Lancés dans une course folle à l'IA, les Big Tech cherchent à implanter des centres de données sur tous les continents. Ils se heurtent de plus en plus, y compris aux États-Unis, à des oppositions locales qui dénoncent les impacts environnementaux et le manque de transparence autour de ces infrastructures gigantesques. Panorama de ces luttes populaires qui essaiment partout dans le monde.
par Lucille Giovannelli, Séverin Lahaye
De pays en pays, de continent en continent, la même histoire se répète. Lancées dans une course folle pour dominer le marché de l'intelligence artificielle (IA), les entreprises du numérique, Big Tech en tête (Google, Amazon, Meta, Microsoft, Nvidia, TikTok...), alliées à de puissants acteurs financiers, investissent des dizaines de milliards de dollars pour construire des centres de données. Selon L'Agefi, qui cite une note de l'agence Moody's, Meta, Amazon, Oracle, Alphabet (qui détient Google) et Microsoft ont engagé en 2025 près de 1000 milliards de dollars pour construire leurs hyperscalers. Un montant qui pourrait atteindre les 3 000 milliards de dollars d'ici 2030, selon l'entreprise d'immobilier JLL. Ces entrepôts gigantesques (pour la plupart appelés "hyperscale") hébergent de grandes masses de données produites par l'utilisation de leurs IA respectives. Leurs exigences ? Un accès au réseau électrique, du foncier disponible et peu cher, et souvent des réserves d'eau à proximité pour refroidir leurs serveurs.
Selon les pays, cette configuration peut varier, mais à chaque fois, leur stratégie reste la même : arriver masqués, en dire le moins possible sur leurs impacts environnementaux, imposer leur narratif à base de "c'est le progrès" et "nous apportons des emplois" et obtenir le soutien politique nécessaire pour que tout se fasse le plus vite possible. Une stratégie que nous avons relatée en détail dans notre enquête sur le projet de datacenter de Google près de Châteauroux. Mais un élément peut venir troubler leurs plans : la contestation locale. Car il arrive de plus en plus fréquemment, au vu du nombre et de la taille des projets, que des groupes d'opposants, inquiets de voir ces gigantesques infrastructures se construire à côté de chez eux, se mobilisent pour en empêcher l'installation. Et obtiennent parfois gain de cause.
La lutte victorieuse des militants chiliens
C'est précisément ce qu'il s'est passé au Chili, à Quilicura, une commune située au nord de l'agglomération de Santiago, la capitale du pays. C'est en 2015 que Google décide d'y construire son premier centre de données, rejoint quelques années plus tard par un datacenter de Microsoft, puis d'autres opérateurs. Aujourd'hui, la commune en compte cinq, contre 33 au niveau national. Un chiffre encore modeste en comparaison avec les plus de 4000 centres de données présents aux États-Unis. Mais l'ancien président de gauche, Gabriel Boric, a lancé avant son départ un plan visant à augmenter leur nombre pour faire du Chili un "hub technologique".
Certains résidents de Quilicura se sont inquiétés de voir les zones humides de la région s'assécher d'année en année. En 2022, l'étudiant en droit Rodrigo Vallejos a démontré, en épluchant la documentation transmise par Microsoft aux autorités chiliennes, que la firme avait menti sur la nature de son système de refroidissement. Il a déposé une centaine de plaintes, sans succès, pour contraindre Microsoft à ne pas prélever d'eau pour refroidir ses serveurs, dans un pays touché par une sécheresse qui dure depuis quinze ans. Mais le militant écologiste ne s'est pas découragé. En 2024, accompagné par Tania Rodríguez, fondatrice du Mouvement socio-environnemental communautaire pour l'eau et l'environnement (Mosacat), il a contesté devant le tribunal environnemental de Santiago les immenses quantités d'eau que Google prévoyait de consommer pour un second datacenter dans la même zone (7 milliards de litres d'eau par an, soit environ 228 litres par seconde, l'équivalent de 40 000 foyers). Après un long combat juridique, le tribunal a finalement suspendu le permis de construire de la multinationale. "Nous n'avons pas besoin de nouveaux centres de données qui vont nous priver d'eau, uniquement pour que les Occidentaux puissent créer des images rigolotes grâce à l'IA", a déclaré Tania Rodríguez au média anglais The Guardian.
