par Alfredo Jalife-Rahme
En apparence, la guerre stagne dans le golfe persique. Cependant, chacun perçoit bien qu'il se passe beaucoup de choses en coulisses. La plus importante concerne la survie du pétrodollar, et donc, celle de l'Empire américain.
Précisément, mettre fin à l'impérialisme était le premier objectif de l'ayatollah Rouhollah Khomeiny. C'est l'idéal des Gardiens de la révolution.

Les pétrodollars sont la clef de voute du système impérial US.
Après les menaces de Trump contre l'Iran en termes apocalyptiques quelques minutes après avoir annoncé "des niveaux de terreur militaire, de force et de puissance jamais vus depuis la Seconde Guerre mondiale" (les majuscules sont de Trump [1]), on fait savoir qu'un appel salvateur du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (MBS) a convaincu le président de reporter sa sinistre entreprise de "décapitation" [2].
Le sauvetage du yen par le secrétaire au Trésor Scott Bessent (SB) a renforcé la monnaie japonaise, car il a vendu des euros au lieu de dollars, ce qui n'est pas bon signe pour l'Union européenne.
The Guardian explique les raisons de l'action coordonnée des États-Unis et du Japon pour "stopper la chute du yen, qui a approché ses niveaux les plus bas depuis 40 ans (sic)", dans le cadre d'une "économie chancelante" [3]. Il ne le dit pas, mais c'est l'une des conséquences de la séquence de "l'effet Hormuz" et de sa fermeture qui, après ses phases militaire et géoéconomique, a atteint le stade géofinancier, ce qui a fait grimper le prix de l'énergie et des denrées alimentaires au Japon ; la monnaie japonaise affaiblie a augmenté le coût des importations, forçant Tokyo à vendre des obligations du Trésor états-unien. Cela a mis la pression sur la hausse des taux d'intérêt sur la dette pléthorique des États-Unis, qui s'élève à environ 40 000 milliards de dollars.
The Guardian ajoute que "l'intervention de l'administration Trump pourrait être une tentative pour limiter la quantité d'obligations d'État US que vend le Japon." En d'autres termes : c'est un sauvetage mutuel. Le Financial Times se vante que l'opération de sauvetage du yen "a été gérée par Scott Bessent, l'ancien responsable de la société d'investissement de George Soros" [4].
La phrase récente de Scott Bessent, qui a émis les signaux pour un règlement géofinancier avec l'Iran et s'est engagé à rechercher où se trouvent ses gisements, n'est pas passée inaperçue : "Nous préserverons ces actifs pour le peuple iranien" [5]. Il restera à définir qui sont les "peuples iraniens" du point de vue de Scott Bessent.
Les actifs iraniens saisis par les sanctions états-uniennes s'élèvent à environ 167 milliards de dollars, ce que d'autres sources estiment même à 300 milliards de dollars. L'imprécision est due à la nature opaque des sanctions.
Dans le mémorandum d'Islamabad, qui pourrait constituer une sortie réussie pour Trump, des réparations de guerre à l'Iran pour 300 milliards de dollars étaient suggérées, sans compter le tribut sur le détroit d'Hormuz que l'Iran partagerait avec Oman et le fait qu'ils sont sur le point de finaliser un accord souverain.
Dès le printemps, la grande Deutsche Bank avertissait que "la guerre en Iran pourrait être le 'catalyseur' de l'érosion du pétrodollar états-unien", ce qui "aide à maintenir les coûts d'emprunt bas pour les consommateurs US et Washington, leur donnant d'énormes avantages sur leurs pairs." La puissante banque allemande affirme que "la guerre iranienne menace la domination du dollar états-unien, poussant les pays à utiliser le yuan chinois dans le commerce pétrolier."
Au cœur de la "guerre monétaire mondiale", où l'escalade de la collision du pétrodollar en baisse et la montée du pétroyuan se distingue par "l'effet Hormuz", la Banque populaire de Chine "va développer un système de paiements transfrontaliers en yuans afin d'élargir la coopération internationale dans ce domaine d'ici la seconde moitié de 2026 [6]."
D'ailleurs, la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine s'est transformée en la très médiatisée "guerre monétaire", qui était jusqu'alors gérée par le financier et consultant du Pentagone James Rickards [7].
Le facteur géofinancier du retour des actifs saisis à l'Iran joue un rôle transcendantal dans l'ouverture du détroit d'Hormuz, et il a pu être détecté avec la parousie de l'omniprésent Scott Bessent, qui a commenté avec optimisme qu'un accord est imminent, après la déclaration similaire du porte-parole qatari, qui a déclenché une hausse record du marché boursier et l'effondrement concomitant du baril de pétrole.
Trump revient-il au statu quo en signant le mémorandum d'Islamabad à Versailles ?
Traduction
Maria Poumier
Source
La Jornada (Mexique)
Le plus important quotidien en langue espagnole au monde.
[1] " @realDonaldTrump", Donald J. Trump, Truth Social, August 2, 2026.
[2] " MBS urges efforts to prevent region from being dragged into wider conflict in Trump call", Al-Arabiya, August 2, 2026.
[3] " Why has Trump stepped in to prop up Japan's currency ?", Jonathan Yerushalmy, The Guardian, August 3, 2026.
[4] " Scott Bessent's yen intervention signals new area of US 'currency activism'", Financial Times, Augst 4, 2026.
[5] " Treasury Targets Key Supreme Leader Financier and Iran's Shadow Exchange Houses", Department of Treasury, July 10, 2026.
[6] " "Guerras geofinancieras"y"guerras del Tesoro"de EU a escala global", Alfredo Jalife-Rahme, La Jornada, 3 de junio de 2015.
[7] " US stocks jump after Bessent says deal to reopen Hormuz is imminent", Financial Times, August 4, 2026.