• Qu'on se rassure, il n'est pas question de tenter de vous expliquer ce qui est pour l'instant totalement inexplicable, même, - et surtout, surtout, - par les experts. • Nous procédons selon une méthode qui nous est coutumière, proche de l'inconnaissance, cette vieille connaissance. • Nous usons des observations de nos amis C&M, vous savez, Christoforou-Mercouris. • Nous ramassons quelques morceaux épars d'absence de sens et proclamons triomphalement : là est le sens des choses !
Le dialogue de nos deux amis C&M assorti de questions d'auditeurs et de spectateurs du 19 juillet (un par semaine selon cette formule) est intéressant à bien des égards inexplicables. Pleins de courage, on s'y arrête, d'autant qu'au travers ces questions on touche à l'un ou l'autre sujet brûlant pour notre façon de suivre le sentier fou conduisant à des sommets abyssaux où se retrouvent les hordes barbares.
Pour un départ, juste un dialogue entre les deux pour saluer deux folles journées (ne serait-il pas plus aisé d'identifier un jour, par hasard, par inadvertance, une journée qui ne le soit pas, folle ? On ferait une célébration...) :
Christoforou : "Alors le micro d'Alexander, ça donne quoi ? Et mon micro, je regarde juste les niveaux. Alexander, qu'est-ce qui se passe dans l'actualité ? Pendant que je vérifie, j'ai intitulé votre intervention. Élection en Chine. Attaque de pont et vitres pare-balle. Les vitres pare-balles, c'est bien sûr Zelenski."Je dois maintenant prononcer des discours derrière des vitres pare-balles". Alexander..."Mercouris : "Absolument. Zelenski prononce désormais ses discours derrière des vitres pare-balles. Et ensuite, il y a le discours de Donald Trump hier et l'idée de frapper des ponts fait référence à l'Iran et aux États-Unis. Et souvenez-vous que Zelenski il y a quelques jours, environ une semaine, disait qu'il allait lancer une campagne de 40 jours pour secouer le Kremlin et y créer une crise. Eh bien, nous avons une crise mais elle n'est pas à Moscou. Elle est à Kiev. Et comme vous le dites à juste titre, il prononce ses discours derrière des vitres pare-balles. Je dois dire qu'il est parfois difficile de rester optimiste, mais ces deux derniers jours ont été absolument fous et extraordinaires."
La situation générale ?
C'est un peu comme le monsieur de Raymond Devos qui tourne, en voiture, autour d'un rond-point. Il y a plusieurs rues d'accès et donc de sortie. Il veut en prendre une, puis une autre, puis une autre, histoire, euh, de sortir de ce tournis perpétuel. Pas de chance, mon gaillard. Elles sont toutes en sens interdit. La loi, c'est la loi, les panneaux commandent tout. Donc, on continue à tourner.
Les deux en questions-sans-réponses : "Que se passe-t-il exactement ? Pourquoi ces décisions d'escalade au moment précis où les pénuries de terre rares s'accentuent Pourquoi parle-t-on de sanctions écrasantes contre les Russes et de bloquer les importations d'énergie russes dans l'Union européenne alors que nous faisons face à une pénurie énergétique mondiale ? Pourquoi l'Union européenne parle-t-elle de plafond de prix à 44 dollars sur le pétrole russe ?Pourquoi restons-nous passifs et laissons-nous l'Ukraine attaquer des cargos céréaliers et détruire tout le système d'exportation de céréales depuis la mer noire tant de l'Ukraine que de la Russie, ce qui fait déjà grimper les prix alimentaires ?"
Christoforou : "Il y a tellement de choses ici qui n'ont tout simplement pas de sens."
La situation ukrainienne
Un coup d'œil sur la situation ukrainienne donne une singulière impression de confusion, bien symbolisée par cette habitude nouvelle du populaire président Zelenski parlant derrière une glace pare-balles, comme si l'on voulait qu'il se protégeât des méchantes intempéries actuelles. Il semble alors qu'il faille considérer, en plus des combats en cours, des affrontements au sein de la direction, notamment avec le redoutable Mykhailo Fedorov, ancien ministre de la défense d'un côté, l'armée de l'autre...