Sur son compte Instagram, le militant chilien Rodrigo Vallejos a posté une photo du parc urbain créé par Google censé compenser l'impact environnemental de son datacenter.
Comme à Châteauroux et dans d'autres lieux d'implantation de ses datacenters, Google promettait un impact environnemental minimal et jouait la carte du bon voisin. "Mais ses investissements pour la communauté locale sont restés minimaux", déplore Alexandra Arancibia, conseillère municipale à Quilicura, interrogée par The Guardian. Pour faire tourner son centre de données construit en 2015, la firme n'emploie que 208 personnes, et le parc urbain qu'elle a créé en 2019 pour compenser l'impact environnemental de son site est selon elle un "échec" : "La végétation s'est desséchée, les sentiers ne sont pas entretenus et il n'y a pas d'irrigation."
L'accès à l'eau, au coeur du combat contre les datacenters
En Amérique latine, la question de l'accès à l'eau constitue souvent la principale porte d'entrée des luttes contre les centres de données. Ainsi à Canelones, une petite ville du sud de l'Uruguay, pays marqué lui aussi par la sécheresse, où l'eau du robinet devient impropre à la consommation car trop salée, Google a annoncé un autre projet de datacenter. Les militants ont bataillé devant les tribunaux pour obtenir la divulgation de la consommation d'eau prévue par la firme américaine dévoile - 7,7 millions de litres par jour, soit l'équivalent des besoins en eau de 55 000 personnes. Elle a finalement été contrainte d'utiliser un système de refroidissement par air, bien moins gourmand en eau.
Dans le nord-est du Brésil, c'est la lutte des Anacés, un peuple indigène de l'État de Ceará, qui met des bâtons dans les roues de TikTok.
Dans l'État de Querétaro, en plein centre du Mexique, la population doit se faire livrer de l'eau par camion-citerne, à cause d'une sécheresse débutée en 2024. Une partie des habitants du territoire accuse les Big Tech (Equinix, Amazon, Microsoft et Google notamment) de prélever l'eau du système d'eau potable pour refroidir leurs serveurs, à hauteur de plusieurs millions de litres par an. Après de nombreuses actions, les habitants du village de Maconí, un des lieux les plus touchés, ont obtenu un accord avec le gouvernement fédéral qui doit leur garantir un accès pérenne à l'eau.
Dans le nord-est du Brésil, c'est la lutte des Anacés, un peuple indigène de l'État de Ceará, qui met des bâtons dans les roues de TikTok. Le Brésil compte aujourd'hui près de 210 centres de données, soit environ la moitié de la capacité installée en Amérique latine, et son gouvernement cherche à assouplir les conditions fiscales pour attirer encore davantage les opérateurs. Le géant chinois a investi 10 milliards de dollars dans un gigantesque projet de centre de données, dont une partie impactera directement leur territoire. "Ils le construisent juste au bord de la rivière", un lieu qui revêt une importance spirituelle pour la communauté, selon Cacique Roberto Ytaysaba Anacé, interrogé par Rest of World. Le peuple Anacé a donc déposé une plainte devant les autorités fédérales pour empêcher sa construction, dénonçant notamment la violation de leur droit à la consultation, garanti par un traité international.
Modèle économique colonial
Selon la journaliste indépendante Nastasia Hadjadji, coauteure avec Olivier Tesquet de Apocalypse Nerds (Divergences, 2025), ces implantations reflètent la dimension coloniale du modèle économique des Big Tech : "Leur agenda consiste à exploiter toutes les failles politiques d'un État, en choisissant consciemment les lieux où les populations sont les plus vulnérables." Un constat partagé par la journaliste étasunienne Karen Hao, auteure de Empire of IA (Penguin Press, 2025), pour qui l'IA dessine les contours d'un néo-colonialisme numérique, reproduisant les schémas d'exploitation des empires de jadis. Elle a d'ailleurs contribué au lancement de The AI Resist List en mai 2026, une initiative visant à documenter les actes de résistance à cette industrie dans le monde.
Pour la journaliste étasunienne Karen Hao, l'IA dessine les contours d'un néo-colonialisme numérique, reproduisant les schémas d'exploitation des empires de jadis.
