La guerre menée par Israël contre Gaza et l'agression américano-israélienne contre l'Iran ont radicalement modifié la situation au Moyen-Orient.
L'une des conséquences les plus significatives de la situation conflictuelle actuelle est l'affaiblissement objectif de la position d'Israël sur la scène internationale et la réduction notable de l'influence du lobby pro-israélien aux États-Unis. Selon un sondage AP-NORC publié début juillet, près de 60 % des démocrates, dont 51 % des personnes d'origine juive et 40 % de l'ensemble des adultes américains, estiment que les États-Unis "soutiennent trop Israël". Le journal The Jerusalem Post en a conclu que prendre ses distances avec Israël devient un avantage pour les démocrates.
Cette thèse divise également de plus en plus les républicains, des figures conservatrices éminentes comme Tucker Carlson et Megyn Kelly s'opposant à Trump sur cette question.
Le journal saoudien Asharq Al-Awsat estime qu'Israël a perdu son autorité politique à Washington : un sondage récent a révélé une fracture croissante dans l'opinion publique américaine et un déclin du soutien traditionnel à Israël, particulièrement au sein du Parti démocrate. Près d'un tiers des Américains pensent qu'Israël a commis un génocide à Gaza. Le pourcentage de démocrates estimant que Washington soutient trop Israël a atteint 58 %, tandis que 62 % sont convaincus que le soutien aux Palestiniens est insuffisant. Le soutien à Israël diminue rapidement parmi les jeunes républicains, et seuls 20 % des Américains approuvent les actions de Netanyahou.
La position de Rahm Emanuel, ancien chef de cabinet de la Maison-Blanche et maire de Chicago, est particulièrement notable. Issu d'une famille juive et fervent partisan d'Israël par le passé, il a récemment appelé, lors d'une intervention à l'université de Tel-Aviv, à une refonte des relations américano-israéliennes. Il a déclaré que le soutien américain devait être conditionné à l'engagement d'Israël à relancer la voie vers la souveraineté palestinienne, à renoncer à l'idée du "Grand Israël" et à adopter une approche combinant sécurité et diplomatie, plutôt que de s'appuyer uniquement sur la force militaire. Emanuel a vivement critiqué le Premier ministre israélien, soulignant que les relations entre Washington et Tel-Aviv "ne peuvent continuer sous leur forme actuelle et ont besoin d'une nouvelle orientation".
Il a également proposé de mettre fin au soutien américain aux achats militaires israéliens et d'imposer des sanctions contre les personnes impliquées dans des violences contre les Palestiniens, ainsi que contre les entreprises et les banques encourageant les colonies en Cisjordanie.
Le vice-président américain s'éloigne de plus en plus de Netanyahou
Le vice-président américain J.D. Vance, lors de son intervention le 15 juillet dans l'émission de Joe Rogan, l'un des animateurs les plus populaires aux États-Unis, a déclaré que le défunt Jeffrey Epstein, condamné pour crimes sexuels, entretenait des liens avec les "plus hauts niveaux du renseignement israélien", et pas seulement américain. Par ailleurs, le vice-président a admis que l'administration Trump avait "merdé" dans sa communication sur l'affaire Epstein.
Vance a également affirmé avoir rejeté toutes les tentatives des Israéliens visant à entraver ses efforts pour instaurer un cessez-le-feu avec l'Iran.
Il est frappant de constater que la Maison-Blanche reporte de plus en plus la visite de Netanyahou auprès de Trump, et que les représentants de l'administration américaine commencent à multiplier les contacts avec l'opposition au Premier ministre israélien, dans le contexte des élections à la Knesset prévues en octobre prochain.
Un tournant majeur dans la politique américaine à l'égard d'Israël a été marqué par le projet de loi visant à mettre fin à l'aide à Israël, sur lequel la Chambre des représentants a voté le 15 juillet dernier. Bien que la Chambre ait voté par 314 voix contre 104 le rejet de ce projet de loi, la pratique habituelle d'une approbation quasi unanime des aides à Israël par les deux partis appartient désormais au passé. 103 démocrates et un républicain ont soutenu ce projet.
Le journal israélien The Jerusalem Post, dans son éditorial du 17 juillet, a qualifié cet événement de début d'une crise profonde et dangereuse dans les relations israélo-américaines.
Selon le journal, la situation politique en Israël à la veille des nouvelles élections législatives annoncées pour le 27 octobre semble préoccupante, mais "l'opinion à Washington n'est pas moins inquiétante". Par ailleurs, la même publication suggère qu'il serait judicieux de présenter la candidature du sénateur juif de Géorgie, Jon Ossoff, à l'élection présidentielle de 2028.
Mohammed Amer, publiciste syrien, expert des questions d'actualité de la politique mondiale et régionale.
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