06/08/2026 linvestigateurafricain.tg  3min #322502

Du Vaudou Gu aux Amazones : Le Bénin accentue la pression sur la France pour ses trésors spoliés

Komla YAWO

Bénin, près de cinq ans après le retour historique de 26 trésors royaux d'Abomey en novembre 2021, Cotonou accélère sa politique de réappropriation patrimoniale. Le gouvernement béninois demande formellement à la France la restitution de 35 nouvelles œuvres d'art ainsi qu'un ensemble d'archives coloniales. Cette démarche s'inscrit dans un cadre juridique profondément rénové et concrétise la volonté du Bénin de consolider son récit national au-delà des pièces emblématiques du  royaume de Dahomey.

Bénin, un inventaire élargi aux objets rituels, régalia et archives coloniales

La nouvelle liste dressée par Cotonou ne se limite plus aux pièces d'apparat du seul palais royal d'Abomey, pillées lors du sac de la ville en 1892 par les troupes du général Dodds. Elle intègre désormais une diversité culturelle et territoriale plus large, incluant des objets issus des régions de Kétou, Savè et Porto-Novo. La requête cible notamment une sculpture en fer dédiée au dieu Vaudou Gu actuellement exposée au Pavillon des Sessions du Louvre, une table de divination, des bannières, ainsi que des armements et attributs guerriers tels que des sabres royaux, fusils, cartouchières, couteaux et tuniques des Amazones du Dahomey.

Pour la première fois, le Bénin exige également la rétrocession des fonds documentaires de trois administrateurs coloniaux. Ces archives sont jugées fondamentales par les experts pour documenter avec précision les conditions exactes de la spoliation et retracer l'histoire ainsi que la provenance de ces biens.

La loi-cadre de mai 2026 comme levier juridique d'une procédure accélérée

Jusqu'alors, chaque restitution exigeait un parcours législatif lourd et incertain, imposant le vote d'une loi d'exception au Parlement français pour déroger au principe d'imprescriptibilité et d'aliénabilité des collections publiques. La restitution des 26 premiers trésors en 2021 avait ainsi nécessité une loi spécifique votée au cas par cas par l'Assemblée nationale et le Sénat.

La nouvelle demande s'appuie sur une mutation profonde des procédures administratives. Depuis la promulgation de la loi-cadre le 9 mai 2026, le retour des biens culturels spoliés ne requiert plus de validation parlementaire individuelle, mais un simple décret exécutif pris après avis conforme d'un comité scientifique bilatéral. Ce changement de méthode côté français permet d'instruire les dossiers de manière pérenne et considérablement accélérée.

Une réaffirmation patrimoniale et la reconquête du récit national

L'approche béninoise traduit une évolution clé de la fonction attribuée aux objets restitués. Autrefois investis d'une charge cultuelle et rituologique lors de leur création, ces biens ont désormais vocation à être présentés dans les institutions muséales du pays. Ils sont appréhendés comme des représentations majeures du génie artistique béninois et comme les piliers de la mémoire collective nationale.

Afin de piloter ce chantier d'envergure, un Comité scientifique national a été installé à Cotonou en juillet 2026. Selon les travaux prospectifs menés par les experts béninois, au moins 15 000 objets originaires du Bénin se trouveraient toujours dispersés dans des collections publiques et privées à travers le monde à la suite de la période coloniale. La démarche engagée auprès de Paris s'inscrit ainsi comme une étape pionnière au sein d'une stratégie de restitution internationale beaucoup plus vaste.

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