C'est précisément ce qu'il se passe en Inde, où le gouvernement a mis en place une exonération fiscale de 20 ans pour les opérateurs étrangers de centres de données. Google, Microsoft et Amazon y possèdent ou développent chacun au moins un centre de données, et ont jeté leur dévolu sur des zones rurales dont les habitants ne jouissent pas des mêmes droits de contestation que les populations occidentales, relève l'avocate Jillian Hishaw dans un article du média Rest of World. Malgré tout, dans l'État du Telangana, une partie des habitants du village de Mekaguda ont lancé une pétition contre un datacenter de Microsoft, l'accusant de déverser illégalement des déchets industriels dans un plan d'eau à proximité de leurs élevages de vaches.
C'est le projet d'hyperscale de Google, dans l'État d'Andhra Pradesh, évalué à 15 milliards de dollars, qui concentre le plus de critiques. D'après une enquête vidéo de l'Environmental Reporting Collective, Google veut artificialiser 200 hectares de terrains appartenant à des dalits (aussi appelés Intouchables), un des groupes sociaux les plus pauvres du pays. Les paysans dénoncent les pressions et les menaces subies de la part de la firme et du gouvernement, propriétaire des terres, qui a fait supprimer les posts Instagram d'une ONG informant sur le projet. "Nous nous battrons, même si nous devons y laisser nos vies", promet Pyla Kandamma, l'ancienne cheffe du conseil du village.
Travailleurs du clic et mouvements d'habitants
Aux Philippines, la lutte anti-IA est menée par les "travailleurs du clic", les personnes chargées d'entraîner les grands modèles de langage (LLM), obligés de visionner des vidéos pornographiques à des fins de modération par exemple, et payés une misère.
Ailleurs en Asie, les habitants des grandes villes japonaises s'organisent pour résister à l'essor des datacenters urbains. En Malaisie, où le gouvernement a récemment gelé l'arrivée de centres de données non liés à l'IA par craintes de tensions sur les ressources en eau et en électricité, les premières contestations commencent aussi à émerger. Aux Philippines, la lutte anti-IA est menée par les "travailleurs du clic", les personnes chargées d'entraîner les grands modèles de langage (LLM). Obligés de visionner des vidéos pornographiques à des fins de modération par exemple, et payés une misère, ils ont créé Code AI, une coalition réunissant plus de 1,8 million de travailleurs pour défendre leurs droits.
Au Kenya, autre pays de forte concentration de travailleurs du clic, une organisation baptisée Data labelers association s'est lancée avec le même objectif. "Nous construisons un mouvement dans lequel le travail numérique est visible, valorisé et organisé, et où le rôle humain à la base de l'IA est enfin reconnu comme un élément central, et non plus périphérique, de l'innovation", explique sa fondatrice, Joan Kinyua, à Rest of the world. Au Cap, en Afrique du Sud, des associations civiles comme Housing Assembly s'opposent à la construction de deux datacenters de l'entreprise étasunienne Equinix, qui domine le secteur de l'hébergement dit de colocation. Le pays, qui lui aussi "se rêve en leader continental de ce nouveau marché", décrit Courrier international, devrait prochainement accueillir des infrastructures de Google, Microsoft, Amazon ou encore Oracle.
L'Irlande, tête de pont des Big Tech en Europe
En Irlande, premier hébergeur européen en termes de capacité électrique, plus de 80 centres de données consommaient 22 % de l'électricité nationale en 2024, contre 5 % en 2015. Ce chiffre pourrait atteindre 30 % d'ici 2030. Cette demande exponentielle a fait grimper la facture d'électricité des ménages de 1,4 milliard d'euros et rendu le réseau électrique plus instable, à tel point que l'État a dû rouvrir dans l'urgence deux centrales à énergie fossile. Après avoir instauré un moratoire de près de trois ans, gelant 6,5 milliards d'euros d'investissement, le gouvernement impose désormais aux opérateurs de produire eux-mêmes leur électricité. Un revirement dû en partie aux mobilisations populaires débutées en 2021 sous l'impulsion de l'ONG People Before Profit et aux luttes locales.
En Irlande, premier hébergeur européen en termes de capacité électrique, plus de 80 centres de données consommaient 22 % de l'électricité nationale en 2024, contre 5 % en 2015.
À Ennis, dans le comté de Clare, trois scientifiques retraités, Bridget Ginnity, Colin Doyle et Martin Knox, ont mené pendant cinq ans une bataille juridique contre un centre de données de 200 mégawatts de l'entreprise Art Data Centres, derrière laquelle se cache Amazon. "Les politiciens suivent ce que veut Washington. Le message du gouvernement, c'est que nous avons besoin de centres de données. [...] Nous sommes dépendants des États-Unis, toutes leurs multinationales sont ici", déplorait Colin Doyle, interrogé par le média Le Soleil.
