
Par Qassam Muaddi
À la suite d'une attaque menée par des colons israéliens contre le village palestinien de Tell, au cours de laquelle deux Israéliens et quatre Palestiniens ont été tués, l'armée israélienne a approuvé des "plans offensifs" à grande échelle pour la Cisjordanie, alors que les colons lancent de nouvelles attaques.
Les Palestiniens de Cisjordanie se préparent à une escalade de la répression israélienne contre leurs communautés après que des colons israéliens armés ont tué quatre Palestiniens vendredi matin dans le village de Tell, au sud-ouest de Naplouse, dans le nord de la Cisjordanie.
Les quatre Palestiniens ont été massacrés dans les champs alors qu'ils défendaient leurs terres contre une attaque de colons, au cours de laquelle une altercation entre un colon et l'un des habitants du village a entraîné la mort du colon au milieu de l'assaut contre le village.
Vendredi matin, un groupe de colons israéliens armés avait pris d'assaut une parcelle de terre à Tell et s'était heurté à des villageois palestiniens, qui s'étaient précipités sur les lieux pour se défendre contre l'incursion des colons.
Une altercation directe s'en est suivie, au cours de laquelle un Palestinien s'est emparé du fusil d'un colon israélien et a tiré, selon des informations locales et des images vidéo, abattant un Israélien.
Les colons israéliens ont alors ouvert le feu sur la foule de Palestiniens, tuant quatre d'entre eux et en blessant au moins sept autres. Un deuxième Israélien a également été tué lors de l'incident, bien qu'il ne soit pas encore clair s'il a été tué par le Palestinien qui a tiré ou par un tir israélien.
Cet incident a déclenché une vague d'incitation à la violence, à laquelle se sont rapidement joints des responsables politiques israéliens appelant à une action militaire de grande envergure sur l'ensemble de la Cisjordanie. L'armée israélienne a par la suite annoncé qu'elle mènerait une opération de grande envergure pour arrêter les Palestiniens impliqués dans l'incident.
Les forces israéliennes d'occupation ont également bouclé la ville de Naplouse et son gouvernorat, fermant les routes environnantes, tandis que des groupes de colons se sont livrés à des exactions contre cinq localités palestiniennes du nord de la Cisjordanie, incendiant des biens et ouvrant le feu sur les habitants.
Dans le même temps, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a tenu une réunion extraordinaire avec le chef d'état-major de l'armée israélienne, Eyal Zamir, et le ministre de la Défense, Israel Katz, afin de définir les prochaines mesures à prendre.
Dans une déclaration commune publiée à l'issue de leur réunion, Netanyahu et Katz ont indiqué avoir ordonné à l'armée de démolir la maison du Palestinien qui a abattu le colon israélien à Tell, de confisquer toutes les armes dans les villages d'où proviennent les attaques contre les colons - sans préciser de quels villages il s'agissait - et de révoquer les permis de travail de tous les Palestiniens qui y résident.
Katz et Netanyahu ont également déclaré que le gouvernement israélien allait prendre des mesures pour légaliser encore davantage d'avant-postes de colons à travers la Cisjordanie.
À la suite de cette déclaration, l'armée israélienne a annoncé l'annulation des permissions de fin de semaine pour les soldats israéliens en Cisjordanie et a indiqué avoir approuvé des "plans offensifs" sur l'ensemble du territoire.
L'incident a été présenté par les médias israéliens, puis par les grands médias occidentaux, comme une attaque palestinienne meurtrière contre des randonneurs israéliens, ce qui a déclenché un vaste élan d'appels à ldes "représailles". Le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, a déclaré que "les villes et villages des meurtriers [palestiniens] de Cisjordanie doivent être traités comme Beit Hanoun", faisant référence à la ville du nord de Gaza que l'armée israélienne a complètement rasée lors de l'offensive génocidaire contre la bande de Gaza.
