03/08/2026 reseauinternational.net  4min #322151

Iran : Comment Téhéran prépare la guerre tout en négociant la paix

par Antoine Delatour

Sur la route d'Abadan, les chars T-72 de la 92e division blindée iranienne soulèvent la poussière du désert. Ils roulent vers la côte, vers le port pétrolier, vers le Chatt-el-Arab. Au même moment, à Mascate et Islamabad, les diplomates iraniens parlent de paix.

La balance est là, sous nos yeux. D'un plateau, la main armée. De l'autre, la main tendue. L'Iran les utilise ensemble. Ce n'est pas une contradiction. C'est une méthode.

La main armée

Les faits sont confirmés, les sources multiples.

Les chars T-72 de la 92e division blindée ont été déployés vers le sud-ouest, près d'Abadan et de la frontière irakienne. Abadan est un verrou stratégique : port pétrolier, raffinerie, accès au Chatt-el-Arab. Un débarquement amphibie américain viserait probablement cette zone. Les chars iraniens sont là pour l'interdire.

Les missiles balistiques ont été dispersés sur des sites mobiles. Les centres de commandement ont été évacués vers des bunkers souterrains. L'Iran anticipe des frappes sur ses sites fixes et rend la riposte plus difficile à neutraliser.

Les systèmes antiaériens sont en veille renforcée. Les S-300 russes et les Bavar-373 iraniens forment un bouclier autour de Téhéran et des sites sensibles. Le ciel iranien est sous surveillance.

La main tendue

À Mascate, à Doha, à Islamabad, les diplomates parlent. Abbas Araghchi, le ministre des Affaires étrangères, se veut rassurant : "L'accord n'a jamais été aussi proche". Baghaei, le porte-parole du ministère, est plus offensif : "Les États-Unis ont suspendu leurs attaques après avoir reconnu que l'Iran ne cèderait pas à la pression".

Les canaux sont actifs. Oman, le Qatar, le Pakistan discutent de la gestion future du détroit d'Ormuz. L'Iran veut un accord. Mais pas à n'importe quel prix.

Trois objectifs : la levée du blocus naval américain, condition sine qua non. Une reconnaissance de sa souveraineté sur Ormuz, avec Oman comme partenaire de gestion - ce qui exclut les Américains. Et une sortie de crise sans humiliation : la dilution de l'uranium enrichi sur son sol, pas sa destruction. Le régime ne peut pas se permettre de perdre la face.

Une doctrine, pas une improvisation

La double stratégie iranienne remonte à la révolution de 1979. Elle a été perfectionnée sous le général Soleimani : créer un rapport de force sur le terrain avant d'entrer dans la salle de négociation. Les milices en Irak, le Hezbollah au Liban, les Houthis au Yémen, le contrôle du détroit d'Ormuz - tout cela sert un objectif unique : rendre le coût de la guerre inacceptable pour l'adversaire.

Ce qu'on observe ces dernières 48 heures est une application classique de cette doctrine. Négocier d'une main, armer de l'autre. L'Iran ne bluffe pas. Il applique une stratégie rodée depuis quarante ans.

L'Iran peut-il tenir ? Il a des forces : profondeur stratégique, maîtrise du détroit, proxies régionaux, résilience économique malgré les sanctions. Il a des faiblesses : infériorité aérienne face aux F-22 et F-35 américains, vulnérabilité des infrastructures pétrolières, dépendance aux importations. Il peut infliger des dégâts considérables. Il ne peut pas gagner une guerre prolongée. Il le sait. C'est pourquoi la négociation est vitale.

Le risque de dérapage

Les deux armées sont en alerte maximale, face à face dans un espace étroit. Le détroit d'Ormuz est le point de friction principal. Les vedettes rapides de l'IRGC patrouillent en nombre. L'USS Gerald Ford, cent mille tonnes de puissance aéronavale, fait route vers la région.

Le risque d'incident est réel. Un accrochage naval dans le détroit. Une frappe houthie majeure contre un pétrolier ou un port saoudien. Un tir de drone non identifié contre une base américaine. Les forces américaines peuvent riposter en quelques heures. La marge d'erreur est quasi nulle.

En janvier 2020, après la mort de Soleimani, trois jours s'étaient écoulés avant les frappes iraniennes sur les bases américaines en Irak. Aujourd'hui, le contexte est plus volatil : les forces sont déjà en position, les missiles sont dispersés, les systèmes d'alerte sont activés. Le délai de réaction serait probablement plus court.

Imaginez ce soldat iranien dans son char T-72, quelque part sur la route d'Abadan. Il ne sait pas si demain il devra se battre ou rentrer chez lui.

Jusqu'à quel point peut-on armer une main sans que l'autre ne lâche ?

source :  Geostrat Watch

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