Au micro de France Inter, le porte-parole des Amis de la Terre Irlande, Rosi Leonard, appelait la France à ne pas répéter les mêmes erreurs que l'Irlande : "D'emblée, vous devriez imposer des limites strictes à l'expansion des centres de données : fixer une taille maximale pour leurs bâtiments, mettre en place des moratoires, et décider du type d'énergie qu'ils peuvent utiliser ainsi que du moment où ils peuvent la produire." Une politique totalement opposée à celle promue par le gouvernement, qui se plie aux exigences des Big Tech pour faciliter leur installation sur le territoire.
"Une stratégie de prédation sur des territoires précarisés"
Instaurer un moratoire sur les projets de centres de données, c'est aussi ce que souhaite le collectif espagnol " Tu Nube Seca Mi Rio" (Ton nuage assèche ma rivière), créé en 2023, qui réunit agriculteurs, riverains et associations citoyennes. Celui-ci dénonce les investissements des Big Tech dans le pays, notamment en Aragon, où Google, Amazon et Microsoft prévoient de construire plusieurs infrastructures, dans un pays touché par des sécheresses récurrentes et une avancée de la désertification. Malgré l'opposition des militants, un projet d'hyperscale de Meta qui devrait consommer 500 millions de litres d'eau par an a été validé par les autorités locales de Castille-La Manche, aveuglées par les promesses d'emplois dans "une province déprimée qui affiche l'un des taux de chômage les plus élevés du pays (environ 24 %)", décrit Reporterre.
"On assiste à un regroupement des luttes"
Cette stratégie relève d'une "forme de prédation sur des territoires déjà précarisés, fragilisés économiquement et déjà pollués" observe Anti, du collectif français Le Nuage était nous pieds. C'est aussi le cas en Belgique, à Farciennes, commune la plus pauvre de Wallonie, où le mouvement de désobéissance civile Code Rouge s'est rassemblé fin juin 2026 à proximité du chantier du futur datacenter de Google, deuxième investissement majeur du géant étasunien en Belgique après son site à Saint-Ghislain. Réunis autour d'un sound system tekno, les militants ont dénoncé non seulement les conséquences environnementales du projet, mais aussi le rôle de Google dans le développement de l'IA et certains de ses contrats militaires. "Les terroristes, c'est Google, pas nous", a déclaré la responsable presse du mouvement au média belge la DH.
En France, "on assiste aussi à un regroupement des luttes", détaille Anti. Et le spectre est large : riverains mobilisés à l'échelle locale, collectifs antiextractivistes et anticoloniaux, comme Survie ou Génération Lumière, organisations environnementales comme France Nature Environnement, mouvements comme les Soulèvements de la Terre, défenseurs des libertés numériques dans la lignée de La Quadrature du Net ou de Data For Good, syndicats et travailleurs confrontés au remplacement de leur travail par l'IA, militants anarchistes et antimilitaristes, chercheurs ou sociologues, syndicats agricoles ou encore tenants du permacomputing. Au Bourget, en Seine-Saint-Denis, leur mobilisation a payé : le nouveau maire de la commune, Mehdi Nezzar a invalidé le permis de construire accordé à l'entreprise immobilière anglaise Segro, lui demandant l'abandon du projet de centre de données dans sa forme actuelle, détaille un communiqué du 17 juin 2026. Pour le journaliste Nicolas Celnik, coauteur avec Fabien Benoit de Techno-luttes : Enquête sur ceux qui résistent à la technologie (Seuil, 2022) et de Les Assoiffeurs : Enquête sur ces entreprises qui accaparent l'eau (Les Liens qui libèrent, 2026), "on observe dans les luttes contre les datacenters les mêmes configurations de résistance qu'à Sainte-Soline".
Aux États-Unis, une résistance transpartisane...
Cette coalition de luttes est encore plus vaste et plus politiquement diverse aux États-Unis, le pays qui de loin accueille le plus de centres de données au monde. Le mouvement anti-datacenter serait parvenu, selon le média américain Grist, à réunir une coalition plus vaste que les luttes climatiques : "Des gens de tous horizons - des musiciens punk de l'Utah, des agriculteurs de l'Oregon, des employés de salons de beauté du Maryland - se mobilisent pour toutes sortes de raisons. [...] Mais leurs différences ne les empêchent pas de travailler ensemble", explique Levin Saul, animateur d'un podcast sur les résistances contre les centres de données.
