fait.