Ben-Gvir a également déclaré que "pour chaque juif tué, l'ennemi doit perdre des maisons et des terres".
Le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, partisan de la ligne ultra, qui détient de vastes pouvoirs sur la Cisjordanie en tant que chef de l'Administration civile, a déclaré que "les villages de Tell, Beit Furik et Irak Burin doivent devenir comme les camps de réfugiés de Jénine et Tulkarem", que l'armée israélienne a entièrement vidés de leurs habitants en février de l'année dernière, expulsant au moins 40 000 Palestiniens de leurs foyers.
Que s'est-il passé à Tell ?Selon Munther Shtayeh, adjoint au maire de Tell, "il n'y a pas eu d'attaque planifiée contre des colons israéliens. Ce sont au contraire les colons qui attaquaient les villageois lorsque l'incident s'est produit". M. Shtayeh a souligné que le village avait été attaqué ces derniers jours, notamment lors d'une tentative par des colons israéliens d'incendier une maison dans laquelle se trouvait une famille.
"Les villageois étaient en état d'alerte face à toute nouvelle attaque, et c'est pourquoi de nombreux jeunes hommes se trouvaient à la lisière du village vendredi matin", a déclaré l'adjoint au maire à Mondoweiss. "C'est à ce moment-là que les colons armés sont arrivés, et après un affrontement, la situation s'est envenimée, ce qui a entraîné la mort d'un colon ; les colons ont alors ouvert le feu sans discernement, tuant quatre hommes du village."
M. Shtayeh a souligné que "la plus jeune des victimes avait près de trente ans, et la plus âgée un peu plus de quarante ans". Tous avaient une famille et des enfants, a ajouté l'adjoint au maire.
Selon le ministère palestinien de la Santé, les quatre victimes appartenaient à la même famille : Imran Ramadan, 37 ans, Jawad Ramadan, 27 ans, Ibrahim Ramadan, 32 ans, et Farouq Ramadan, 41 ans.
Peu après les faits, une vidéo a circulé sur les réseaux sociaux, montrant un groupe de Palestiniens et un groupe de colons israéliens dans une impasse, en présence de plusieurs soldats israéliens. Sur ces images, on voit un Israélien pointer son fusil vers un Palestinien, qui le lui arrache des mains. On entend alors des coups de feu, suivis d'échanges de tirs plus intenses.
Les médias israéliens ont par la suite rapporté que deux Israéliens avaient été tués, dont un soldat de l'armée, et ont indiqué que, lors de l'incident, un Palestinien avait arraché un fusil à un colon armé, confirmant ainsi qu'il ne s'agissait pas d'une attaque préméditée.
La radio de l'armée israélienne a ensuite déclaré qu'une enquête interne de l'armée avait confirmé que l'incident de Tell n'était pas une attaque préméditée.
Les suitesDans les heures qui ont suivi l'attaque, des groupes de colons israéliens se sont livrés à des actes de violence dans les villages de Faraata et de Jeet, tous deux situés à l'ouest de Naplouse mais relevant du gouvernorat de Qalqiliyah.
Plusieurs vidéos tournées par des habitants de Faraata montraient des colons incendiant des maisons dans le village, des Palestiniens fuyant au milieu des coups de feu tandis que l'un d'entre eux s'effondrait au sol, et des colons parcourant les rues et incendiant des voitures.
Akef Jumaa, coordinateur des comités populaires du gouvernorat de Qalqiliyah, qui coordonnent les efforts de défense locale contre les attaques des colons, a déclaré à une station de radio locale que des colons israéliens avaient attaqué le village de Jeet, où ils avaient été confrontés par des habitants.
Les colons ont ensuite poursuivi leur route vers Faraata, où ils ont attaqué des maisons et incendié des terres agricoles, blessant plusieurs habitants. Jumaa a décrit Faraata comme "un petit village vallonné ne comptant pas plus de 1200 habitants".
