par Alfredo Jalife-Rahme
La guerre états-unienne contre l'Iran entre dans une nouvelle phase. Il semble que les États-Unis aient envisagé de s'associer à Israël, au début des opération, comme ils l'avaient fait avec le Royaume-Uni pour renverser Mossadegh. Si c'est exact, leur seul et unique objectif aurait été de couper l'approvisionnement de la Chine en pétrole et gaz iranien. Cependant, si Téhéran parvient à impliquer Ansar Allah dans le conflit, cela pourrait se retourner contre les États-Unis au prix d'une crise économique globale avec la fermeture des détroits d'Ormuz et de Bab-el-Mandeb, et l'interruption des transferts maritimes internationaux. C'est pourquoi, Donald Trump tente de s'appuyer sur l'Arabie saoudite et fe contraindre la Türkiye à rompre avec la Russie.

La rhétorique est déjà proportionnelle à l'escalade militaire des coups réciproques, jusqu'à présent calibrés, tandis que les États-Unis et l'Iran poursuivent leurs étranges "négociations" [1]. La phrase du petit-fils de l'ayatollah Khomeini, père de la révolution islamique de 1979, Hassan Khomeini - gardien du mausolée de son grand-père - a une énorme résonnance : il a asséné, péremptoire, que la guerre états-unienne contre l'Iran avait commencé avec le coup d'État [2] - ou putsch de la CIA à travers "l'Opération Ajax [3]" - qui avait renversé le Premier ministre Mohammad Mosaddeq il y a 73 ans (méga-sic !), alors que Mossadegh était le premier ministre souverainiste qui avait nationalisé le pétrole iranien"-
Les bombardements réciproques, entrant dans un schéma"œil pour œil /dent pour dent", font comprendre que la bataille entre les États-Unis et l'Iran débouchera sur le contrôle du détroit d'Ormuz ("Le "Corridor Nord de l'Iran" et le "Corridor Sud d'Oman" qui définissent le contrôle du détroit d'Hormuz", [4].".
Cela n'a plus rien à voir avec l'objectif principal de Netanyahou - qui avait fait miroiter les sommets de la gloire au très influençable Trump, qui avait lui-même ignoré l'avertissement de son ancienne directrice du renseignement national, Tulsi Gabbard, et avait choisi de s'en tenir aux hallucinations du Mossad - car Netanyahou ne visait pas à un changement de régime médiatisé, mais à l'impuissance définitive et à la balkanisation de l'Iran (selon la version hébraïque du journal Maariv [5] grâce à une instrumentalisation des Kurdes d'Iran et d'Irak.
L'immense cortège funèbre de l'ayatollah Khamenei a rassemblé 43 millions de fidèles, principalement des jeunes et des femmes, ce qui a consolidé le gouvernement. Une nouvelle révolution souverainiste de jeunes et de femmes en Iran se retrouve-t-elle nouvellement couplée à la révolution islamique ?
Dans une interview mémorable, l'ancien diplomate britannique Alastair Crooke démystifie le Memorandum d'accord (MoU) en 14 clauses comme n'ayant été qu'une "vulgaire arnaque [6]" dès lors que Trump lui-même a statué lors du récent sommet de l'OTAN à Ankara que le "MoU, c'était terminé".
Toujours est-il qu'aujourd'hui, Trump, après avoir porté de lourds coups aux infrastructures pétrolières, pétrochimiques et électriques de l'Iran, a laissé échapper que les États-Unis allaient prendre le contrôle du détroit d'Ormuz et seraient payés "beaucoup d'argent pour cela [7]". On estime que les revenus issus des péages et/ou des frais dans le détroit d'Ormuz, qui devraient échoir à leurs véritables contrôleurs souverains, l'Iran et Oman, s'élèveraient à 1 trillion de dollars par an. Est-ce que l'idée de Trump ne serait pas d'intervenir dans le protocole de l'accord sur la souveraineté du détroit d'Ormuz entre l'Iran et Oman pour prendre sa part ?
Les États-Unis se trouvent à 10 300 kilomètres du détroit d'Ormuz, dans les entrailles du golfe Persique, où Washington comptait 50 000 soldats militaires et 19 bases militaires, tandis que l'Iran dispose souverainement de 1 400 kilomètres de côtes dans le golfe Persique. À la suite de la rencontre entre Trump et Erdogan lors du sommet de l'OTAN, selon Alastair Crooke, la Turkiye "va jouer un rôle plus important" au Liban, en collaboration avec son allié, le controversé président intérimaire de la Syrie, Al-Jolani/Al-Charaa, à qui Trump a pardonné à Ankara son passé "terroriste" notoire, et qui aurait dû être capturé, ce pour quoi les États-Unis promettaient une récompense de 10 millions de dollars.
Alastair Crooke sous-estime la question de l'acquisition des avions "de rêve" F-35, que la Turkiye avait déjà payés d'avance [à hauteur de 1,4 milliard de dollars], et il considère que leur valeur militaire est très exagérée dès lors qu'ils ont cessé d'être "furtifs" depuis l'invention par l'Iran d'un système radar infrarouge [rappelons qu'il s'agit d'un projet bloqué depuis qu'Erdogan avait acquis des S400 russes, ce qui avait déclenché de nouvelles sanctions US contre la Turkiye].
Alastair Crooke définit la Turkiye comme un "pays des Frères musulmans [8]" - avec une base militaire au Qatar - et ne croit pas qu'Erdogan remettra les systèmes défensifs russes S-400 à l'une des six pétro-monarchies arabes du golfe Persique [comme l'exige Trump]. Il critique également Erdogan en le qualifiant de "caméléon" qui "a habilement joué avec Poutine"
La régionalisation de la bataille pour le détroit d'Ormuz (il faut prêter attention par exemple à la collision de l'Arabie saoudite avec les Yéménites d'Ansaralah), sur le point d'atteindre le détroit de Bab-el-Mandeb, force maintenant le président Erdogan à choisir sa position entre Trump et Poutine.
Traduction
Maria Poumier
Source
La Jornada (Mexique)
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[1] " Iran says continuing talks with mediators to 'prevent escalation'", Al-Arabiya, July 13, 2026.
[2] " El conflicto que sostienen Israel e Irán, con la aquiescencia de Estados Unidos, tiene una larga historia", Deutsche Welle Espagñol, 26 juin 2025.
[3] " La operación de la CIA contra Mohammad Mosaddeq, el germen del conflicto entre Estados Unidos e Irán", Nerea Pardillo, Ondacero, 2 de marzo de 2026.
[4] " El"Corredor Norte de Irán"y El"Corredor Sur de Omán"Que Definen el Control del Estrecho de Ormuz", Alfredo Jalife-Rahme, Substack, 12 de julio de 2026.
[5] " הפלישה שלא היתה : התוכנית הסודית להפלת המשטר האיראני", יוסי מלמן וג'ונתן ברודר, ביולי 9, 2026
[6] " Alastair Crooke : Les États-Unis et l'Iran échangent des frappes massives ", Dialogue Works, YouTube, July 11, 2026.
[7] " Trump says US reinstating Iran naval blockade after new clashes", Al Arabiya, July 13, 2026.
[8] " Les Frères musulmans en tant qu'assassins", par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 21 juin 2019.