05/08/2026 reseauinternational.net  10min #322393

Le centre de gravité des futures relations étrangères de l'Iran

par Nournews

Dans son important article, le président Massoud Pezeshkian ne s'est pas contenté de décrire l'Accord d'Islamabad comme l'un des documents majeurs de la politique étrangère iranienne ; il l'a qualifié de "centre de gravité" des futures relations étrangères du pays. Les piliers de ce centre de gravité - le consensus national au sein de la population et des élites du pays, la dissuasion de défense, le dynamisme diplomatique, la sécurité régionale, la réciprocité des engagements et la contrainte exercée sur la partie adverse pour qu'elle respecte l'accord - sont destinés à former les composantes d'un cadre unique et intégré.

À l'un des tournants les plus sensibles et les plus décisifs de l'histoire de la politique étrangère de la République islamique d'Iran, et à un moment où le pays continue de faire face à des menaces sécuritaires et militaires existantes et potentielles sans précédent, le président Massoud Pezeshkian a publié un message qui pourrait bien être considéré comme la déclaration stratégique la plus importante de son administration depuis l'Accord d'Islamabad. Dans son bref message, le président a écrit :

"L'accord qui a été signé est le fruit de la sagesse collective des membres du Conseil suprême de sécurité nationale, et tous ses membres le soutiennent. Je suis convaincu que cet accord deviendra le centre de gravité de nos relations étrangères à l'avenir. Nous devons nous efforcer de contraindre l'ennemi à respecter ses engagements. La sécurité de notre pays, de la région et de nos alliés sera renforcée grâce à cet accord".

À première vue, ce message peut sembler n'être guère plus qu'une brève défense politique d'un accord. Une lecture plus attentive suggère toutefois que la raison d'être sous-jacente tant du message que de la position qu'il exprime réside peut-être dans la transformation de l'équilibre mondial des pouvoirs à la suite de deux guerres dévastatrices ayant duré respectivement 12 et 40 jours. Il ne fait guère de doute que les événements qui se sont déroulés aux niveaux national, régional et international au cours des quelque 14 derniers mois ont redéfini la dynamique du pouvoir. L'Accord d'Islamabad est l'une des manifestations de cette transformation.

On peut affirmer que, pour la première fois dans l'histoire politique de la République islamique, l'Iran a signé un accord international soutenu simultanément par toutes les dimensions du pouvoir du pays : la puissance militaire dure, le poids diplomatique et la capacité de négociation, ainsi que le pouvoir d'influence ancré dans le soutien de l'opinion publique. Dans la pratique, l'Iran a démontré non seulement sa détermination à mettre en œuvre l'accord, mais aussi sa volonté de réagir de manière appropriée si l'autre partie venait à manquer à ses engagements.

Dans cette perspective, l'élément le plus significatif du message de Pezeshkian n'est pas seulement sa défense de l'Accord d'Islamabad, mais son utilisation délibérée de l'expression "le centre de gravité des futures relations étrangères de l'Iran". Pour un homme d'État chevronné, "centre de gravité" est loin d'être une expression ordinaire. Elle désigne le point autour duquel s'organisent toutes les autres composantes d'un système. Lorsque le président utilise ce terme, il ne parle plus d'un simple document ou d'un accord temporaire. Il décrit plutôt un modèle, ancré dans la logique de pouvoir qui prévaut dans le système international actuel, autour duquel la future politique étrangère de l'Iran est censée s'articuler.

En d'autres termes, ce message peut être interprété comme annonçant la naissance d'une nouvelle stratégie, ou du moins d'une nouvelle doctrine, dans le cadre diplomatique iranien. L'histoire des négociations iraniennes comprend notamment des accords tels que les échanges d'otages, la résolution 598 du Conseil de sécurité des Nations unies et le Plan d'action global conjoint (JCPOA). Pourtant, l'Accord d'Islamabad se distingue car il est issu de l'exercice de la puissance nationale intégrée de l'Iran. Pour cette raison, il mérite d'être considéré comme un point de référence déterminant. En conséquence, la description que fait Pezeshkian de l'Accord d'Islamabad comme le centre de gravité des futures relations étrangères de l'Iran invite à examiner de plus près les éléments qui constituent ce centre.

