30/07/2026 journal-neo.su  7min #321754

L'avenir des relations entre les États-Unis et l'Iran : un nouvel équilibre dans une région stratégiquement vitale

 Viktor Mikhin,

Le Mémorandum d'accord signé en juin 2026 entre les États-Unis et l'Iran a marqué une étape importante, mettant fin au conflit militaire et ouvrant la voie à un règlement diplomatique. Ce document représente toutefois davantage une pause qu'une paix définitive.

Les relations ultérieures entre Washington, Téhéran et les États du Conseil de coopération des États arabes du Golfe (CCG) reposeront sur des principes nouveaux, plus complexes et plus pragmatiques, tandis que l'avenir du détroit d'Ormuz, ce nœud énergétique vital du monde, reste le principal point d'incertitude.

Principes des relations futures : de l'endiguement à un équilibre complexe

Les fondements de l'interaction future devraient reposer sur les principes que les experts mondiaux ont identifié comme clé de la stabilité au Moyen-Orient: la coexistence pacifique, le respect de la souveraineté nationale, la primauté du droit international et une approche globale du développement et de la sécurité. En pratique, cependant, la mise en œuvre de ces principes se heurte à de profondes contradictions.

 Pour les États-Unis, le mémorandum marque un abandon de la politique de pression maximale et d'"endiguement" menée depuis 1979. L'administration est contrainte de faire des concessions sans précédent : lever le blocus maritime et toutes les sanctions, renoncer à toute ingérence dans les affaires intérieures de l'Iran et même retirer ses troupes de "proximité" avec l'Iran. Ces mesures, dictées par des pressions internes - la lassitude des électeurs face aux conflits extérieurs et les risques économiques - sont davantage un compromis forcé qu'une révision stratégique de la politique étrangère.

Pour les États du Golfe, la situation s'est avérée paradoxale. D'un côté, ils ont publiquement soutenu le cessez-le-feu pour éviter de nouvelles pertes économiques liées à la guerre, estimées à des dizaines de milliards de dollars. De l'autre, ils se sont retrouvés face à un accord qui ne tient pas compte de leurs intérêts clés. Comme le souligne l'Institut international d'études stratégiques (IISS), le mémorandum répète les lacunes du JCPOA de 2015, en ignorant le programme de missiles iranien et son soutien aux forces proxy régionales, qui menacent directement la sécurité des pays du Golfe.

Ainsi, les relations futures se construiront sur trois principes fondamentaux pour les monarchies arabes :

  1. Une diplomatie forcée avec l'Iran : malgré la perte de confiance, l'engagement de Téhéran dans le dialogue reste incontournable en raison de sa proximité géographique et de son influence régionale.
  2. Un renforcement de la défense propre : l'expérience de la guerre a montré la vulnérabilité des infrastructures critiques, ce qui entraînera des investissements de plusieurs milliards de dollars dans la défense aérienne, la cybersécurité et le renseignement.
  3. Des relations "plus froides, plus dures et plus pragmatiques" avec les États-Unis : la confiance en Washington en tant que garant fiable de la sécurité est ébranlée. Cependant, l'alternative à la présence militaire américaine n'existe pas encore, c'est pourquoi les pays du Golfe chercheront une plus grande autonomie stratégique, tout en maintenant leur alliance. Comme l'a exprimé un expert, "la nouvelle norme sera des relations plus froides, plus dures et plus pragmatiques".

Le détroit d'Ormuz : un passage payant et une nouvelle réalité

Le sort du détroit d'Ormuz est l'axe central de l'ensemble de l'accord et la principale source de tensions. Le mémorandum crée en réalité un précédent qui pourrait modifier radicalement le statut de cette voie navigable internationale.

Selon le document, l'Iran s'engage à "déployer le maximum d'efforts" pour assurer le passage sûr des navires sans percevoir de péage pendant la période de 60 jours. Cependant, le point le plus controversé stipule qu'après ce délai, l'Iran travaillera avec Oman pour déterminer la "gestion future de la navigation dans le détroit d'Ormuz et les coûts associés". Les analystes et les représentants des pays du Golfe y voient une autorisation voilée pour Téhéran d'introduire un péage, ce qui légaliserait de fait son contrôle sur la voie navigable stratégique.  Le négociateur en chef iranien a déjà déclaré que le détroit "ne reviendra jamais à ses conditions d'avant-guerre".

