18/07/2026 ssofidelis.substack.com  6min #320546

Quand c'est nous qui pratiquons, non non non, ça n'a rien du terrorisme !

Par  Nate Bear, le 18 juillet 2026

Hier, Pete Hegseth a triomphalement  publié sur Twitter une photo montrant l'effondrement de la tour du port maritime de Chabahar, en Iran, après une attaque menée par le régime américain. L'image présentait une ressemblance frappante avec l'effondrement des tours du 11 septembre.

Bien qu'il s'agisse, comme la plupart des opérations contre l'Iran, d'une attaque contre des infrastructures civiles, elle ne sera pas définie comme telle par les médias occidentaux et la scène politique. Ils ne la qualifieront jamais de terrorisme ni de crime de guerre, alors que c'est pourtant clairement le cas. Qu'il s'agisse d'une tour civile, d'un pont ou d'une école remplie d'enfants, les attaques occidentales qui entraînent des massacres seront toujours simplement présentées comme résultant d'une "frappe".

Ce langage édulcoré, chaque fois que la machine de mort impérialiste se met à massacrer, est un outil essentiel pour maintenir l'adhésion aux crimes de guerre et au terrorisme d'État. Et bien qu'Hegseth ait directement tweeté une photo de ce crime de guerre, je n'ai encore vu aucun média impérialiste reproduire cette image, car ils savent à quel point ce serait préjudiciable - une tactique classique dont nous sommes sans cesse témoins : une couverture médiatique sélective et l'omission de détails pour renforcer le soutien public au terrorisme d'État et aux crimes de guerre à l'étranger. Les médias occidentaux ont déjà associé cette "frappe" à toutes les autres pour présenter une fausse équivalence entre, d'une part, une guerre d'agression illégale et, d'autre part, la légitime défense iranienne (des opérations défensives qui, soit dit en passant, sont toujours qualifiées d'"attaques").

La psychologie sous-jacente à ce traitement différencié repose sur l'arrogance et un sentiment de suprématie : ce sont eux les méchants, et ce sont eux qui commettent des actes terroristes. Nous, nous sommes les gentils, et nous "menons des frappes".

Et par "nous", j'entends les pouvoirs impérialistes occidentaux, qu'il s'agisse des États-Unis ou de toute autre puissance alignée sur le régime américain, en particulier, mais pas exclusivement, Israël. Le recours aux notions de "terreur" et de "terrorisme" constitue également un outil rhétorique crucial, poussant les Occidentaux à qualifier la violence impérialiste de légitime, et toute résistance à cette violence d'illégitime. Cette tendance s'est bien sûr manifestée de manière flagrante après le 7 octobre. Le Hamas pratique le terrorisme, tandis qu'Israël se contente de frapper. Ces frappes peuvent relever du génocide, réduire des villes entières en cendres, détruire des hôpitaux, des écoles, des universités, des stations d'épuration, des silos à grains et les moyens de subsistance de deux millions de personnes. Elles peuvent tuer des dizaines de milliers d'enfants de toutes sortes de manières sadiques et atroces, anéantir des générations entières, mais elles ne sont jamais qualifiées de terrorisme. Ce sont, et ce seront toujours, de simples frappes. Parce que le terrorisme, c'est mal, et que nous, on est gentils.

Voilà pourquoi un État revêtait une importance cruciale pour le projet sioniste. Avant 1948,  les groupes qui sont devenus les Forces de défense d'Israël (Tsahal), de la Haganah au Lehi en passant par l'Irgoun, étaient explicitement qualifiés de groupes terroristes. Et leurs membres étaient des terroristes juifs. Ces qualificatifs étaient largement diffusés par les médias occidentaux, et l'existence du terrorisme juif ne faisait l'objet d'aucune controverse.  Dans un éditorial du  Guardian de 1948, au lendemain de l' attentat contre l'hôtel King David, le journal fait référence à des

"terroristes juifs" qu'il décrit comme "des hommes impitoyables, corrompus par le mal de leur époque, indifférents aux souffrances des Juifs d'Europe" pour qui "chaque mauvaise blague d'écolier est un argument de plus en faveur du sionisme".

Mais dès que les sionistes juifs ont obtenu leur propre État, les terroristes ont été absorbés par le bras armé de l'État, et leur violence, qui, quelques mois auparavant, était clairement qualifiée de terrorisme, a été légitimée par la reconnaissance de cet État. Et cette légitimation du terrorisme d'État israélien s'est accompagnée d'une campagne longue de plusieurs décennies pour désigner officiellement la résistance au terrorisme d'État comme le véritable terrorisme, une campagne qui nous a inexorablement menés au génocide de Gaza.

Génocide. Un autre terme réservé par les médias hégémoniques aux seules victimes des ennemis de l'empire, et non à celles massacrées par les alliés de l'empire.

Ainsi, pour les médias occidentaux, le terrorisme n'est pas du terrorisme, le génocide n'est pas du génocide, et d'ailleurs, ce n'est même pas un génocide. Malgré la conviction quasi unanime des spécialistes du génocide, de l'holocauste et des experts en droit international selon laquelle ce qui s'est produit et continue de se produire à Gaza est bien un génocide, ce terme n'est pratiquement jamais mentionné. Le Guardian peut même  publier un article intitulé "Israël commet un génocide à Gaza, selon les plus grands spécialistes mondiaux de ce crime", puis, dans la majeure partie de sa couverture médiatique ultérieure, faire référence à cet événement comme s'il s'agissait d'une guerre. Dix mois après avoir publié ce titre, leur principale rubrique consacrée à la couverture du génocide  s'intitule  "La Guerre Israël-Gaza" . S'ils avaient le courage de leurs convictions prétendument progressistes, s'ils faisaient vraiment confiance aux experts comme tout bon libéral prétend le faire, ils reconnaîtraient les preuves qu'ils ont eux-mêmes présentées, et parleraient objectivement de génocide.

Mais ce n'est pas le cas, car l'esprit occidental, en matière d'impérialisme, a besoin de dissonance.

Elle exige d'évoquer des "frappes" et non du terrorisme, des "guerres" et non des génocides, et de la "politique étrangère" plutôt que des dérives impérialistes. Cela vaut tout particulièrement pour la mentalité des médias professionnels qui doivent filtrer, traiter et présenter les informations en provenance du cœur de l'empire. Je suppose qu'une partie de ce langage bienveillant, conçu pour fabriquer le consentement, est intentionnelle, tandis que l'autre n'est que l'expression inconsciente de la suprématie occidentale et de la déshumanisation du monde périphérique. Car pour vraiment prendre en compte les atrocités commises par le système dans lequel non seulement vous vivez, mais que vous contribuez à soutenir, il faudrait immédiatement rejeter ce système. Mais bon, vous avez des factures à payer. Le génocide peut bien passer pour une guerre si c'est pour pouvoir régler la prochaine mensualité de votre prêt immobilier.

Alors que les attaques terroristes contre l'Iran et Gaza se poursuivent et que le génocide se poursuit, nous n'entendrons parler que de frappes et de guerres par une caste médiatique pleinement complice de ces deux fléaux.

Traduit par  Spirit of Free Speech

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