L'opposition aux centres de données constituent l'un des rares sujets qui rassemblent les citoyens étasuniens.
Ce qui se vérifie aussi d'un point de vue politique. "Même dans un État"bleu"[démocrate, ndlr], tout le monde s'accorde à dire que l'opposition aux centres de données doit être bipartisane pour avoir une chance de réussir", écrit la journaliste de Grist Kate Yoder. Les centres de données constituent d'ailleurs l'un des rares sujets qui rassemblent les citoyens étasuniens : selon un sondage Gallup, 75 % des démocrates et 63 % des républicains s'opposent à la construction de centres de données dans leur région. Au point de changer totalement les orientations politiques de certains candidats aux élections de mi-mandat, comme la démocrate Keisha Lance Bottoms, qui célébrait il y a quelques années l'arrivée de Microsoft en Géorgie et qui fait désormais campagne pour un moratoire sur les centres de données, comme le raconte Libération.
Reste néanmoins un point de vigilance : quels seront les discours mobilisés pour s'opposer à l'essor de l'IA durant ces élections ? S'agira-t-il de défendre les écosystèmes et de dénoncer son coût environnemental, ou de brandir le risque d'une annihilation de l'humanité ? Nastasia Hadjadji invite à interroger la coloration idéologique de certains opposants et met en garde contre les discours qui associent le rejet des technologies à des positions réactionnaires, comme c'est le cas en France de la mouvance Anti-Tech Résistance. Certains de ses représentants voient, par exemple, dans la pilule abortive une menace technologique similaire à celle de l'IA. Mais la vague de mobilisation étasunienne, dont une frange tant à se radicaliser vers des actions violentes, pourrait inspirer les mouvements de résistance dans le monde entier, car elle semble en passe de faire infléchir les Big Tech.
...victorieuse à plusieurs reprises
Selon Data Center Watch - un projet financé par l'industrie elle-même - 130 milliards de dollars d'investissements ont été bloqués ou retardés au premier trimestre 2026, soit autant que pour l'année 2025 entière. En septembre 2025, Google a abandonné un projet d'un milliard de dollars à Indianapolis après la mobilisation de riverains. Même constat en Virginie, où une filiale de Brookfield, Compass datacenter, s'est retirée d'un vaste projet sur 333 hectares. Le projet Data Center Opposition recense 268 collectifs de protestation répartis dans 37 États, représentant près de 360 000 opposants. La célèbre activiste Erin Brockovich a également lancé un observatoire citoyen et développé sa propre cartographie des centres de données aux États-Unis. Au niveau local (villes et comtés notamment), le site US Datacenter Moratorium Tracker recense 116 moratoires actifs. Une quinzaine d'États songent également à légiférer à ce sujet, tandis qu'au niveau national, les élus démocrates Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez appellent à un moratoire national. Plus de 500 organisations ont d'ailleurs signé une lettre adressée au Congrès le 11 juin 2026 rejoignant leur proposition.
Face à ces contestations, les Big Tech investissent massivement pour se refaire une image.
Face à ces contestations, les Big Tech investissent massivement pour se refaire une image, à coup de lobbying et de promesses d'emplois recyclées par une classe politique souvent très naïve vis-à-vis du selon de la " souveraineté numérique". La bataille pour l'acceptabilité sociale est aussi une guerre culturelle, et le récit de l'inévitabilité de ces infrastructures s'est installé dans le débat médiatique.
Mais, derrière ces rhétoriques bien huilées se profile aussi le risque d'un accroissement de la répression contre les opposants aux datacenters. En Belgique, 19 militants du mouvement de désobéissance civile Code Rouge ont été perquisitionnés, et six d'entre eux ont été inculpés par les autorités flamandes au cours du mois de juin 2026. Aux États-Unis, des documents obtenus par le média Wired révèlent que les autorités fédérales, dont le FBI, considèrent les "extrémistes anti-tech" comme une cible prioritaire de leurs activités répressives et de surveillance. Entre les opposants au datacenters et les Big Tech, le gouvernement étasunien a choisi son camp.

