
par Philippe Bergerac
Avertissement : nous tenons à rappeler ici notre position : ni Davos (OTAN, Grande Réinitialisation, transhumanisme, écologisme, lgbtisme, Agenda 2030,... = monde unipolaire), ni Moscou (eurasisme, traditions et valeurs soit disant anti-woke, rejet du monde occidental à la Douguine, multipolarité de façade,... : les deux mondes, apparemment opposés, partagent, selon nous, globalement les mêmes "sponsors" messianistes et le même agenda de contrôle, de surveillance et de crédit social qui se met en place : lire notre article " Ni Davos, Ni Moscou : le piège de la fausse alternative".

Si nous zoomons aujourd'hui sur ce cas, ce n'est pas pour défendre Xenia Fedorova (quoique : pour le principe), mais plus pour décortiquer un phénomène logique et "normal" d'un système économique en faillite.
1. Rappel des faits
Xenia (Ksenia) Fedorova est l'ancienne présidente de RT France, la branche française de la chaîne d'État russe Russia Today. Après l'interdiction de RT en Europe en 2022, elle est restée en France et est devenue chroniqueuse régulière sur les médias du groupe Bolloré (CNews, Europe 1, JDNews).
Fin juillet 2026, le ministère de l'Intérieur a pris un arrêté d'expulsion à son encontre. Les autorités l'accusent d'être "un relais des campagnes de désinformation pilotées par les autorités russes" et de porter atteinte aux "intérêts fondamentaux de la nation".
Ses avoirs ont été gelés pour six mois. Elle a été assignée à résidence et doit pointer au commissariat. La justice a rejeté son recours en référé début août 2026.
2. Exemple type d'un nettoyage ideologique
• On saisit les comptes de Fedorova, journaliste pro-russe ;
• On ne saisit pas les comptes des narcotrafiquants. À l'Élysée et dans les hautes sphères, ça doit arranger bien du monde (chut !) ;
• Les réseaux Epstein : globalement, toujours pas de poursuite digne de ce nom. Les costards de Fillon, c'était tout de suite en poursuite ;
• CQFD : le système tolère parfaitement certaines illégalités lucratives, mais frappe très vite toute parole qui sort du cadre narratif dominant (ici, la narration otanienne / ukrainiste). La censure est une preuve de faiblesse et de lâcheté qui se cache derrière le voile des risques de troubles à l'ordre public, du fameux appel à la haine et autres concepts tirés de la novlangue ;
• À moins d'un an de la présidentielle, le gouvernement et une partie de l'appareil d'État craignent une montée des "ingérences russes" dans le débat public français. On tremble !
• Plusieurs articles (Le Parisien, etc.) le disent explicitement : l'expulsion vise à prévenir une possible influence russe sur le scrutin de 2027. Emmanuel Macron avait d'ailleurs déclaré vouloir que l'élection se déroule "le plus sereinement possible".
Ce n'est pas une simple affaire de "lutte contre la propagande russe" : c'est la démonstration que la "démocratie"-capitaliste-communiste 2.0 censure dès que le discours devient gênant pour ses intérêts fondamentaux, surtout en période de crise et à l'approche d'échéances électorales.
Dans les années 1970 :
⁃ En pleine guerre du Vietnam, la télévision organisait régulièrement des débats où un intervenant défendait la position du Nord-Vietnam et un autre celle du Sud-Vietnam. C'était considéré comme normal ;
⁃ En pleine guerre d'Algérie, le FLN menait une violence terroriste contre des milliers d'Algériens du MNA (Mouvement National Algérien) ainsi que contre ceux qui refusaient de rejoindre ce que d'aucuns qualifiaient de "racket révolutionnaire" de sa direction. Pourtant, même en pleine guerre, des journaux français comme L'Express ou Le Nouvel Observateur défendaient ouvertement les positions du FLN. Des émissions comme Cinq colonnes à la une, à la télévision comme à la radio, laissaient également place à des points de vue contradictoires.
Fini ce temps-là !
3. On est pile dans ce qu'avait vu et pressenti Orwell de manière encore limitée et incomplète en 1937 et qui est aujourd'hui totalement déployé :
- La gauche du système économique (hier stalinienne, aujourd'hui gauchisme culturel, écologiste, immigrationniste, macroniste, lgbtiste, wokiste,... se présente comme le camp du "Bien" ;
- Elle criminalise et rend inaudible toute critique radicale de l'ordre existant ;
- Elle réécrit la réalité en temps réel ;
- Elle interdit le débat véritable.
La censure n'est plus seulement policière ou judiciaire. Elle est devenue la substance même du discours autorisé : pour avoir le droit de parler, il faut d'abord accepter le cadre. Sinon, on n'existe tout simplement pas dans le débat.
C'est valable pour le Covid, le climat, la Palestine, les questions de genre, etc.
Tiens, prenons l'Ukraine, c'est dans le sujet : en 2022, dès les premiers jours, un seul récit a été autorisé. Toute tentative de complexifier, d'évoquer, par exemple, la "révolution colorée" de 2014, les 5 milliards de Victoria Nuland, les bombardements du Donbass entre 2014 et 2022 passés sous silence par les médias mainstream, etc. fait immédiatement basculer dans le camp des "putinistes" ou des "relais de la propagande russe". On n'est plus quelqu'un qui discute : on est quelqu'un qu'il faut disqualifier. Y compris, voir surtout en privé : le totalitarisme s'exerce désormais par capillarité, par les citoyens formatés, "cerveau-lavés".
Barcelone 1937 était bien la répétition générale. Nous vivons aujourd'hui la représentation permanente et totale de ce qu'Orwell n'avait fait qu'entrevoir. Lire " Ce qu'Orwell a vu à Barcelone en 1937 lui a permis d'écrire"1984": la vérité s'inscrit en négatif des apparences. D'actualité plus que jamais".
Le cas Fedorova en est une illustration précise : une parole qui sort du narratif dominant est immédiatement traitée comme une "atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation" et neutralisée.
CQFD.
