08/08/2026 legrandsoir.info  7min #322642

La gazification comme technologie du pouvoir impérial

José Ernesto Nováez Guerrero

Les actions criminelles de l'armée coloniale sioniste contre le peuple palestinien, en particulier contre l'enclave côtière de Gaza, ont conduit à l'émergence du terme "gazification" pour désigner ce type d'opérations de siège moderne où se combinent des tactiques de siège conventionnel avec des pratiques génocidaires et de contrôle total sur la vie d'une population déterminée. Les conséquences humaines catastrophiques de ces actions n'importent pas pourvu que l'objectif final soit atteint. Dans le cas d'"Israël", cet objectif est la colonisation du territoire et l'expulsion de ses habitants natifs.

Les enseignements du macabre système de siège israélien ont été incorporés comme technologies de contrôle politique et de changement de régime par l'appareil impérial nord-américain. Et en ce moment, ils sont répliqués, sous les yeux de toute la communauté internationale, contre Cuba. La gazification de Cuba poursuit plusieurs objectifs pour la politique américaine : changer un gouvernement qui ne s'est pas historiquement aligné sur l'agenda impérial nord-américain en Amérique latine ; rendre le contrôle politique de l'île aux capitaux basés dans le sud de la Floride, financiers du puissant lobby anticubain dans la politique du pays ; et satisfaire les intérêts politiques de l'actuel secrétaire d'État en vue de 2028 tout en alimentant les ambitions revanchardes des héritiers de la classe vaincue à Cuba en 1959.

Il pourrait sembler exagéré d'affirmer que les États-Unis sont en train de gazifier Cuba, mais il suffit de regarder d'un peu plus près pour percevoir comment se répliquent de macabres similitudes.

En vertu des Ordres exécutifs du 29 janvier et du 1er mai 2026, le président des États-Unis a donné au secrétaire d'État le pouvoir discrétionnaire d'appliquer toutes les sanctions qu'il jugera appropriées contre des entreprises cubaines ou de pays tiers qui ont ou font quelque type d'affaire à Cuba. On poursuit tout fournisseur de carburant et, en une période de six mois, plus de 40 entités ont été sanctionnées dans des secteurs clés de l'économie cubaine. Les principaux points de cette attaque ont été le secteur énergétique, les finances, la collaboration médicale et le transport. Les sanctions comprennent aussi bien des entreprises ponctuelles que des ports, comme celui de Mariel. Leur résultat immédiat est de fracturer presque totalement l'échange marchand de Cuba avec l'extérieur, surtout dans les secteurs et les affaires clés qui peuvent paralyser l'économie et la société.

Tout en fermant toutes les portes possibles, y compris celles qui impliquent une réponse fondée sur les propres ressources nationales, on accorde au compte-gouttes quelques licences à des entreprises nord-américaines et au secteur privé cubain pour acquérir de petites quantités de ressources de base pour le pays. Cette tactique est fondamentale dans la stratégie de gazification. D'une part, on prétend créer une dépendance totale de l'île envers les États-Unis. Cela permet d'ouvrir et de fermer le robinet à discrétion, le transformant en un levier de pression politique supplémentaire. C'est la même stratégie appliquée par le sionisme aux points de passage frontaliers avec Gaza. N'entre que ce que la puissance agresseur décide de laisser entrer.

L'autre volet de cette stratégie est la pénurie. On laisse entrer des quantités insuffisantes, qui garantissent un minimum vital, mais qui ne résolvent pas la situation essentielle de carence qui affecte la totalité de la population. À Gaza, on a rapporté que le contrôle de l'armée sioniste sur des aspects centraux de la vie de l'enclave va jusqu'à calculer le total de calories par personne qu'ils laissent passer quotidiennement, bien sûr en quantité inférieure à la consommation recommandée. Par là, ils garantissent le maintien de la malnutrition, l'angoisse liée à l'alimentation et empêchent les habitants palestiniens de créer une réserve minimale de nourriture.

