
par Troy Southgate
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L'un des principaux mouvements nationalistes en Égypte dans les années 1920 et 1930 fut le très populaire Parti Wafd, qui avait été fondé après la Première Guerre mondiale. Le dirigeant du groupe - Saad Zaghloul (portrait) - participa à la Révolution égyptienne de 1919 qui a abouti à l'arrestation de Zaghloul et à sa déportation sur l'île de Malte. Cette révolution força finalement ses geôliers britanniques à accorder une indépendance unilatérale à l'Égypte le 22 février 1922. En effet, la Grande-Bretagne avait refusé de reconnaître la souveraineté du pays de manière plus officielle, notamment en refusant de retirer ses bases militaires du sol égyptien. Mais une fois que la puissance coloniale avait obtenu l'assurance que ses intérêts en Égypte et au Soudan resteraient intacts, Zaghloul fut autorisé à revenir. En 1923, il rédigea une nouvelle constitution et fut élu Premier ministre d'Égypte l'année suivante. Victoire inattendue: le Parti Wafd remporta 179 des 211 sièges parlementaires. Comme l'explique Panayiotis J. Vatikiotis :
"Les masses considéraient Zaghloul comme leur chef national, le za'im al-umma, le héros national intransigeant. Ses adversaires étaient tout aussi discrédités aux yeux des masses, car considérés comme des fauteurs de compromis. Pourtant, il était aussi en bout de course arrivé au pouvoir en partie parce qu'il s'était compromis avec le groupe dit du palais et accepté implicitement les conditions garantissant la sauvegarde des intérêts britanniques en Égypte" [1].

Bien qu'il ait créé un sénat et une Chambre des députés, la constitution égyptienne de 1923 permettait également au roi Fouad Ier (1868-1936) (photo) de nommer lui-même deux cinquièmes des sénateurs et de conserver le pouvoir de dissoudre le parlement. Il exerça ce pouvoir jusqu'à sa mort en 1936. Plus important encore, en raison de son rôle politique renforcé,
"les nationalistes furent contraints de lutter sur deux fronts; et tant que le roi et les Britanniques restèrent unis dans leur résistance aux objectifs nationalistes, il importait peu que le Wafd bénéficie du soutien des masses égyptiennes lesquelles demeuraient de facto impuissantes." [2].
Cependant, les célébrations de "l'indépendance" ne devaient pas durer. Après l'assassinat du major général Sir Lee Stack (1868-1924), un officier de l'armée britannique qui était le Gouverneur général du Soudan anglo-égyptien. Cet assassinat eut lieu alors qu'il circulait dans les rues du Caire le 19 novembre 1924. Les Britanniques exigèrent des excuses publiques immédiates du gouvernement de Zaghloul, réprimèrent toutes les manifestations nationalistes dans la capitale et exigèrent le retrait immédiat de tous les officiers et unités de l'armée égyptienne du Soudan. Depuis l'époque de la dynastie du XIXe siècle de Muhammad Ali Pacha (1769-1849), l'Égypte contrôlait autrefois le Soudan, mais elle était désormais obligée de le "partager" avec ses hôtes plus puissants.

En raison de l'incertitude croissante dans le pays, Zaghloul fut contraint de démissionner et, moins de trois ans plus tard, il décéda. Son successeur à la tête du Wafd fut son lieutenant, Mustapha el-Nahhas (1879-1965) (photo), qui mena une campagne victorieuse contre le neveu de Zaghloul pour le leadership du parti. En 1928, el-Nahhas devint Premier ministre pour une courte période avant d'être démis de ses fonctions par le roi Fouad Ier, en raison de sa volonté, jugée subversive, de limiter le pouvoir de la monarchie égyptienne. Le fait qu'el-Nahhas ait également écrit au Haut-Commissaire britannique pour exprimer son opposition à la présence militaire anglaise ne lui valut pas davantage la sympathie des autorités coloniales.

Une décennie plus tard, la variante nationaliste libérale du Wafd avait décliné et, entre 1930 et 1935, le pays fut dirigé par le très répressif Hizb al-shaab (Parti du Peuple) d'Isma'il Sidqi (1875-1950) (photo). Sidqi, qui avait quitté le Wafd peu après sa création à la suite de la Première Guerre mondiale, avait lui aussi été déporté aux côtés de Zaghloul et avait servi dans son gouvernement en tant que ministre des Finances et ministre de l'Intérieur.
En 1936, Sidqi participa à une délégation multipartite pour négocier les termes du traité anglo-égyptien, mais ce dernier ne permit pas de régler le problème croissant de l'ingérence britannique dans les affaires intérieures.
Mustapha el-Nahhas, qui, rappelons-le, avait autrefois fait campagne pour le retrait des troupes britanniques d'Égypte, se rendit finalement à Londres pour signer un accord en 1936 qui accordait à la Grande-Bretagne le droit de stationner des troupes à côté du canal de Suez pour les vingt années suivantes. Le fait que l'Égypte ait rejoint la Société des Nations contribua à entretenir l'illusion qu'elle était encore une nation "indépendante", et le peuple crut donc qu'avec un nouveau parlement et une nouvelle constitution il contrôlait son propre destin:
"Les petits caractères (du texte) qui prolongeaient leur soumission furent ignorés. Nahhas rentra chez lui en héros et les garnisons britanniques en Égypte furent acclamées comme des amies" [3].