"Tout d'abord", la phrase d'introduction mérite une attention particulière : le président y souligne que cet accord est le fruit de la "sagesse collective des membres du Conseil suprême de sécurité nationale" et que tous le soutiennent.

Il s'agit là de bien plus que le simple compte rendu d'un processus administratif ; cela véhicule un message stratégique. Au cours des quatre dernières décennies, l'un des défis récurrents de la politique étrangère iranienne a été la divergence des perceptions quant à l'étendue du consensus national sous-tendant les décisions majeures. Le président envoie désormais un message tant à la société iranienne qu'aux acteurs extérieurs, indiquant que l'Accord d'Islamabad, avec toutes ses dispositions et les méthodes par lesquelles il a été conclu, ne constitue pas la politique d'une seule administration ou d'une seule faction politique. Il s'agit plutôt de la décision de la plus haute instance décisionnelle du pays. Dans le monde d'aujourd'hui, aucun accord ne peut perdurer sans cohésion nationale, et la plus grande source de force derrière cet accord réside peut-être précisément dans ce consensus rare. En d'autres termes, Pezeshkian cherche à souligner le caractère national de l'accord et à rappeler à toutes les parties qu'il n'appartient pas à un gouvernement ou à un courant politique particulier, mais au jugement collectif de l'État.

"Deuxièmement", l'importance de l'Accord d'Islamabad dépasse le cadre du consensus national. Avant tout, il représente la convergence de trois sources principales de pouvoir au sein de la République islamique d'Iran : la puissance militaire, la diplomatie et le pouvoir populaire issu de la société. Réalisée dans un contexte de guerre, l'expérience d'Islamabad n'était ni le fruit exclusif de négociations, ni celui de la seule capacité militaire, ni celui des seules revendications sociales. Elle reflétait plutôt la transformation de réalisations militaires et de la Défense tangibles en capital diplomatique, soutenue à la fois par l'opinion publique et par les élites du pays. La puissance dure a permis de mener les négociations en position de force, tandis que la diplomatie a consolidé les acquis obtenus sur le terrain. À ces deux piliers s'ajoutait un troisième : la société iranienne. La résilience de la population, la résistance économique relative et le maintien de la cohésion nationale durant l'une des périodes contemporaines les plus difficiles que le pays ait connues ont tous contribué à renforcer la position de négociation de l'Iran. Dans cette perspective, l'Accord d'Islamabad n'était pas seulement l'incarnation d'un consensus national ; il constituait également une démonstration de la puissance nationale de l'Iran. Cela explique peut-être pourquoi Pezeshkian le qualifie de "centre de gravité" du pays. Peu d'expériences ces dernières années ont permis d'aligner aussi étroitement ces trois dimensions du pouvoir ou de les transformer en une expression tangible de la force nationale, capable de déboucher sur un accord qui, malgré les critiques dont il fait l'objet, reste mesuré et défendable.

"Troisièmement", une autre interprétation concerne la relation entre résistance et négociation. Depuis des années, le discours politique iranien a tendance à présenter la résistance et l'accord comme des concepts opposés, comme si une résistance accrue réduisait nécessairement la possibilité de parvenir à un accord. Or, le message implicite du billet de Pezeshkian offre une perspective différente. L'accord d'Islamabad repose sur le principe selon lequel la résistance acquiert une valeur stratégique lorsqu'elle crée les conditions d'un meilleur accord. Dans ce cadre, la résistance sert de moyen à renforcer le pouvoir de négociation, tandis que la négociation n'est pas un signe de recul mais plutôt l'utilisation politique de cette force même. Si cette interprétation est correcte, Islamabad marque la fin de la dichotomie artificielle "résistance ou négociation" et le début d'une nouvelle logique : "la résistance au service d'une négociation efficace".

