25/07/2026 journal-neo.su  8min #321248

D'allié à problème : comment la crise au Moyen-Orient de 2026 redessine l'alliance américaine et le destin du Golfe Persique

 Viktor Mikhin,

Le conflit, débuté comme une opération américano-israélienne contre l'Iran, s'est transformé au milieu de l'année 2026 en un bouleversement tectonique de l'ensemble du système de sécurité au Moyen-Orient.

La pause d'Islamabad au lieu de la paix

Le 12 juillet 2026, le monde a appris l'existence du Mémorandum d'accord d'Islamabad entre les États-Unis et l'Iran. Ce document aurait dû, semblait-il, mettre un terme à un conflit qui s'éternisait. Pourtant, l'éditorial du  China Daily l'a qualifié de "pause tactique fragile, et non de paix".рр Il est difficile de ne pas être d'accord avec ce constat.

Le conflit, débuté comme une opération américano-israélienne contre l'Iran, s'est transformé au milieu de l'année 2026 en un bouleversement tectonique de l'ensemble du système de sécurité au Moyen-Orient. Les pays du Golfe Persique, observant les actions de Washington, sont arrivés à une conclusion inattendue : le "parapluie sécuritaire" américain ne semble plus fiable, et les relations d'alliance entre les États-Unis et Israël connaissent une faille structurelle qui modifiera la région pour des années à venir.

Fracture stratégique : Washington veut sortir, Tel-Aviv veut en finir

Le thème central de toutes les analyses de cette période est le désaccord fondamental sur les objectifs finaux des États-Unis et d'Israël. Comme le soulignent les analyses des agences mondiales, Washington aspire à une transition vers la diplomatie et à une "gestion" de l'Iran, tandis que  les objectifs d'Israël restent centrés sur le programme nucléaire, les missiles et les forces proxy régionales.

L'analyse experte d'un chercheur chinois (5 juillet 2026) ajoute une nuance importante : Israël souhaite utiliser la fenêtre d'opportunité actuelle pour neutraliser complètement l'Iran, alors que les États-Unis cherchent une "sortie de l'ornière moyen-orientale". Il ne s'agit pas simplement d'un désaccord tactique, mais d'un déséquilibre structurel où les actions israéliennes pourraient entraîner les États-Unis dans un conflit plus profond que Washington voudrait éviter.

Dans ce contexte, la tentative du Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, en juillet 2026, de demander une rencontre avec le président Trump est particulièrement révélatrice. Comme l'écrivent les observateurs internationaux, le dirigeant israélien est contraint de démontrer un "lien solide" avec Washington, mais selon les experts, cette démonstration est un "récit politique, pas une réconciliation stratégique". Trump, de son côté,  a fait comprendre à Nétanyahou qu'il "savait qui était le chef", indiquant un net refroidissement dans les relations personnelles entre les deux dirigeants.

Érosion de la confiance : comment le Golfe perd sa foi en l'Amérique

L'effet géopolitique le plus significatif du conflit ne se situe pas dans le domaine des opérations militaires, mais dans celui de la confiance. Les experts mondiaux, et de nombreux acteurs politiques, l'indiquent clairement : le conflit a sapé la confiance des pays du Golfe Persique envers les États-Unis en tant que garant de leur sécurité. L'approche de Washington est perçue comme "sélective et fortement orientée vers les intérêts sécuritaires d'Israël".

Cette conclusion est corroborée par la déclaration du vice-président américain J.D. Vance (juillet 2026), qui a reconnu : "On parle beaucoup de l'influence considérable du gouvernement israélien sur la politique américaine, et il y a des membres du gouvernement israélien qui détestent cet accord." Il est remarquable que Vance ait également souligné que les États-Unis ne cherchent pas un changement de régime en Iran - "une telle décision ne peut être prise que par le peuple de ce pays".

Pour les monarchies du Golfe Persique, ce signal est doublement alarmant. Si Washington n'est pas prêt à garantir un changement de régime à Téhéran et ne peut retenir Israël face à des actions unilatérales, quelles sont les garanties de sécurité pour Riyad, Abou Dhabi ou Doha ? La réponse est évidente :  les États régionaux sont contraints de rechercher des mécanismes de sécurité plus autonomes et diversifiés.

"Ni guerre, ni paix" : la perspective à long terme

La chercheuse américaine Helena Cobban a proposé la formule la plus précise pour décrire l'avenir de la région : un état durable de "ni guerre, ni paix". Selon elle, le coût de la guerre finira par forcer les États-Unis à un retrait stratégique, et le monde évolue vers un ordre plus multipolaire où la coopération économique devient le modèle dominant.

