25/07/2026 legrandsoir.info  5min #321210

 La Coupe du monde la plus raciste de l'histoire

Le football, reflet des luttes entre Occident et Sud global

Rosa LLORENS

Il y a quatre ans, la Coupe du Monde opposait déjà Mbappé et Messi ; mais la présence aujourd'hui de Lamine Yamal établit une configuration différente.
Il y a quatre ans, Mbappé, avec l'arrogance qu'on lui connaît maintenant si bien, déclarait, avant la finale France-Argentine, que le football européen serait toujours supérieur au football sud-américain (le football des indigènes). On avait alors envie de soutenir l'Argentine, qui représentait le Sud global, face au mépris de l'Occident.

Aujourd'hui, le visage de l'Argentine a bien changé, dirigée qu'elle est, depuis décembre 2023, par un clown psychopathe à rouflaquettes, dont le projet est de vendre son pays à Israel, par des accords commerciaux ou, plus concrètement, en lui vendant les terres de la Patagonie (c'est ainsi que l'Empire Ottoman avait commencé à vendre des terres palestiniennes à des organisations sionistes, bien avant la création d'Israel). L'Argentine est donc passée du Sud global à l'Occident ; dit comme ça, cela peut paraître curieux, mais la géographie est élastique : par exemple, la Pologne aujourd'hui n'est plus un pays de l'Est.

Messi, lui non plus, n'est plus l'enfant du Barça, grandi à la Masia, son centre d'entraînement, qui avait financé un traitement médical lui permettant de gagner quelques centimètres. C'est un homme d'affaires, qui, comme Milei, a conclu des accords avec des sociétés israéliennes dont il est l'"égérie", notamment avec une société de surveillance qui a joué son rôle dans le génocide de Gaza. C'est pourquoi, aujourd'hui, comme on peut le lire dans les réseaux sociaux, tout le monde le déteste.
Mais Messi n'est pas un cas isolé : il y a en Argentine toute une catégorie de gens, d'extrême-droite, pour le dire simplement, qui se vantent de ne pas être latino-américains, mais européens, des Blancs descendants d'Italiens, car ces nouveaux aryens ne se présentent pas comme des descendants d'Espagnols, mais bien d'Italiens, comme si l'ADN italien était moins "latino" que l'espagnol. Il s'agit bien sûr de se différencier des autres peuples sud-américains qui mettent en avant leurs composantes indiennes ou métisses, comme le Mexique. Selon eux, le type authentique de l'Argentin se caractérise par une peau claire et des cheveux blonds - type effectivement bien représenté à Buenos Aires.
Mais cette "blanchitude", également revendiquée au Chili, inquiète : on subodore là-dessous des faits sinistres. Et, en effet, jusqu'en 1847, les Blancs étaient très minoritaires, mais, à cette date, le gouvernement central envoya l'armée réaliser un nettoyage ethnique, un génocide, parmi les indigènes de Patagonie (la même chose s'est produite dans la Patagonie chilienne, comme l'illustre le film terrible et magnifique de Patricio Guzmán, Le bouton de nacre). En même temps, l'Argentine favorisa l'arrivée massive d'émigrants italiens pour coloniser les terres du Sud ainsi vidées de leur population, terres qui leur furent attribuées : on reconnaît le même processus qui a permis la création des Etats-Unis, et celle d'Israel. C'est donc de façon toute naturelle que le monstre à rouflaquettes s'est rapproché de l'agent orange de Washington et des criminels de Tel Aviv. En échange de quoi, cette Coupe du Monde a vu quantité de décisions arbitrales étonnantes, buts annulés, cartons jaunes oubliés, penalties refusés, toujours en faveur de l'Argentine ; et on a pu constater que le recours au VAR ne faisait qu'accroître l'arbitraire. Il se disait que les jeux étaient faits d'avance et que les deux compères, Trump et Infantino, avaient prévu de donner la Coupe à l'Argentine et de sacrer Messi meilleur joueur (comme en 2022 au Qatar).

Mais, en face de cette Argentine déchue, bradée, fascisée, se dressaient l'équipe espagnole et sa vedette, le jeune Espagnol maroco-équato-guinéen Lamine Yamal, élevé lui aussi, depuis ses six ans, à la Masia, mais qui apparaît plutôt comme l'héritier de Maradona que de Messi. Au milieu de la lâcheté, de l'indifférence ou de la criminelle complaisance de l'UE, l'Espagne a sauvé l'honneur en condamnant le génocide et en refusant l'utilisation des bases militaires états-uniennes en Espagne pour l'agression contre l'Iran. Quant à Lamine, on l'a vu courir dans un stade en arborant le drapeau palestinien - image qui a été reprise par un mural sur un mur en ruines de Gaza. Israel, habitué à donner des ordres à (presque) toute la planète, a exigé que les autorités espagnoles condamnent ce geste ; si le Barça n'a pas moufté, Pedro Sánchez s'est déclaré solidaire de Lamine Yamal.
L'Espagne s'est trouvée devenir ainsi le champion du Sud global, et a été soutenue par une large majorité du monde, en particulier en Amérique du Sud (à l'exception bien sûr de l'Argentine) : l'engagement politique, ou plutôt éthique, a compté davantage que la géographie.

Outre l'honneur, l'Espagne a aussi sauvé le football, peut-on lire sur divers sites, tellement l'équipe argentine en finale s'est montrée pitoyable, sans autre recours qu'un anti-jeu systématique, et un jeu brutal, autorisé par un arbitre complaisant, et qui s'est même poursuivi après le coup de sifflet final. Curieusement, un film de 2013, de l'Italo-sarde Paolo Zucca, L'arbitro, chef-d'œuvre à la fois de satire et de comique, préfigurait exactement ce type de situation. L'Espagne a aussi sauvé le football des griffes de Trump, qui a fait tout ce qu'il a pu pour rétrograder le football en soccer, en modifiant les règles du foot (c'est l'épisode Balogun, dont il a fait annuler le carton rouge), en introduisant des "pauses fraîcheur", en fait pauses pub, qui multiplient les mi-temps et hachent le jeu, en faisant de la finale un show de Super Bowl bis.

Les Etats-Unis ont clairement montré qu'ils étaient inaptes à organiser un grand événement sportif. Mais le problème n'était pas seulement technique, il était avant tout moral : ce Mundial de la honte aura été pire que les JO de Berlin en 1936, car à cette date, l'Allemagne nazie n'était pas encore en guerre. Trump, lui, venait de perpétrer, en complicité avec Israel, un génocide et lancé contre l'Iran une guerre d'agression criminelle : n'oublions pas les 165 fillettes de Minab et la petite-fille de 16 mois d'Ali Khamenei, dont le petit cercueil, lors des obsèques de l'Ayatollah, faisait venir les larmes aux yeux.

Le Mondial est terminé, mais le spectacle continue : après le spectacle sportif, le spectacle guerrier, agrémenté des menaces trumpiennes d'annihiler la civilisation perse : le culte de la mort est le vrai visage de l'entertainment états-unien.

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