Mercouris : "Pourquoi l'Ukraine ne manque-t-elle pas d'homme et de pétrole ? Eh bien, je dirais que la crise politique actuelle en Ukraine porte surtout sur le fait que l'Ukraine manque d'homme. La raison de cette violente dispute entre l'État-major en uniforme et Fedorov, c'est que Fedorov misait tout sur les drones et l'État-major répondait"Attendez, ça ne fonctionne pas sur les lignes de front. Nous n'avons pas assez d'hommes pour tenir les positions". Et Alex et moi en avons parlé dans une émission et peu après, un éditorial du Financial Times, disait la même chose. Il qualifiait l'armée ukrainienne d'épuisée et de surmenée.Cet éditorial m'a vraiment beaucoup troublé car la façon dont il est rédigé montre que son auteur en sait beaucoup plus sur ce qui se passe réellement en Ukraine que ce que le Financial Times a rapporté ces dernières semaines. Tandis qu'ils affirmaient que l'Ukraine avait renversé la tendance et gagné la guerre, il savait manifestement que l'armée ukrainienne est comme ils le disent épuisée et surmenée."
La situation iranienne
En Iran, le conflit a repris avec une intensité redoublée sans qu'on puisse distinguer quel participant prend l'avantage sur l'autre. Les USA frappent surtout des infrastructures civiles tandis que l'Iran attaque méthodiquement sans montrer de signes d'affaiblissement les bases américanistes dans les différents pays du Golfe, - très durement ces dernières quarante-huit heures contre la Jordanie.
Alors, vers quelle issue ? Mercouris affirme avec force que l'on en viendra à des affrontements terrestres, donnant à la guerre un aspect plus conventionnel. Cela signifierait une conscription et un rappel de réservistes aux USA (comme en Allemagne, observe-t-il en développant cet aspect), avec des risques d'un nouveau genre puisqu'alors ce sont les populations civiles qui sont directement concernées par les combats.
Mercouris : "Envoyer des troupes au sol me semble être la seule réponse, mais je soupçonne que si on en arrive là, nous allons effectivement connaître une grande crise politique aux États-Unis. Je pense que les soldats, leurs familles et les personnes susceptibles d'être mobilisé, je pense que, grand nombre d'entre eux protesterait.La même chose soit-dite en passant vaut pour l'Allemagne et la Russie. On évoque maintenant la réintroduction de la conscription en Allemagne essentiellement pour combattre la Russie. Si vous voulez vraiment radicaliser les jeunes en Allemagne et créer un vrai mouvement pour la paix, c'est exactement ce qu'il faut faire. Vous les conscrivez, leur donnez un fusil et leur dites"Préparez-vous à combattre les Russes."Ils s'opposeront à cela avec véhémence. Je n'en doute pas un instant."
Considérations inactuelles mais très actuelles
Il faut noter que les C&M se montrent très critiques de la politique (ou non-politique) de communication des Russes, extrêmement lentes et souvent tout simplement inexistantes. Juste ou pas ? On peut en discuter, notamment si l'on accorde une grande importance à la pression populaire, par exemple en faveur de la guerre contre la Russie et l'Iran, ce qui est jusqu'ici un élément complètement secondaire.
La réponse des Russes, pour poursuivre sur leur cas, serait de laisser dire et de laisser les événements parler d'eux-mêmes. Ainsi apprend-on, par le biais de diverses remarques des deux commentateurs, l'affirmation de la puissance inouïe de l'attaque russe sur Kiev le 13 juillet, avec l'épisode, jusqu'ici laissé dans l'absence officielle de commentaire, de la visite de Lindsay Graham et du mystère entourant sa mort. Les C&M rapportent les rumeurs selon lesquelles une délégation officielle de l'UE se trouvait à Kiev, avec Ursula elle-même, et qu'on a dû lui faire bénéficier de l'abri d'un blockhaus souterrain durant cette rude journée. On espère qu'il y avait des fauteuils plus confortables que le vilain divan où Erdogan avait expédié La Hyène durant une visite officielle.
Le caractère très violent et à la fois insaisissable de ces conflits ne cesse de se confirmer. Pour nous, l'essentiel, dans tous ces commentaires et rumeurs, est la possibilité de l'entrée en jeu de soldats rappelés ou mobilisés pour l'occasion, surtout aux USA. On sait qu'il s'agit d'un point central : si ces guerres touchent d'une façon ou l'autre les populations civiles (aux USA donc, mais aussi en Europe), un nouveau facteur fondamental qui changera complètement la situation de ces conflits.
C'est alors qu'on pourra se compter et que ces événements cruels et sans aucun sens prendront leur véritable sens : n'en avoir aucun justement sinon celui de la destruction et des effets terribles qui en résulteront. C'est en mesurant les conséquences de l'absence de sens que l'on commencera à comprendre le sens de tout cela. Pas simple, n'est-ce pas ?
Mis en ligne le 20 juillet 2026 à 20H30