En réaction à ce tweet (ça s'appelle un tweet) :
Brainless Partisans 🏴☠️☢️☣️🪆 @BPartisans
🚁🔥Un scandale éclate en Espagne en raison de l'interdiction des hélicoptères de lutte contre les incendies provenant de Russie. En effet, les sanctions imposées par l'Union européenne ont bloqué l'utilisation des hélicoptères Ka-32. Il est impossible de commander des pièces:q]
Je me suis dis que :
L'argument pour expliquer aux canadairs russes que "non merci" est que "Il est impossible de commander des pièces détachées ou de faire venir des techniciens russes pour leur entretien".
Dans un livre j'expliquais ce principe obscur qui pourtant constitue un crime d'intelligence.
L'erreur ontologique c'est d'opposer - je le redis sans cesse jusqu'à ce que ça rentre parce que c'est pas facile et on le voit partout - une hypothèse à des faits. C'est la question du danger paralysant ; de la psychose ; de la peur qui est plus réelle que la réalité.
L'enfant qui a peur du noir a réellement peur ; la peur est une réalité, et ce réalisme se renforce au point d'empiéter sur l'observation de la réalité.
Là où le jugement écrase la réalité il y a la dictature.
On oppose un "peut-être", une probabilité, estimée à x%, à un fait qui est observable et prouvable "il n'y a pas de monstre si on allume la lumière, donc il n'y en n'a pas si on l'éteint".
Opposer une probabilité à un fait, c'est ce qui est fait quand on oppose un risque à une liberté. Quel est ce risque, et quel est le coût d'y obéir, et le coût de le surmonter ? Il est clair qu'en dictature, c'est un avantage de brimer le sens critique jusqu'à cela que cela devienne une habitude.
C'est toujours extrêmement satisfaisant pour le tortionnaire de passer pour celui qui protège les gens contre des éventualités improbables.
Il se sent responsable, ça lui donne l'air d'être sérieux, et en même temps ça a l'avantage de faire passer la "victime" pour un incapable.
Pourtant c'est très ancré dans la civilisation de la peur. Les gens vont dire "et si ceci, et si cela", le danger est partout, il faut sans cesse se méfier. Et la raison en est que le danger est partout parce que les gens sont flippés. La peur s'ancre dans la réalité.
Et probablement qu'ils ont raison. Mais à la fin ça devient absurde, et au départ, c'est justement le fait d'opposer des hypothèses à des réalités qui provoque ce phénomène.
À la fin on a l'impression que rien ne peut exister si on ne le désire pas expressément, et que rien ne peut nous arriver si on ne le contrôle pas strictement. C'est là qu'on parle de psychose.
La question retombe sur celle du rapport à la réalité, et finalement, j'ai l'impression, elle retombe sur celle de la confiance en la civilisation, en l'humain, et en la nature.
On se demande comment un arbre a le droit de pousser sans qu'on l'y autorise. "Parce que si jamais il pousse n'importe comment, il risque de tomber et de provoquer des dégâts". (déjà vu)
Les mecs sont complètement flippés, et ils justifient tout et n'importe quoi par une probabilité qui a un risque de 1% de se produire.
Et pendant ce temps il y a 99% de chances qu'ils se font du mal à eux-mêmes et qu'ils souffrent inutilement. Et qu'ils finissent par aimer ça.
C'est une erreur ontologique parce que les hypothèses ne peuvent être traités comme des faits, au même niveau et de façon concurrente. Il y a déjà fort à faire avec les faits eux-mêmes, qui sont la vraie réalité.
Les hypothèses, supputations, spéculations, craintes, appartiennent au champ probabiliste, et là on est dans le quantique, c'est à dire que ce dont il faut se méfier est qu'elles ne s'actualisent pas par mégarde, notamment en y prêtant trop attention.
La question de fond est celle de la confiance en soi et en sa capacité de réagir dans une situation nouvelle et imprévisible.
Tout peut arriver. C'est bien de le prévoir, mais c'est mieux d'avoir de bonnes raisons d'avoir confiance en soi, et en son propre jugement.
ah oui, et donc il y a le pendant négatif, ça aussi c'est important. La psychose de l'hypothèse supplante la capacité à envisager des cas de figures alternatifs. C'est amusant. Mais c'est logique.
Tant que les hypothèses prévalent sur les faits, ou leur font concurrence comme si elles étaient des faits, il *très compliqué* d'envisager d'autres cas de figure.
Et donc c'est là qu'on est embourbés, par exemple avec des textes de lois qui ont des failles béantes ou l'impossibilité d'envisager des alternatives à une situation anxiogène. C'est un piège de pensée.