Le 29 juillet 1937, le roi Farouk (1920-1965) (photo) succéda à son père sur le trône d'Égypte. Avant même son couronnement, le jeune prince avait déjà choqué bon nombre de ses compatriotes en étalant sa richesse qui était considérable. Il possédait d'immenses domaines, plusieurs palais, des centaines de voitures et parcourait l'Europe lors de coûteuses virées pour faire du shopping. Son accession au trône détériora également les relations avec le Wafd en déclin, car il avait participé avec el-Nahhas à la fameuse capitulation de la souveraineté égyptienne, entrant ainsi dans une alliance traîtresse avec les occupants britanniques.
L'incapacité du Wafd à fournir des structures de santé adéquates à ses citoyens. Seuls les missionnaires chrétiens venus d'Europe étaient devenus la seule possibilité pour que les enfants malades et sans-abri reçoivent les soins nécessaires. Cela rendit le parti plus impopulaire que jamais. Le parti avait mis en place des comités locaux de travailleurs pour permettre à la population d'exprimer ses opinions au cœur d'une dépression mondiale et d'une crise de l'industrie cotonnière égyptienne, mais l'absence de législation efficace au niveau national fit qu'aucun progrès ne fut accompli.
S'inspirant de la montée des mouvements fascistes européens, le Wafd tenta de surpasser ses rivaux en recrutant la jeunesse. Un des moyens fut la création des Chemises bleues, un mouvement de jeunesse qui adopta le port d'uniformes et d'insignes. Ce qui pouvait sembler une innovation radicale n'était pourtant pas nouveau :
"Parmi les organisations de jeunesse paramilitaires d'Europe et du Moyen-Orient pendant l'entre-deux-guerres, les Chemises bleues furent l'une des dernières à émerger. Même en Égypte, au moins trois autres organisations principalement axées sur la jeunesse étaient apparues avant la fondation des Chemises bleues: des escadrons de Chemises noires fascistes italiens parmi les Italiens vivant en Égypte, les"escadrons scouts"des Frères musulmans, et les Chemises vertes de la Société Jeune Égypte, opposée au Wafd" [4].
En juin 1937, la hiérarchie du Wafd s'inquiétait du fait que les Chemises bleues devenaient trop militantes et décida de renforcer son contrôle sur l'organisation dans son ensemble. Mais, en fin de compte, en faisant des concessions aux Britanniques, le Wafd avait perdu le soutien populaire, ce qui se traduisit par un recul électoral du parti. En effet, comme le note Ziad Munson, le comportement conciliant du Wafd "laissa la politique égyptienne dépourvue de chef ou de parti bénéficiant d'une légitimité populaire" [5].
En 1938, une faction mécontente fit scission du Wafd pour former le Parti Institutionnel Saadiste. Entre 1945 et 1949, trois représentants saadistes - Ahmad Mahir Pacha (1888-1945), Mahmoud an-Nukrashi Pacha (1888-1948) et Ibrahim Abdel Hadi Pacha (1896-1981) - furent chacun Premier ministre égyptien.

Le 13 octobre 1933, le Parti Jeune Égypte (drapeau, ci-contre) fit son apparition et ses douze membres fondateurs publièrent leur manifeste "Principes et Programme" dans les pages du journal al-Sarkha huit jours plus tard. Le leader charismatique du groupe, Ahmad Hussein, lança le slogan "Allah, Patrie et Roi", qui exprimait clairement le mélange exalté d'islam, de nationalisme et de monarchie de la Société Jeune Égypte:
"Il invoque un nationalisme fanatique pour régénérer l'Égypte en faisant appel à sa civilisation pharaonique. Son argument simple est: si nos ancêtres ont su atteindre une si grande civilisation et une telle puissance, alors nous pouvons en faire autant" [6].
Une autre organisation importante fut la controversée Fraternité musulmane, fondée à l'origine en 1928 par Hassan al-Banna (1906-1949) et six ouvriers de la Compagnie du canal de Suez. Elle trouve ses racines dans la création de l'Association des Jeunes Musulmans (Jam'iyyat al-Shubban al-Muslimin), apparue en Égypte l'année précédente. Comme son nom l'indique, le groupe était bien plus motivé religieusement que le Wafd ou nombre de ses autres rivaux nationalistes. Al-Banna lui-même, conférencier à la plus ancienne université islamique du Caire, s'opposait fermement à l'impérialisme britannique et soutenait l'application complète de la loi islamique (charia) dans les affaires gouvernementales et judiciaires.
Si la Fraternité musulmane avait commencé comme une organisation caritative, dans les années 1930 elle prêchait le "djihad" contre les colonisateurs européens et, la décennie suivante, commettait des sabotages, des assassinats politiques et des attentats contre des postes de police. Inutile de préciser que ce mouvement allait devenir l'un des groupes les plus radicaux et intransigeants du pays.
Notes :
(1) Vatikiotis, Panayiotis J.; The History of Modern Egypt: From Muhammad to Mubarak (Weidenfeld & Nicolson, 1992), pp.279-80.
(2) Nutting, Anthony; Nasser (E.P. Dutton, 1972), pp.9-10.
(3) Ibid., p.10.
(4) Jankowski, James P.; "The Egyptian Blue Shirts and the Egyptian Wafd, 1935-1938" in Middle Eastern Studies, Vol. 6, No. 1 (January 1970), p.77.
(5) Munson, Ziad; "Islamic Mobilization: Social Movement Theory and the Egyptian Muslim Brotherhood" in The Sociological Quarterly, Vol. 42, No. 4 (Autumn 2001), p.501.
(6) Vatikiotis, Panayiotis J.; Nasser and His Generation (Croom Helm, 1978), p.68.