20/07/2026 reseauinternational.net  9min #320693

À qui appartiennent les archives géologiques de l'époque coloniale du Congo ? À la Belgique, aux États-Unis ou à la Rdc ?

par Fortune Madondo

La République démocratique du Congo (RDC) et KoBold Metals, une société minière américaine spécialisée dans l'intelligence artificielle et soutenue par des milliardaires, sont en conflit avec la Belgique et le Musée belge concernant l'accès, le contrôle et la numérisation de millions d'archives géologiques datant de l'époque coloniale et relatives au riche sous-sol congolais. Malheureusement, la République démocratique du Congo (RDC) figure toujours parmi les quinze (15) pays les moins avancés du monde.

Et ce, malgré le fait que la RDC possède certaines des terres les plus riches de la planète en minéraux (exploités et inexploités), notamment en cuivre, cobalt, coltan, lithium, etc. Cette richesse est encore prouvée aujourd'hui par des archives minières coloniales conservées dans un musée en Belgique.

Ces archives minérales sont au cœur d'un bras de fer entre le gouvernement belge et celui de la RDC. AfricaMuseum contre KoBold Metals. Belgique contre KoBold Metals. Dans ce contexte tendu, une question fondamentale se pose : la RDC (Afrique) jouit-elle d'une souveraineté sur ses ressources ? A-t-elle le contrôle non seulement de ses richesses minérales, mais aussi des données et des connaissances s'y rapportant ?

L'histoire

Conformément à la législation de l'Union européenne (UE) et à la législation belge, les archives doivent être numérisées et mises à la disposition du public d'ici quatre à cinq ans (aux alentours de 2031). Mais la question qui se pose désormais est celle de la propriété des archives : qui devrait être responsable du processus de numérisation ? Qui devrait en assurer la gestion et le contrôle ?

Il semblerait qu'en 2025, KoBold Metals, une entreprise américaine spécialisée en intelligence artificielle et soutenue par Bill Gates et Jeff Bezos, ait proposé de prendre en charge la numérisation des archives, mais que le gouvernement belge, par l'intermédiaire de son Musée de l'Afrique, s'y soit opposé. La position belge était, et demeure, qu'il était impossible d'accorder à une entreprise privée étrangère l'accès exclusif à des millions de documents relatifs à la géologie de la RDC.

AfricaMuseum espère obtenir un financement de l'Union européenne (UE) pour désigner un prestataire pour le projet de numérisation. La RDC fait également pression pour que les archives soient transférées à Kinshasa. KoBold Metals a promis à Kinshasa son aide pour la numérisation des archives.

Les acteurs

Musée africain... un musée belge

L'AfricaMuseum de Tervuren (aux portes de Bruxelles), anciennement Musée royal de l'Afrique centrale, abrite des archives précieuses, regorgeant de documents retraçant la richesse du sous-sol de la RDC. Des millions de documents manuscrits, fragiles et dont l'inventaire n'est pas encore complet, sont conservés sur quelque 500 mètres d'étagères à l'AfricaMuseum. Ces documents témoignent des richesses minières de la RDC, de leur cartographie et de leur exploitation durant la période coloniale.

Gouvernement belge

La Belgique et l'AfricaMuseum détiennent physiquement des archives géologiques datant de l'époque coloniale et conservent leur souveraineté sur ces archives, dont la valeur est estimée à 24 000 milliards de dollars américains. Grâce à un financement de l'Union européenne (UE), l'AfricaMuseum met en œuvre un plan de numérisation publique qui devrait s'étaler sur cinq ans, prévoyant la remise progressive de copies numériques directement aux autorités congolaises.

Gouvernement de la RDC

La RDC, par l'intermédiaire de son ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, cherche à récupérer les archives afin d'affirmer sa "souveraineté sur les ressources". La RDC souhaite identifier des gisements inexploités de minéraux critiques et éventuellement les utiliser comme moyen de pression dans sa politique étrangère face aux puissances étrangères.

