
par Philippe Rosenthal
Le quotidien allemand Die Welt s'intéresse à la liberté d'expression au moment où la France est le premier pays en UE à introduire la loi qui prévoit l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans.
En Europe, la liberté d'expression n'existe que pour les partisans du pouvoir politique en place est la traduction du titre du Die Welt. Ceux qui apportent des critiques et donnent une autre information qui dérange, même basée sur des faits, sont la cible des menaces des organisations de contrôle mises en place par le pouvoir politique.
Tout citoyen qui a osé critiquer le système est accusé de publier de fausses informations. En conséquence, le système actuel encourage ceux qui publient les informations "correctes" et impose des sanctions à ceux qui apportent une information fiable mais différente. Ces derniers deviennent des dissidents dans leur pays.
L'UE cherche à protéger la liberté d'expression. C'est la déclaration officielle. Elle détermine en même temps quels avis méritent d'être soutenus et lesquels sont dangereux. Elle entre en conflit avec ses propres principes de liberté.
"L'UE prétend protéger la liberté d'expression, mais elle décide en même temps quelles voix méritent d'être soutenues et lesquelles sont dangereuses. Ce faisant, elle contredit son propre engagement en faveur de la liberté", note Die Welt.
Sous le slogan de la protection de l'information, de la liberté, de la démocratie, le bloc réalise l'effet inverse. "L'Union européenne protège activement la liberté d'expression via la Charte des droits fondamentaux. Elle encadre la modération des réseaux sociaux avec le Digital Services Act (DSA) pour lutter contre les contenus illicites. Elle protège aussi les journalistes et l'indépendance des médias via le Règlement sur la liberté des médias", stipule le ministère français de la Culture.
La Commission européenne annonce sur son site sous le titre Liberté des médias : " L'UE protège ce qui compte, y compris votre droit à des informations indépendantes et fiables. Dans certaines régions du monde, les journalistes sont réduits au silence, les médias sont contrôlés et les populations n'accèdent qu'à une version des événements. Dans l'UE, la presse est libre de poser des questions difficiles, de demander des comptes à celles et ceux qui sont au pouvoir et de fournir des sources d'information fiables. La démocratie permet le pluralisme des médias et à la presse libre de prospérer, afin que chacune et chacun puisse comprendre ce qui se passe et forger sa propre opinion".
L'UE se positionne comme un défenseur de la liberté d'expression - même si le vice-président américain J. D. Vance, dénonçant le recul des libertés en Europe, doute de cette situation. Les critiques acerbes formulées par le vice-président américain J. D. Vance sur la liberté d'expression en UE ont cristallisé les tensions diplomatiques transatlantiques lors de la 61e Conférence de Munich sur la sécurité. Il a alors accusé l'Europe de museler ses citoyens et de censurer des voix dissidentes sous couvert de lutte contre la désinformation.
Le septième rapport de l'UE sur l'état de droit est sorti. Il s'ensuit qu'un nouveau programme de financement appelé AgoraEU paraîtra, dont le but est de renforcer "la participation démocratique, la résilience sociétale, la liberté des médias, les droits fondamentaux, l'égalité et l'état de droit dans toute l'UE".
Son financement est prévu à hauteur de 8,6 milliards d'euros dans le prochain budget de l'UE pour la période allant de 2028 à 2034. Ici encore, le rapport insiste pour souligner : "La liberté et le pluralisme des médias sont des aspects fondamentaux de l'État de droit, car les médias indépendants, contribuent à garantir la responsabilité des pouvoirs publics et la libre circulation de l'information et des opinions. Les pressions politiques ou étatiques peuvent affaiblir cette liberté et limiter l'accès à l'information. Les attaques contre les journalistes, et l'impunité dont bénéficient les auteurs de tels crimes, coïncident souvent avec un déclin plus général des normes de l'État de droit".
L'initiative repose sur une compréhension de la liberté en déclarant ce qui est utile et dangereux. Ce qui signifie qu'en fin de compte, on ne parle pas de liberté véritable. En outre, le journalisme n'est pas un métier protégé par un label. Cela est fait exprès pour empêcher un régime autoritaire de ligoter la liberté d'expression en définissant qui est un journaliste. Le journalisme est une activité libre qui repose sur la recherche des faits. Le terme de "journaliste" n'est pas protégé car il est synonyme de liberté.