La pénurie encouragée fait que la tension sociale à l'intérieur des sociétés assiégées s'élève exponentiellement. Ce qui entre en petite quantité ne suffit pas pour tous et fait que la corruption, inévitable dans toute société et aggravée dans des conditions de pénurie chronique, devienne une pratique encore plus douloureuse. Même le minimum devient un privilège. Les insuffisances de l'administration publique, opérant sous une tension extraordinaire et avec une carence chronique de ressources humaines et matérielles, deviennent de plus en plus notables, dans la mesure où l'État disparaît d'aspects importants de la vie des gens, simplement par incapacité à répondre à l'infinité de scénarios de crise accentués par le siège.

À cela s'ajoute une campagne de communication agressive qui tend à nier le siège et à présenter la victime comme l'agresseur. Dans cette campagne s'articulent, avec complaisance, les puissants appareils médiatiques du capital et toute la traînée d'influenceurs qu'ils ont construits comme caisses de résonance de leurs agendas symboliques. Cette campagne est le complément essentiel. Elle sert à blanchir des pratiques génocidaires et, en même temps, comme outil efficace de guerre psychologique contre les sociétés assiégées. Tout le temps, on "filtre" des plans d'agression, des préparatifs de guerre, des ultimatums secrets, conçus pour amener la société assiégée au point de rupture psychologique, par l'horrible combinaison de la détérioration de tous les indicateurs essentiels de la qualité de vie et de la peur de la dévastation renforcée par la guerre.

Un aspect intéressant de la couverture médiatique des réalités des peuples sous siège est la romantisation de la résilience. Tant les médias corporatifs que pas mal de médias alternatifs s'approchent de ces sociétés pour montrer comment, malgré tout, elles trouvent des moyens de s'en sortir ou conservent la joie de vivre. Et cela, qui n'est pas faux, sert un peu de consolation et finit par agir comme un élément démobilisateur de la dénonciation et de l'aide internationale. La résistance des peuples sous siège doit être montrée sans cacher la terrible réalité de l'impact sur leurs vies. La dévastation causée par les bombes à Gaza et les sanctions à Cuba.

Dans le cas de Cuba, la technologie de la mort a escaladé en dimension. Désormais, le siège est contre un pays entier. La Grande Antille est supérieure en taille à pas mal de pays européens et d'Amérique centrale. Contrairement à Gaza, elle dispose de réserves plus importantes en population, en eau potable, en terres fertiles et en plusieurs ressources clés, y compris une certaine production pétrolière et de minéraux. Cependant, la souffrance provoquée par le siège n'en reste pas moins significative. Avec une population vieillissante et majoritairement urbaine, les sanctions actuelles se montent sur la traînée de détérioration que des décennies de blocus ont produite dans l'activité économique du pays. Bien qu'elle ait des marges de résistance plus grandes qu'une enclave côtière, le prix de cette résistance est très élevé et le sera encore davantage à mesure que le siège se prolongera et s'approfondira.

Aucun pays pauvre ne peut, par ses seuls moyens, surmonter l'impact sur son économie de sanctions comme celles qui sont actuellement appliquées contre Cuba. L'objectif de Rubio est de provoquer une explosion sociale qui favorise le changement de régime. Les dangers de cet agenda sont évidents pour le pays et vont d'une guerre civile à une augmentation incontrôlée du trafic de drogue et de la violence associée aux drogues. Sans compter les implications claires en matière de perte de souveraineté qu'implique l'agenda de Rubio. Les intérêts qu'il représente sont, essentiellement, les intérêts d'un groupe de citoyens nord-américains, nés de parents cubains qui ont été propriétaires de Cuba, et qui aspirent à récupérer cette propriété perdue pour l'administrer au bénéfice de leurs fortunes personnelles et des intérêts de leur pays natal.

La tiédeur de la "communauté internationale" ne fait que poser un précédent d'impunité qui permettra de répliquer cette stratégie à l'avenir contre n'importe quel pays. Des blocs émergents, comme les BRICS, et des puissances individuelles en ascension devraient prêter attention aux implications politiques et morales de ce qu'ils ont fait à Gaza et de ce qu'ils sont en train de faire à Cuba. Dans le passé pas si lointain, la trahison internationale, sauf quelques honorables exceptions, envers la République espagnole a favorisé l'avancée et le renforcement du fascisme sur le continent européen. Aujourd'hui, sans nul doute, la trahison de Cuba impliquera d'ouvrir les portes au néofascisme et au suprémacisme en Notre Amérique.

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