Kobold Metals - Société privée américaine

La société minière américaine KoBold Metals, soutenue par des milliardaires américains de la tech comme Bill Gates et Jeff Bezos, a conclu un accord avec Kinshasa pour numériser ces archives minières. L'accès exclusif aux archives physiques lui a été refusé par l'AfricaMuseum de Belgique, qui a invoqué le principe selon lequel les collections scientifiques publiques ne peuvent être déléguées à une seule entité privée.

Gouvernement de la RDC et KoBold Metals

Le 17 juillet 2025, les autorités de la RDC et KoBold Metals ont signé un accord visant à numériser les archives et à les rendre accessibles gratuitement via le Service géologique national de la RDC. KoBold, société soutenue par des milliardaires américains, souhaite utiliser ces données pour cartographier les gisements de lithium, de cobalt, de cuivre, etc.

En 2025, dans un contexte de renforcement de l'alliance stratégique entre Washington et l'administration de Kinshasa, KoBold Metals a reçu l'autorisation de prospecter du lithium et d'autres minéraux en RDC. Fait intéressant, KoBold Metals a conclu des accords avec Kinshasa concernant la numérisation des données minières, y compris les archives conservées en Belgique.

Il semblerait que le ministre des Mines de la RDC, Louis Watum Kabamba, ait exprimé le souhait d'accélérer le transfert des données belges vers Kinshasa. Cependant, certains l'accusent de "brader" le potentiel minier de la RDC aux États-Unis, une allégation qu'il réfute catégoriquement.

Arrière-plan

"À partir des années 1960 et par la suite, des entreprises privées belges ont fait faillite, ont cessé leurs activités au Congo et ont déposé leurs archives ici", a déclaré le directeur du musée, Bart Ouvry.

François Kervyn, le géologue du musée qui dirige le projet, a déclaré à propos de ces archives : "Le contenu des documents est absolument incroyable", décrivant des décennies de travail de terrain menées dans des régions de la RDC en grande partie inexplorées.

Selon Ourvry, l'autorité de la RDC n'a pas d'autorité directe sur les archives.

"Ce sont des archives belges. Elles traitent du Congo, mais aussi d'autres pays comme le Rwanda, le Burundi, des pays voisins où des entreprises belges sont actives depuis longtemps".

En ajoutant cela, "Il n'appartient donc ni au gouvernement congolais ni à une entreprise privée de décider du sort de ces archives. Bien entendu, nous reconnaissons qu'il est important, d'un point de vue moral et politique, de partager ces archives avec le gouvernement congolais... Mais nous devons le faire nous-mêmes".

En outre, "Ces technologies sont importantes d'un point de vue scientifique, mais aussi économique. C'est pourquoi, depuis quelque temps, elles suscitent un vif intérêt, non seulement auprès des scientifiques, mais aussi du secteur privé".

Contexte : La course mondiale aux métaux verts critiques

Pour les autorités de Kinshasa, ces données historiques sur l'exploitation minière sont cruciales pour l'identification de nouveaux gisements, ce qui peut à son tour attirer les investissements, car la concurrence et la course aux métaux rares critiques s'intensifient en raison de l'augmentation de la demande en matières premières utilisées dans les armes, les téléphones portables et les voitures électriques.

La course à la numérisation des archives s'est transformée en une lutte géopolitique et économique acharnée pour l'accès aux informations cruciales sur les minéraux à l'ère des énergies vertes. Si le musée gère la majeure partie des documents, la RDC s'est également associée à US KoBold Metals, une entreprise soutenue par des milliardaires américains, afin de numériser directement les archives locales existantes en RDC.

La question de la souveraineté des ressources et du contrôle des données relatives à ses ressources

Au milieu de toute cette agitation, une question se pose : à qui appartiennent les droits sur ces archives ? Au gouvernement belge ? À la société américaine privée KoBold Metals, qui peut en acquérir les droits ? Ou au gouvernement de la RDC ? Qui possède et devrait posséder des droits sur ces archives ?

