Komla YAWO
Le siège africain de la FIFA à Rabat, situé au sein du complexe Mohammed VI de Salé, a accueilli ce 5 août 2026 une réunion de crise à huis clos de plus de sept heures. Réunissant le président Gianni Infantino et de hauts responsables de l'instance, cette rencontre au sommet intervient dans un climat d'extrême tension politique et institutionnelle.
Une présidence sous pression et le mea culpa de l'instanceLa contestation grandissante visant Gianni Infantino s'enracine dans le projet controversé FIFA Forward Enterprise, présenté à la fin du mois de juillet 2026. Cette initiative visait à ouvrir le capital des droits commerciaux et audiovisuels des prochaines Coupes du monde à des investisseurs privés minoritaires.
Face à la levée de boucliers catégorique de l'UEFA, de la CONCACAF ainsi que de plusieurs fédérations nationales comme celles de Suède, de Serbie et du Pays de Galles, la FIFA a été contrainte de renoncer à ce projet. Cette fronde, marquée par la démission du conseiller principal d'Infantino, fragilise fortement sa position. Bien que candidat unique à sa réélection pour le scrutin de mars 2027, le président de la FIFA fait face à un isolement politique inédit.
À l'issue des débats de Salé, la direction de la FIFA a fini par diffuser un communiqué nocturne reconnaissant explicitement des "erreurs" de gestion et présentant des "excuses" officielles. L'instance a admis que le dossier "aurait dû être géré différemment" sans chercher à exclure le Conseil et les associations membres, tout en assurant avoir opéré dans le respect des règlements. Dans cette tourmente, le Conseil de direction a tenu à réaffirmer son "plein soutien" au président élu par les 211 fédérations membres.
Les révélations du Times et la bataille pour la finale 2030Selon les informations du quotidien britannique The Times, Gianni Infantino aurait profité de ce rassemblement au Maroc pour négocier l'appui politique de la Fédération Royale Marocaine de Football. En échange d'un soutien public franc pour stabiliser son mandat face aux oppositions européennes, le dirigeant aurait promis au Maroc l'attribution de la finale de la Coupe du Monde 2030 au futur Grand Stade Hassan II de Casablanca.
Cette allégation accentue la rivalité au sein du trio d'hôtes composé du Maroc, de l'Espagne et du Portugal. Jusqu'ici, l'Espagne, forte de son infrastructure et du Stade Santiago Bernabéu, apparaissait comme la favorite naturelle pour recevoir la rencontre finale d'une compétition dont les trois premiers matchs célébreront le centenaire en Uruguay, en Argentine et au Paraguay.
Démenti ferme de la FIFA et équilibres géopolitiquesFace au tollé international, l'instance mondiale est rapidement sortie du silence par la voix d'une déclaration transmise à l'agence de presse espagnole EFE. La FIFA y qualifie les informations du Times de "fausses et trompeuses", affirmant fermement que Gianni Infantino n'a formulé "aucune promesse ni aucun engagement" en coulisses. L'organisation rappelle qu'aucune décision n'a été prise et que le choix du stade hôte de la finale sera arrêté "en temps voulu", selon les procédures d'évaluation réglementaires.
Pendant que la partie marocaine maintient une réserve prudente et que les fédérations espagnole et portugaise surveillent de près le respect des équilibres tripartites, cet épisode met en lumière les fragilités d'un exécutif contraint de faire amende honorable pour préserver ses alliances stratégiques hors d'Europe.
