01/08/2026 reseauinternational.net  5min #321990

La puissance américaine en déclin : le point de basculement ?

par Jules Kaizen

Le 29 juillet 2026, au Parlement jordanien, un député prend la parole. La salle est pleine. Il demande le retrait des forces américaines du territoire jordanien. Des centaines de citoyens ont signé une lettre ouverte exigeant la même chose. Dans la rue, on hue les convois militaires. Ce n'est plus un allié qui se plaint. C'est un allié qui conteste.

La Jordanie. Un des partenaires les plus fidèles des États-Unis au Moyen-Orient. Si Amman vacille, c'est toute la structure des alliances américaines qui tremble.

Le Golfe cherche d'autres protecteurs

Le Koweït ne prend pas de risques. Le 26 juillet, il ratifie un accord de coopération de défense avec le Pakistan. Un pacte de sécurité qui diversifie ses protecteurs. Le message est limpide : les États-Unis ne suffisent plus.

Les frappes iraniennes ont touché le cœur énergétique du Golfe. Une frappe de drone Shahed-136 a visé une installation pétrolière au Koweït. À Bahreïn, les explosions ont retenti. Les bases américaines, censées protéger ces pays, sont devenues des cibles. Les alliés historiques cherchent des filets de sécurité ailleurs.

L'Arabie saoudite observe, hésitante. Elle n'a pas rompu avec Washington, mais elle n'a pas non plus fermé la porte à d'autres partenaires. Riyad sait que chaque Patriot tiré au-dessus du Golfe est un missile qui ne protège plus personne.

L'Irak, le champ de bataille qui divise

Le 29 juillet, des frappes américano-saoudiennes ont visé des milices iraniennes en Irak. Bagdad a immédiatement condamné. Le Parlement irakien a dénoncé une "violation flagrante de la souveraineté". La coalition contre l'Iran se fissure par le milieu.

L'Irak n'est pas un adversaire. C'est un allié qui se retourne, un champ de bataille qui divise le camp occidental. Les milices pro-iraniennes menacent de riposter. Les troupes américaines sur le sol irakien sont plus vulnérables que jamais.

L'effet boomerang économique

La guerre Iran-États-Unis ne ruine pas seulement Téhéran. Elle ruine les alliés de Washington.

L'Arabie saoudite voit son PIB se contracter de 4,8%. La plus forte contraction depuis la pandémie. Les exportations pétrolières sont paralysées par le blocus du détroit d'Ormuz et les frappes des Houthis.

En Allemagne, l'inflation atteint 2,8% en juillet, poussée par les prix de l'énergie. L'industrie chimique, l'automobile, la sidérurgie étouffent. Les sanctions contre la Russie et l'Iran se retournent contre l'Europe.

L'Ukraine, elle, regarde son aide militaire fondre. Les 400 millions de dollars promis par Washington sont gelés. Les obus, les missiles, l'attention - tout va au Moyen-Orient. Kiev est le dommage collatéral d'une guerre qui n'est pas la sienne.

L'armée épuisée

Les chiffres sont connus. Le CSIS les a publiés. Les États-Unis ont consommé près de 67% de leurs stocks de Patriot en moins de six mois. Les THAAD sont au plus bas. Les Tomahawks se raréfient. La production annuelle ne couvre pas les pertes.

Chaque nuit de frappe creuse un trou dans l'arsenal américain. La machine militaire la plus puissante du monde tourne à crédit. Elle ne manque pas de cibles. Elle manque de balles.

La Chine, le gagnant silencieux

Pendant que Washington s'épuise en frappes et en sanctions, Pékin consolide. Sans tirer un missile.

Le 15 juillet 2026, Pew Research publie une enquête menée dans 36 pays auprès de 42 151 adultes. Le constat est un séisme silencieux : pour la première fois, la Chine est perçue plus positivement que les États-Unis dans la plupart des pays sondés. En 2023, les États-Unis devançaient encore la Chine. En 2026, ils ne sont plus en tête que dans six pays.

Au Canada, l'opinion favorable envers la Chine est passée de 14% à 44% entre 2023 et 2026, tandis que celle envers les États-Unis chutait de 57% à 33%. Au Pakistan, 84% considèrent la Chine comme un partenaire fiable - contre 36% pour les États-Unis. En Afrique du Sud, 72% contre 46%. Et 75% des personnes interrogées dans 17 pays à revenu intermédiaire estiment que les États-Unis "interfèrent beaucoup ou passablement" dans les affaires des autres pays, contre 45% pour la Chine.

La Chine ne verrouille pas par des bases militaires. Elle verrouille par des contrats, des dettes, des infrastructures. Premier partenaire commercial de plus de 120 pays - deux fois plus que les États-Unis. La Belt and Road Initiative compte 150 pays signataires pour plus de 1000 milliards de dollars d'investissements cumulés. Des ports, des chemins de fer, des centrales électriques.

La crise du détroit d'Ormuz fait flamber le brut pour l'Europe, mais pas pour Pékin. La Chine est le principal acheteur de pétrole iranien et russe - avec des remises que les sanctions rendent encore plus avantageuses. Pendant que l'Europe paie le prix fort, la Chine sécurise son approvisionnement.

Et la montée en puissance militaire continue. Du 6 au 13 juillet 2026, en pleine crise au Moyen-Orient, les marines chinoise et russe mènent Joint Sea-2026 au large de Qingdao. Croiseur Varyag, destroyers Type 052D et Type 055. Deux sous-marins dans un même exercice - une première. Un signal discret adressé au Pacifique.

Le basculement

Le point de basculement n'est pas un événement unique. C'est une accumulation. La Jordanie qui conteste. Le Golfe qui diversifie. L'Irak qui condamne. Les stocks qui s'épuisent. L'inflation qui ronge les alliés. Les sondages qui basculent. Et la Chine qui consolide.

L'Iran n'a pas gagné la guerre. Mais il a démontré qu'une puissance moyenne pouvait tenir tête aux États-Unis. Ce précédent est plus dangereux pour Washington qu'une défaite militaire.

La question n'est plus de savoir si la puissance américaine décline. C'est de savoir à quel rythme - et qui consolide pendant ce temps.

source :  Geostrat Watch

 reseauinternational.net