Prévisions pour l'avenir : une paix fragile et un ordre multipolaire

La région entre sans aucun doute dans une phase de stabilité fragile et turbulente. Le scénario le plus probable pour l'évolution des événements comporte plusieurs aspects clés.

Premièrement, une "paix boiteuse" comme moindre mal. L'accord finalisé sera très probablement imparfait. Il pourrait offrir à l'Iran des avantages économiques significatifs et alléger le régime des sanctions, mais en échange, il n'offrira probablement pas de garanties solides d'abandon de l'arme nucléaire ni de limitation de son programme de missiles. Comme l'a noté Andreas Krieg du King's College de Londres, il s'agit de "créer un mécanisme qui rend l'escalade moins attrayante".

Deuxièmement, le rôle d'Israël en tant que facteur déstabilisateur. L'obstacle majeur à une paix durable reste Israël, qui n'est pas partie à l'accord. Les dirigeants israéliens, qui perçoivent l'Iran comme une menace existentielle, poursuivent leurs opérations militaires au Liban ou contre des cibles iraniennes, ce qui pourrait compromettre le fragile processus et entraîner à nouveau les États-Unis dans le conflit. Le Premier ministre Netanyahou, cherchant à être réélu, semble intéressé par la poursuite de la confrontation. Cela fait d'Israël la principale force susceptible de faire échouer le processus diplomatique.

Troisièmement, la transformation de la sécurité régionale. Les pays du Golfe seront contraints de s'adapter à une nouvelle réalité où ils doivent simultanément trouver un équilibre entre trois centres de pouvoir : Washington, Téhéran et leurs propres besoins défensifs accrus. Le rapprochement entre l'Arabie saoudite et l'Iran, qui a commencé avant la guerre, se poursuivra probablement car il sert les intérêts de la stabilité dans un contexte d'incertitude. Mais il ne s'agira pas d'une alliance de confiance, plutôt d'un modus vivendi pragmatique. Parallèlement, le rôle de la Turquie en tant qu'acteur régional capable de contrer l'hégémonie israélienne devrait se renforcer.

Enfin, une réorganisation stratégique. Pour les États-Unis, le retour à des institutions multilatérales, en particulier l'ONU, pour approuver l'accord final sera une mesure ironique mais nécessaire. C'est une reconnaissance du fait que Washington ne peut pas, à lui seul, assurer un ordre durable dans la région. Pour les pays du Golfe, la principale leçon sera de comprendre que la diplomatie sans capacité de dissuasion est vulnérable, et que la dissuasion sans diplomatie ne produit pas une paix durable. L'avenir de la région sera déterminé par la capacité de toutes les parties à maintenir cet équilibre complexe dans un contexte de multipolarité croissante et de menace constante d'une nouvelle escalade.

L'incident de violation de la trêve par les États-Unis rend ces prévisions encore plus sombres. Il montre clairement que même les accords signés ne garantissent pas la paix si l'une des parties est prête à recourir à la force à la première occasion. Cela sape la confiance dans tout futur accord et rend pratiquement impossible la réalisation d'une paix durable. De telles actions des États-Unis déstabilisent non seulement la région, mais confirment également les critiques qui les accusent de ne pas être en mesure de respecter leurs obligations internationales.

En conclusion, il convient de noter que la région entre dans une période de transition complexe. Le détroit d'Ormuz restera probablement une source de tension, et non un simple couloir commercial. Les relations entre les États-Unis et l'Iran se construiront sur une base de méfiance fragile et réciproque, où chaque camp tentera de maximiser ses gains. Pour les États du Golfe, cela signifie la nécessité de s'adapter à une nouvelle réalité moins protégée, en misant sur la résilience et une diplomatie à options multiples.

Victor Mikhine, écrivain, expert du Moyen-Orient

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