Ces cartes ont été réalisées à partir de terre congolaise, par des Congolais, durant la colonisation. Pourtant, elles se trouvent en Belgique, et non en Afrique, sous contrôle belge et non africain. C'est la Belgique qui a commis le vol initial. Mais aujourd'hui, elle souhaite contrôler le rythme et les conditions de leur restitution.

Un cas où les anciennes puissances coloniales dictent le rythme et la durée de la liberté africaine. La loi belge de 2022 exclut même les archives de la restitution. Simple négligence ou stratégie ? L'histoire penche pour la seconde option : la stratégie. Ainsi, les ressources matérielles sont laissées sur place, et désormais, les données les concernant sont également soustraites à l'Afrique.

L'Afrique doit obtenir immédiatement le contrôle total. Un calendrier fixé à 2031 sert les intérêts belgo-européens, et non le développement actuel de la RDC. KoBold Metals convoite les archives pour des raisons de ressources minérales critiques, d'intelligence artificielle, de fabrication de batteries et de transition énergétique. Il ne s'agit pas de souveraineté sur les ressources. Ce ne sont pas seulement les minéraux présents dans le sol qu'ils veulent.

Ils veulent des données, des informations sur l'emplacement de ces métaux critiques, avant les Congolais (Africains) propriétaires de ces ressources.

L'accord de KoBold avec la RDC semble prometteur, notamment grâce à un accès public gratuit. Cependant, les critiques s'interrogent : qui en profite en premier ? KoBold Metals, la société étrangère, et non le Congo. Au début du règne colonial impérial du roi Léopold II, des atrocités ont été perpétrées au Congo sous couvert de civilisation, soi-disant pour le bien du pays.

Aujourd'hui, d'un côté, la Belgique et l'AfricaMuseum refusent de publier les archives pour des "contraintes éthiques et juridiques", une décision qui semble louable pour le Congo, mais est-ce vraiment le cas ? De l'autre côté, KoBold Metals évoque un accès public gratuit, ce qui paraît positif, mais même la mission civilisatrice du roi Léopold II au Congo, bien que séduisante, n'a jamais oublié les horreurs de son règne impérial brutal.

L'Afrique devrait exiger le rapatriement immédiat des copies numériques. La RDC possède tout sur le Congo. Elle devrait éviter de signer des accords d'exclusivité avec des entreprises étrangères comme KoBold Metals. KoBold Metals ne devrait pas bénéficier d'un monopole, pas plus que la Belgique.

Les archives doivent être accessibles au public en priorité à tous les chercheurs africains, aux universités et aux entreprises de la RDC. L'Afrique devrait utiliser ces données pour atteindre les objectifs d'industrialisation définis dans l'Agenda 2063. Il ne faut pas exporter les données africaines, mais plutôt les utiliser pour développer l'expertise géologique africaine (en RDC), les procédés de transformation locaux et une industrie à valeur ajoutée.

Conclusion

Cinq cents mètres de cartes géologiques de l'époque coloniale, des notes de terrain et des rapports de compagnies minières belges au Congo sont conservés à l'AfricaMuseum de Tervuren, en Belgique. Ces archives coloniales devraient faire partie intégrante de la restitution, et non en être exclues. La restitution par la Belgique n'est pas un "cadeau" de Bruxelles.

Il s'agit de restituer un savoir volé. Le financement de la numérisation par l'UE ne doit pas signifier un contrôle de l'UE. La RDC ne devrait pas accorder de droits miniers exclusifs à des entreprises privées. La question n'est pas "KoBold Metals contre la Belgique".

La question est de savoir si la RDC maîtrise sa mémoire géologique, ou si ce sont encore les anciens colonisateurs et les nouvelles superpuissances qui en décident ?

source :  The Pan Afrikanist via  China Beyond the Wall

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