Le projet controversé du ministre israélien d'extrême droite, Itamar Ben-Gvir, visant à entourer de crocodiles une prison destinée principalement à des détenus palestiniens, a franchi une nouvelle étape après la modification du statut juridique de cet animal par la ministre israélienne de la Protection de l'environnement, malgré des réserves exprimées sur la légalité de cette démarche.
Surnommé dans certains milieux israéliens "l'Alcatraz des alligators", ce projet concerne la prison de haute sécurité de Ketziot, située dans le désert du Néguev, où sont détenus principalement des prisonniers palestiniens ainsi que des personnes arrêtées durant la guerre à Gaza. Longtemps considéré comme difficile à mettre en œuvre en raison d'obstacles juridiques, il pourrait désormais devenir réalisable. La prison sera calquée sur Alligator Alcatraz, le centre de détention pour immigrants américain qui a fermé ses portes en juin.
Selon les médias israéliens, la ministre israélienne de la Protection de l'environnement, Idit Silman, a décidé le 15 juillet de reclasser le crocodile du Nil parmi les "animaux sauvages faisant l'objet d'une gestion spéciale". Cette modification du cadre juridique permettrait aux organismes du régime ainsi qu'à son service pénitentiaire de garder ces reptiles dans leurs installations, sous certaines conditions.
Toutefois, cette décision continue de faire l'objet de contestation. Depuis plusieurs mois, l'Autorité israélienne de la nature et des parcs s'oppose au projet, indiquant que la légalisation en vigueur n'autorise la détention de ce type d'animaux sauvages qu'à des fins scientifiques ou éducatives.
Le nouveau statut modifie le régime juridique applicable au crocodile du Nil ainsi que les conditions de sa détention, ouvrant théoriquement la possibilité de le garder dans d'autres structures que les zoos ou les établissements animaliers agréés. Opposés à cette initiative, des responsables de l'Autorité israélienne de la nature et des parcs ont rappelé que la mission de leur institution est de protéger ces animaux, déclarant : "C'est à nous de les protéger. Ce n'est pas à eux d'assurer notre protection. Ce n'est pas l'esprit de la loi".
Selon le quotidien israélien The Jerusalem Post, Idit Silman a réactivé une disposition obsolète de la loi sur la protection de la faune sauvage. Sa décision crée en pratique une nouvelle catégorie supposée permettant à un organisme de sécurité de détenir ces animaux, sous réserve de l'approbation de la ministre quant à la nécessité sécuritaire de leur utilisation. Cette mesure dépasse toutefois le cadre d'un simple règlement administratif et nécessiterait l'adoption d'une loi par la Knesset, selon l'analyse juridique rapportée par le quotidien israélien.
Le Jerusalem Post a également cité une lettre de Neta Drori, conseillère juridique du ministère de la Protection de l'environnement. Celle-ci avait averti Idit Silman que les éléments professionnels et factuels disponibles étaient insuffisants pour donner suite à la demande de Ben-Gvir.
La juriste a souligné qu'il n'existait aucun précédent professionnel connu concernant l'utilisation de crocodiles comme dispositif de sécurité dans une prison moderne, contrairement aux allégations faites par le service pénitentiaire, qui évoquait des expériences aux États-Unis et en Amérique du Sud.
Concernant le précédent américain, Neta Drori a indiqué qu'il s'agissait d'un essai de courte durée, rapidement interrompu, dans une région où ces reptiles vivaient déjà à l'état sauvage. Une telle expérience ne pouvait donc constituer un élément de comparaison pertinent.
Elle a également estimé que la détention de crocodiles constituait une activité à haut risque et nécessitait la consultation préalable des autorités compétentes. "Les conditions d'une déclaration en vertu de la loi n'ont pas été remplies et il existe un obstacle juridique à la poursuite de la procédure demandée", a-t-elle conclu.
Ceci tombe alors qu'Israël a intensifié les violations des droits de l'homme à l'encontre des Palestiniens détenus dans les prisons israéliennes ; des rapports font état d'un nombre croissant de décès dus aux conditions de détention difficiles, notamment le manque de soins médicaux et les mauvais traitements.
Des rapports israéliens révèlent que les prisonniers palestiniens ont été privés d'eau et de nourriture pendant des heures, dans le cadre de punition collective ce qui menace gravement leur santé et leur sécurité.