"Quatrièmement", l'un des aspects les plus importants du message réside peut-être dans une autre déclaration : "Nous devons nous efforcer de contraindre l'ennemi à respecter ce qu'il a signé". Cette phrase indique que le président ne considère plus que le principal défi consiste simplement à parvenir à un accord. Au contraire, veiller à ce que l'autre partie mette en œuvre l'accord, ou, en d'autres termes, établir des garanties efficaces, est devenu la priorité absolue. Ce changement subtil témoigne d'une évolution plus large de l'approche. Tirant les leçons de son expérience en matière de négociation, la politique étrangère iranienne met davantage l'accent sur la garantie du respect des engagements et sur la nécessité de contraindre l'autre partie à honorer ses engagements. En ce sens, le message de Pezeshkian souligne la détermination des responsables de la politique étrangère à veiller au respect des engagements.

Un autre point important est qu'au cours des deux dernières décennies, l'approche diplomatique de l'Iran s'est largement concentrée sur la gestion des crises imposées au pays. Chaque crise exigeait sa propre stratégie, obligeant l'appareil diplomatique à réagir en conséquence. Ce qui ressort toutefois du message de Pezeshkian, c'est une volonté d'aller au-delà de la "gestion de crise" pour s'orienter vers la "gestion de l'ordre". La gestion de crise consiste à réagir aux événements.

La gestion de l'ordre consiste à définir des règles au sein desquelles même les adversaires sont contraints d'évoluer. La différence est celle qui existe entre un accord politique et un ordre politique : le premier est largement réactif, tandis que le second est proactif.

"Cinquièmement", vu sous cet angle, l'accent mis par Pezeshkian sur le renforcement simultané de la sécurité de l'Iran, de la région et de ses alliés prend une importance accrue. Il présente l'Accord d'Islamabad non seulement comme un mécanisme visant à réduire les tensions entre l'Iran et les États-Unis, mais aussi comme une étape vers l'émergence d'une nouvelle architecture de sécurité régionale, dans laquelle la sécurité de l'Iran ne passe pas par l'instabilité régionale, mais par l'établissement de règles communes et par l'augmentation des coûts liés au non-respect des engagements pour toutes les parties.

En effet, l'expérience de la guerre récente semble avoir conduit les décideurs iraniens à une conclusion importante : la dissuasion militaire, à moins d'être traduite en dissuasion politique, juridique et diplomatique, devra inévitablement être reproduite à maintes reprises sur le champ de bataille, un processus coûteux qui ne profite ni à l'Iran ni à la région.

En conséquence, la nouvelle phase de la politique étrangère iranienne peut être comprise comme un effort visant à transformer la puissance militaire en règles politiques durables, des règles en vertu desquelles le coût du non-respect des engagements devient supérieur à celui de leur respect. Si cette interprétation est exacte, la portée du récent message de Pezeshkian dépasse de loin celle d'une simple déclaration politique. Il n'a pas dit que l'Accord d'Islamabad n'était qu'un document important parmi d'autres de la politique étrangère iranienne ; il a déclaré qu'il deviendrait le "centre de gravité" de l'avenir.

Les fondements de ce centre de gravité - consensus national au sein de l'opinion publique et des élites du pays, dissuasion défensive crédible, dynamisme diplomatique, sécurité régionale, réciprocité des engagements et obligation pour l'autre partie de mettre en œuvre l'accord - sont destinés à fonctionner comme les éléments d'un cadre unique et intégré.

Dans les années à venir, l'importance durable de ce message résidera peut-être non pas dans sa défense d'un accord particulier, mais dans la possibilité qu'il représente, pour la première fois, un effort manifeste visant à transformer l'expérience d'une crise majeure en une doctrine de politique étrangère cohérente. Si elle était mise en œuvre, cette doctrine pourrait faire passer la politique étrangère de l'Iran de la logique de la "gestion de crise" à celle d'un "ordre durable". Dans ce cas, Islamabad ne serait plus simplement le nom d'une ville au Pakistan ou d'un accord diplomatique ; il deviendrait le nom d'un paradigme destiné à servir de centre de gravité à la politique étrangère de la République islamique d'Iran dans les années à venir.

source :  Nournews via  China Beyond the Wall

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