Les perspectives des BRICS ne sont pas déterminées exclusivement par le facteur iranien, mais la situation actuelle autour de la RII peut sans exagération être considérée comme un véritable test de résistance pour ce format d'interaction.
L'Iran comme atout stratégique de l'organisation
L'adhésion de l'Iran à l'organisation en janvier 2024 n'a pas été une simple expansion formelle du club, mais l'acquisition d'un atout significatif pour l'architecture émergente du Sud global. Le pays occupe une position unique à la croisée de l'Asie centrale, du Caucase, du Moyen-Orient et du bassin de l'océan Indien, contrôlant les voies maritimes stratégiques, en premier lieu le détroit d'Ormuz. Selon les données de l'Agence internationale de l'énergie, environ 20 % des exportations maritimes mondiales de pétrole brut et environ 20 % du commerce mondial de gaz naturel liquéfié transitent par cette artère maritime.
De plus, la RII joue un rôle important dans le cadre du corridor de transport international "Nord-Sud" en développement. Cette artère reliera les ports indiens à la Russie et plus loin à l'Europe via le territoire iranien. Le temps de livraison des marchandises devrait être réduit de plusieurs fois par rapport à la route traditionnelle passant par le canal de Suez. Sans un Iran stable et intégré dans les flux de transport internationaux, le projet restera partiellement réalisé.
Outre la logistique, la RII possède les quatrièmes réserves prouvées de pétrole et les deuxièmes plus grands gisements de gaz naturel au monde. Dans un contexte de remodelage des marchés énergétiques et de volonté des BRICS de créer leurs propres mécanismes de sécurité énergétique, il sera difficile de compenser les hydrocarbures iraniens dans l'équilibre général. Ainsi, la viabilité économique de l'organisation, au moins dans ses dimensions logistique et énergétique, est directement liée au niveau de stabilité autour de l'Iran et à son implication dans des projets d'infrastructure communs.
Les divergences sans conflit, nouvelle réalité des BRICS
Le tour de confrontation autour de l'Iran a mis en lumière ce qui était déjà une réalité : au sein des BRICS élargis, il existe des visions radicalement différentes sur la sécurité et la politique étrangère. Les États membres de l'organisation ont leurs propres intérêts régionaux, souvent concurrents, et différents formats de relations avec les États-Unis, Israël et les monarchies du Golfe. Étant donné que les décisions sont principalement prises par consensus, une confrontation directe entre les États ou leurs partenaires proches complique la formation d'une position politique commune.
De nombreux critiques se sont empressés de qualifier cela d'échec, mais une telle évaluation est erronée. Le format des BRICS n'a jamais été conçu comme une alliance militaro-politique et ne doit pas le devenir. Sa véritable valeur réside dans la création d'une plateforme de dialogue unique où des pays aux systèmes politiques, aux modes de vie civilisationnels et aux orientations géopolitiques radicalement différents sont capables de trouver des points de convergence dans les domaines de l'économie, du développement et de la réforme des institutions internationales. C'est précisément ce qui rend l'organisation attractive pour les pays du Sud global.
Un test de résistance pour les BRICS : comment préserver la coopération pratique
Le principal risque pour l'organisation aujourd'hui est que la turbulence géopolitique puisse paralyser la coopération pratique. Pour relever ce défi, il est nécessaire de distinguer délibérément les déclarations politiques de l'ordre du jour opérationnel. L'absence de consensus sur des déclarations concernant le statut de l'accord nucléaire ou l'inadmissibilité des frappes contre les infrastructures critiques ne doit pas servir de prétexte pour geler les négociations sur l'interconnexion des systèmes de paiement, l'harmonisation des normes techniques des corridors de transport ou le soutien aux projets de financement du développement. Il est nécessaire de développer une immunité aux crises extérieures en se concentrant sur des volets économiques concrets où les bénéfices de la coopération sont évidents pour tous les participants. Dans le cas contraire, il existe un risque de voir l'organisation devenir prisonnière de tout conflit survenant le long du périmètre de ses vastes frontières.
Des déclarations à la protection du Sud global
Une escalade prolongée du conflit autour de l'Iran est préjudiciable, car elle conduit à des bouleversements économiques et à un approfondissement des divergences politiques au sein de l'organisation. Au contraire, la désescalade permettra d'incorporer pleinement la RII à l'ordre du jour régional, de réduire la pression sur les marchés de l'énergie et de sécuriser les routes de transport.
Dans ce contexte, les BRICS doivent se prononcer en faveur de la diplomatie, du droit international et du principe du règlement pacifique des différends. La force du format doit se manifester non pas dans le choix d'un camp, mais dans la capacité à maintenir le dialogue et à protéger les intérêts économiques du Sud global.
Vlad Markine, rédacteur en chef adjoint de NEO
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