24/07/2026 linvestigateurafricain.tg  4min #321158

 Macky Sall, le candidat africain qui veut réformer les Nations unies

Onu 2027 : Macky Sall défend une institution plus efficace et une nouvelle architecture financière mondiale

Komla YAWO

À une semaine du lancement officiel du processus de désignation du prochain Secrétaire général de l'ONU, les six candidats ont été auditionnés jeudi 23 juillet devant l'Assemblée générale à  New York. Réunis dans la salle symbolique de l'ONU et interrogés pendant 90 minutes sur des questions tirées au sort par des États membres, des fonctionnaires et la société civile, ils ont présenté leur vision d'une institution confrontée à de profondes crises. Seul représentant africain en lice, l'ancien président sénégalais Macky Sall a saisi l'occasion pour défendre un projet centré sur la réforme, l'efficacité et le rôle de médiateur de l'organisation.

Un projet en trois axes : efficacité, médiation et finances

Le cœur du plan d'action défendu par Macky Sall repose sur une ONU profondément réformée. Il a dénoncé une institution alourdie par 40 000 mandats actifs et plus de 27 000 réunions annuelles, et plaidé pour une remise à plat des méthodes de travail. Pour lui, l'urgence est aussi numérique; l'ONU doit accélérer sa transition face aux défis de l'intelligence artificielle afin de rester pertinente. Sur le volet budgétaire, il promet de répondre à la crise de liquidité qui traverse l'organisation en instaurant une transparence totale. " J'ouvrirai"open book" les comptes de l'organisation", a-t-il affirmé, en s'engageant à mettre à disposition de tous les États membres ses propositions de réformes budgétaires et de ressources humaines. Selon lui, cette crise financière "met en sourdine une crise de confiance" qu'il faudra traiter en priorité.

Macky Sall met également en avant une conception très active du rôle de Secrétaire général. Il doit être, selon lui, à la fois "facilitateur" et "lanceur d'alerte", capable de dialoguer avec toutes les parties, y compris les membres permanents du Conseil de sécurité. "Le secrétaire général doit pouvoir, avec toute l'autorité requise, parler aux principaux belligérants", a-t-il déclaré. Il s'appuie sur son expérience à la tête de l'Union africaine au début de la guerre en Ukraine, où il a dû maintenir le contact avec Moscou et Kiev malgré les tensions. "Le contact doit être en permanence établi, quelles que soient les tensions", a-t-il insisté, se présentant comme un "bâtisseur constant de ponts".

Le troisième pilier de sa candidature concerne le développement. Macky Sall estime que l'architecture financière internationale doit être repensée. Le seul financement public ne suffit plus, dit-il, et doit être complété par une mobilisation du secteur privé. Il a particulièrement dénoncé le coût de l'endettement pour les pays en développement, qui "s'endettent cinq fois, voire huit fois plus cher que les pays développés". Pour y remédier, il propose une grande concertation entre États, institutions financières internationales, agences de notation, secteur privé et société civile. C'est dans ce cadre qu'il résume son ambition en une ONU "réformée et plus efficace, capable de mieux prendre en charge ses missions principales : sont la paix et la sécurité, les droits de l'homme et le développement".

Une course ouverte face à cinq autres candidats

Ses principaux arguments tiennent à son parcours. Douze ans à la tête du Sénégal, un passage à la présidence de l'Union africaine et une connaissance fine des dynamiques africaines et internationales lui donnent, selon lui, la légitimité pour porter cette réforme. Il est aussi le seul candidat africain, ce qui lui confère un poids symbolique alors que le continent réclame une plus grande place dans la gouvernance mondiale. Reste une ombre au tableau; au Sénégal, ses successeurs l'accusent d'avoir dissimulé une dette de près de 7 milliards de dollars à la fin de son mandat, un argument que ses adversaires pourraient utiliser.

Face à lui, cinq autres candidats étaient auditionnés; la Chilienne Michelle Bachelet, l'Équatorienne Maria Fernanda Espinosa, l'Argentin Rafael Grossi, la Costaricaine Rebeca Grynspan et la Guyanienne Carolyn Rodrigues-Birkett. Aucun favori ne se dégage pour l'instant. La tradition de la rotation régionale pourrait même cette fois favoriser une candidature latino-américaine ou caribéenne.

Antonio Guterres quittera ses fonctions le 1ᵉʳ janvier 2027, au terme de deux mandats. La campagne pour sa succession est donc lancée, et Macky Sall entend bien y faire entendre la voix de l'Afrique.

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