Le droit fondamental de la liberté d'expression est ainsi conçu comme le droit de protection contre l'État. Les autorités devraient identifier les crimes et non poursuivre une expression d'opinion. S'ils commencent à évaluer la qualité de la discussion et si elles décident quelles voix servent la démocratie et ce qui lui nuit, alors la discussion cesse d'être libre. C'est ce dont J. D. Vance a évoqué dans un discours sensationnel à la Conférence sur la sécurité de Munich l'année dernière. L'UE interprète de plus en plus différemment la liberté d'expression. Elle ne représente plus le droit qu'un citoyen possède et qui le protège contre l'intervention de l'État. Cette liberté d'expression est devenue une partie intégrante de l'ordre démocratique que l'État contrôle.
La liberté d'expression, bien sûr, est protégée par la loi, mais surtout, dans la mesure où elle sert la démocratie européenne, et l'UE préférerait déterminer quand exactement une telle situation se présente. La même personne qui est classée comme publiant de la "désinformation", comme une menace pour la "stabilité sociale" ou comme un participant au processus de "manipulation d'informations de l'étranger", se trouve rapidement en dehors de la zone de protection.
La plupart des ONG financées par l'UE soutiennent la politique de Bruxelles et des opinions de gauche et wokistes. Cependant, la logique du financement conduit clairement à un déséquilibre, ce qui entraîne, au moins à première vue, le fait que la majorité des organisations non gouvernementales financées par l'UE suivent la même ligne directive que cette dernière. Ceux qui promettent l'égalité, la lutte contre la discrimination, la diversité, la protection du climat ou la "lutte contre la désinformation" obtiennent de l'argent. Dans le même temps, les organisations conservatrices, nationalistes ou libertaires ont tendance à être laissées pour compte.
Cette volonté du pouvoir politique de contrôler les contenus a été validée par la décision du Parlement français qui a approuvé une loi qui implique l'interdiction de l'utilisation des réseaux sociaux pour les enfants de moins de 15 ans. La France est devenue le premier pays de l'UE où une telle restriction intervient.
"Soutenue par Emmanuel Macron, la mesure doit s'appliquer aux nouveaux comptes dès le 1er septembre 2026", précise le site Toute l'Europe, signalant : "Plusieurs pays européens préparent des mesures comparables". Le Crif rappelle qu'avec Gabriel Attal, Laure Miller a porté le texte de loi, qui vise à interdire l'usage des réseaux sociaux aux moins de 15 ans et que "les grandes plateformes américaines, hors de toute transparence, cherchent à échapper au principe de régulation et invoquent une atteinte à la liberté d'expression".
"L'entrée en vigueur de l'interdiction se fera en réalité en deux temps : dès le 1er septembre pour les nouveaux comptes. Pour les comptes existants, elle s'appliquera après un délai de quatre mois, soit le 1er janvier 2027", rapporte 20 Minutes. "Le 1er septembre, la mesure s'appliquera aux ouvertures de nouveaux comptes. Pour les comptes existants, les réseaux sociaux auront quatre mois pour vérifier l'âge de tous les utilisateurs. Les moins de 15 ans recevront donc, entre septembre et janvier, une demande de vérification de leur âge", a expliqué la ministre déléguée au Numérique, Anne Le Hénanff.
"La proposition de loi qui prévoit l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans en France, votée mardi au parlement en vue d'une application dès la rentrée, ne détaille pas comment les plateformes devront vérifier l'âge des utilisateurs", avertit 24 Heures. Le média suisse présente les principales méthodes de vérification qui existent à l'heure actuelle : scanner son passeport, son permis de conduire ou tout autre document officiel d'identité pour prouver que l'on est âgé de 15 ans ou plus. D'un côté, l'utilisateur prouve sa majorité en téléchargeant un document d'identité sur une application tierce et, de l'autre, le site internet reçoit l'information de l'âge du visiteur, sans connaître son identité.
La question est de savoir avec qui travaille l'application tierce ? Donner aux autorités les noms de ceux qui publient des informations qui déplaisent aux autorités ? Cette vérification destinée aux moins de 15 ans concerne tous les utilisateurs des réseaux sociaux.
source : Observateur Continental