29/07/2026 linvestigateurafricain.tg  4min #321679

Algérie : l'élection de Khalida Boufedeche à la tête du Parlement, un symbole fort dans un paysage politique dominé par les hommes

Komla YAWO

En Algérie, l'élection de Khalida Boufedeche à la présidence de  l'Assemblée populaire nationale (APN) marque une étape inédite dans l'histoire politique du pays. Pour la première fois depuis l'indépendance du pays en 1962, une femme accède au perchoir de la chambre basse du Parlement, devenant ainsi le quatrième personnage de l'État. Cette désignation, intervenue le 28 juillet 2026, dépasse la simple alternance institutionnelle. Elle constitue un signal fort dans un pays où les femmes demeurent largement absentes des plus hautes sphères du pouvoir.
Médecin allergologue, députée d' Alger et membre du comité central du Front de libération nationale (FLN), Khalida Boufedeche hérite d'une institution dominée par les partis proches du pouvoir. Son élection intervient toutefois dans un contexte paradoxal : jamais une femme n'avait dirigé le Parlement, alors même que la représentation féminine au sein de l'Assemblée n'a jamais été aussi faible depuis plusieurs années.

Algérie, une avancée historique qui contraste avec la réalité de la représentation féminine

Si l'arrivée de Khalida Boufedeche au sommet de l'Assemblée est saluée comme une avancée historique, les chiffres rappellent les limites de cette évolution. Sur les 407 députés élus lors des dernières législatives, seules 25 sont des femmes, soit à peine 6,14 % des sièges. Cette proportion est en net recul par rapport aux précédentes législatures. Elles étaient 38 en 2021 et surtout 118 en 2017, lorsque le système de quotas garantissait une présence féminine plus importante.
Cette diminution traduit une réalité persistante; malgré leur poids démographique, les Algériennes restent sous-représentées dans les institutions politiques. Les postes de décision demeurent majoritairement occupés par des hommes, une situation influencée par des facteurs politiques, sociaux et culturels. Les formations politiques accordent encore peu de place aux femmes dans les candidatures éligibles, tandis que les normes sociales continuent de freiner leur accès aux responsabilités publiques.
L'élection d'une femme à la tête du Parlement apparaît donc davantage comme une exception que comme le reflet d'une féminisation durable de la vie politique.

Un symbole dans un Maghreb où les femmes peinent à accéder aux sommets de l'État

Dans plusieurs pays du Maghreb, les femmes ont progressivement gagné en visibilité dans les domaines de l'administration, de la justice ou des affaires, mais leur présence aux plus hautes fonctions politiques reste limitée. Les postes stratégiques de décision continuent d'être largement occupés par des hommes, qu'il s'agisse des gouvernements, des partis politiques ou des institutions parlementaires.
Les traditions sociales, les équilibres politiques et, selon les contextes, certaines interprétations conservatrices de la religion contribuent encore à ralentir l'émergence d'un véritable leadership féminin. Les progrès observés ces dernières années demeurent souvent le résultat de décisions politiques ponctuelles plutôt que d'une transformation profonde des rapports entre les sexes dans la gouvernance.
Dans ce contexte régional, l'accession de Khalida Boufedeche au perchoir revêt une portée symbolique importante. Elle peut encourager une nouvelle génération de femmes à s'engager en politique, même si elle ne garantit pas, à elle seule, une amélioration durable de leur représentation au sein des institutions.

Le contraste avec certains pays africains, dont le Togo

L'évolution observée en Algérie contraste avec celle de plusieurs pays d'Afrique subsaharienne qui ont fait de la promotion du genre un axe de leurs politiques publiques. Au Togo, les autorités ont multiplié ces dernières années les initiatives destinées à renforcer la participation des femmes dans la vie politique, économique et administrative. La présence féminine au gouvernement, dans les institutions publiques ou encore dans les collectivités territoriales s'inscrit dans une stratégie affichée de promotion du leadership féminin.
D'autres pays africains, comme le Rwanda, la Namibie ou l'Afrique du Sud, ont également mis en place des mécanismes favorisant une représentation plus équilibrée des femmes dans les instances de décision, faisant du continent un espace où certaines expériences en matière de parité sont aujourd'hui plus avancées que dans plusieurs États d'Afrique du Nord.
Pour l'Algérie, l'élection de Khalida Boufedeche ouvre donc une nouvelle page. Toutefois, ce symbole ne prendra toute sa dimension que s'il s'accompagne d'une augmentation de la représentation féminine dans les assemblées élues, les partis politiques et les postes exécutifs. Car la véritable égalité ne se mesure pas seulement à l'accession d'une femme à une haute fonction, mais à la capacité des institutions à offrir durablement les mêmes opportunités aux femmes qu'aux hommes.

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