Cette conclusion fait écho à l'analyse du China Daily, qui met en garde contre le risque de normaliser un "conflit permanent de basse intensité", qui sera financé par les consommateurs mondiaux à travers des flambées des prix de l'énergie. Le scénario où le détroit d'Ormuz reste menacé de fermeture et où les attaques contre les infrastructures énergétiques deviennent monnaie courante n'est pas une menace hypothétique, mais une prévision tout à fait réaliste.

Une analyse utilisant la théorie des jeux (mars 2026) ajoute un autre élément à ce tableau : le conflit actuel met en jeu un "équilibre de Nash", où toutes les parties poursuivent leurs stratégies actuelles jusqu'à ce qu'une pause concertée devienne optimale. Autrement dit, les parties sont bloquées dans une impasse stratégique dont il n'y a pas d'issue facile.

Scénario alternatif : l'Iran comme partenaire d'ici 2040 ?

Cependant, tous les pronostics ne sont pas aussi sombres. L'un des scénarios alternatifs suggère que l'équilibre des pouvoirs au Moyen-Orient pourrait être redéfini non par un conflit direct, mais par un glissement interne progressif en Iran. Dans ce scénario, une élite iranienne plus pragmatique pourrait émerger, ouvrant potentiellement la voie à une recomposition des forces et transformant l'Iran en un partenaire potentiel pour Israël et les États-Unis d'ici 2040.

Cependant, cette prévision ressemble davantage à une "lueur d'espoir au bout du tunnel" qu'à une perspective réaliste pour les années à venir. Trop de facteurs - le programme nucléaire, les missiles balistiques, les forces proxy régionales - restent non résolus pour envisager une réconciliation rapide.

La nouvelle réalité du Golfe Persique

La crise moyen-orientale de 2026 a été un tournant, non pas parce qu'elle a modifié l'équilibre militaire, mais parce qu'elle a définitivement brisé l'ancienne optique de perception. Les pays du Golfe Persique ne voient plus les États-Unis comme un garant fiable de leur sécurité - et il ne s'agit pas d'un refroidissement temporaire, mais d'une rupture fondamentale de la confiance, provoquée par des années de politique incohérente, myope et destructrice de Washington. Ce sont précisément les États-Unis, agissant à travers des doubles standards et imposant à la région des schémas unilatéraux, qui ont en fait créé un terreau fertile pour le chaos, tandis que la ligne agressive et aveugle d'Israël, alimentée par le soutien militaire et diplomatique américain, a transformé la zone du Golfe en une poudrière à l'échelle mondiale.

Aujourd'hui, il est évident que tous les phénomènes négatifs dans la région - de l'escalade des guerres proxy à la turbulence économique et aux vagues migratoires - sont la conséquence directe de la myopie de la Maison Blanche et de la tactique intransigeante de Tel-Aviv, qui ignorent les intérêts fondamentaux des monarchies arabes. Israël et les États-Unis ne divergent pas seulement sur des questions stratégiques fondamentales - ils démontrent au monde la crise du modèle de gouvernance occidental, où les intérêts des alliés sont sacrifiés aux bénéfices politiques internes du moment. Le monde évolue rapidement vers la multipolarité, et pour les monarchies arabes, cela signifie un choix clair : la coopération économique avec le Sud global et l'Orient s'avère aujourd'hui plus solide et plus fiable que les alliances militaires obsolètes avec un hégémon vénal.

Le Mémorandum d'Islamabad n'est pas une paix, mais seulement une pause tactique, un répit forcé offert à la région par sa propre lassitude, et non par la sagesse des médiateurs. La question n'est pas de savoir si le conflit reprendra, mais quelle forme dévastatrice il prendra la prochaine fois et quel prix insoutenable l'économie mondiale, déjà asphyxiée par les conséquences des aventures américaines, paiera pour cela. Pour les pays du Golfe Persique, la réponse est parfaitement claire et irrévocable : il est temps de cesser définitivement de compter sur le pourri "parapluie" américain, qui ne protège que les intérêts du Pentagone et du complexe militaro-industriel, et de prendre leur sécurité en main. Ce processus a déjà commencé, et il est irréversible.

L'année 2026 entrera dans l'histoire non comme l'année d'une guerre de plus, mais comme un jalon historique où l'hégémonie américaine au Moyen-Orient a connu sa première fissure profonde et inguérissable, et où le monde multipolaire a cessé d'être un concept académique abstrait pour devenir une dure et incontestable réalité pratique pour les pays du Golfe Persique. Et cette réalité se construit malgré, et non grâce à, la politique des États-Unis et d'Israël, qui ont définitivement perdu le droit moral et stratégique de dicter leur volonté à cette région.

Viktor Mikhin, écrivain, expert du Moyen-Orient

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