Les médias palestiniens ont également rapporté que des groupes de colons avaient attaqué le village de Sarrah, près de Tell, au sud-ouest de Naplouse, où une famille palestinienne aurait été contrainte d'évacuer son domicile. Le maire de Sarrah a déclaré à la chaîne de télévision arabophone Alaraby TV, lors d'une émission en direct, qu'au moins 150 colons israéliens attaquaient le village depuis son entrée ouest, ajoutant que les attaques de colons "se produisaient ces derniers temps presque quotidiennement", mais qu'aujourd'hui, il s'agissait de "l'attaque la plus importante et la plus violente".
Par ailleurs, les forces israéliennes ont mené une descente à l'hôpital spécialisé de Naplouse, dans la ville de Naplouse, et ont kidnappé deux Palestiniens originaires de Tell. Le porte-parole de l'hôpital, Wael Kharouf, a déclaré à Mondoweiss que les forces israéliennes avaient également kidnappé deux Palestiniens à l'hôpital et confisqué les enregistrements des caméras de vidéosurveillance.
"Les deux hommes enlevés sont des frères originaires de Tell", a précisé M. Kharouf. "L'un d'eux était arrivé dans la matinée, blessé à la main par des tirs à balles réelles, et l'autre, son frère, l'avait accompagné."
M. Kharouf a ajouté que l'armée israélienne n'avait montré "aucun respect pour la nature médicale de l'établissement, les soldats ayant menotté certains membres du personnel pendant le raid et les ayant forcés à s'allonger par terre".
Une escalade prévisibleEn décembre dernier, Netanyahu a minimisé la violence des groupes de colons lors d'une interview accordée à Fox News, affirmant qu'elle était "largement exagérée" et décrivant ces groupes comme "une poignée d'enfants... environ 70 enfants" issus de "familles brisées".
Pourtant, les affirmations de Netanyahu sont contredites par les chiffres fournis par les propres services de sécurité israéliens. En avril 2026, l'ancien chef du Mossad, Tamir Pardo, a déclaré à l'issue d'une visite sur le terrain en Cisjordanie que l'escalade de la violence des colons et l'absence de responsabilisation pourraient conduire à "une explosion plus large de la situation" dans ce territoire.
Moins d'une semaine plus tard, le chef du commandement central de l'armée israélienne, le général de division Avi Bluth, a mis en garde contre les conséquences de la violence des colons en Cisjordanie, qu'il a qualifiée de "terrorisme juif".
Bluth a admis que des "centaines" d'Israéliens étaient impliqués dans ces attaques, qui constituent un "danger pour la sécurité de l'État d'Israël". Ce responsable de l'armée israélienne a ajouté qu'il tenait "presque du miracle" que les Palestiniens n'aient pas lancé une nouvelle Intifada à la suite des attaques des colons, mais qu'ils "ne resteraient pas indifférents indéfiniment".
Ces derniers mois, les attaques menées par des groupes de colons contre des Palestiniens se sont intensifiées, ces groupes s'employant à s'emparer de maisons palestiniennes dans des zones relevant de la juridiction de l'Autorité palestinienne.
Dimanche dernier, un groupe de colons a fait irruption dans la ville de Deir Jarir, à l'est de Ramallah, tuant deux Palestiniens âgés de 55 et 26 ans. Cette attaque faisait suite à un affrontement entre des Palestiniens et des colons qui tentaient de voler des moutons dans une ferme de la localité.
24 juillet 2026 - Mondoweiss - Traduction : Chronique de Palestine

* Qassam Muaddi est un journaliste palestinien basé à Ramallah. Il couvre l'actualité palestinienne : événements politiques, mouvements sociaux, questions culturelles... Il écrit pour les quotidiens libanais Assafir et Al Akhbar, les sites Middle East Eye, Mondoweiss et The New Arab, ainsi que pour les journaux électroniques palestiniens Metras et Quds News Network.Son compte twitter.