par Carlos Rozanski*, Rocco Carbone*
L'avocat et militant libertarien Alejandro Sarubbi Benítez a proposé d'isoler et d'exterminer les personnes vivant dans la banlieue de Buenos Aires.

Alejandro Sarubbi Benítez
Alejandro Sarubbi Benítez (avocat et militant libertarien), sur la chaîne Carajo Stream [ Daniel Parisini alias "El Gordo Dan"], lors de son émission " La Trinchera", a lancé une proposition visant à isoler et à exterminer ceux qu'il qualifie de "cabecitas" de la banlieue de Buenos Aires.
Il a affirmé qu'il s'agissait d'une "immense partie de la population qui, quoi qu'il arrive, n'a plus aucun espoir de salut", et a annoncé une "série de propositions" pour résoudre ce qu'il présente comme un problème.
La première consiste en la stérilisation. Dans l'Allemagne nazie, le régime avait mis en place un vaste programme de stérilisation forcée. La loi sur la prévention de la descendance atteinte de maladies héréditaires, promulguée en 1933, avait conduit à la stérilisation coercitive de près d'un demi-million de personnes considérées comme porteuses de maladies héréditaires ou qualifiées d'"inaptes" selon l'idéologie eugéniste du régime. Cette politique n'était pas un fait isolé : elle a ouvert la voie à des mesures encore plus extrêmes, telles que l'assassinat systématique des personnes en situation de handicap, puis le génocide.
La deuxième proposition de Sarubbi Benítez consiste à : encercler toute la banlieue d'un mur de quinze mètres de haut, surmonté de tireurs d'élite postés tous les dix mètres, qui sélectionneraient leurs cibles en fonction de leur "apparence" - selon ses propres termes.
Le ghetto juif de Varsovie a été créé par le régime nazi en octobre 1940, à la suite de l'invasion allemande de la Pologne qui avait débuté le 1er septembre 1939. Quelques semaines plus tard, Reinhard Heydrich, chef de la Gestapo, en collaboration avec Heinrich Himmler, élabora le plan de concentration de la population juive dans des ghettos, première étape de l' Endlösung - la "solution finale à la question juive". L'enfermement territorial, la ségrégation et la classification d'êtres humains comme jetables furent des étapes décisives d'une machine d'extermination.
La troisième proposition de Sarubbi Benítez - qu'il a lui-même présentée comme plus économique que celle des tireurs d'élite - consiste à larguer chaque matin des bombes au napalm sur la banlieue, qu'il a définie comme "un territoire sans retour". Il a ajouté qu'un préavis serait donné afin que "les personnes qu'il faut sauver" puissent se retirer. D'après un tableau des nuances de peau présenté par Kalina Ann pendant l'émission, les cibles se trouveraient parmi ces personnes.
Il convient de rappeler ce qu'est le napalm. Il s'agit d'un mélange gélatineux incendiaire qui adhère à la peau humaine et qui est pratiquement impossible à éteindre. Il atteint des températures comprises entre 800 et 1 200 degrés Celsius et consomme l'oxygène de son environnement immédiat, provoquant également l'asphyxie des personnes se trouvant à proximité, même si elles ne sont pas directement touchées par les flammes. Cette proposition ne consiste pas simplement à bombarder un territoire : elle implique d'envisager l'extermination quotidienne d'une population civile.
À l'instar du lieutenant-colonel Kilgore dans Apocalypse Now, Sarubbi Benítez semble faire sienne la célèbre phrase : "J'adore l'odeur du napalm le matin" (I love the smell of napalm in the morning.)
C'est l'autre animatrice, Sofi Drehe , qui a conclu cet échange sur l'extermination en déclarant : "Les lâches n'entrent pas dans l'histoire".
Ces trois propositions partagent une même logique : identifier un groupe humain comme irrécupérable, le séparer du reste de la société et présenter son élimination comme une solution politique. Cette logique n'est pas nouvelle. Elle a des antécédents historiques bien connus et des conséquences que l'humanité connaît trop bien. Et qui affectent les modes démocratiques de vie en commun.
Normaliser des discours qui transforment une partie de la population en ennemi biologique, racial ou social constitue un risque profond pour la coexistence démocratique. L'histoire montre que les processus de persécution et de violence collective ne commencent pas par les armes, mais par les mots qui déshumanisent, classifient et présentent certains groupes comme des vies dont on peut se passer.
Lorsque l'élimination de l'autre cesse d'être une limite morale et devient un sujet de débat en tant qu'option politique, voire une plaisanterie, le pacte fondamental qui rend possible la vie en commun s'érode : la reconnaissance de l'égale dignité des personnes.
Défendre ce principe ne signifie pas renoncer au débat politique ni à la critique, mais empêcher que la haine et l'incitation à l'extermination trouvent une place acceptable dans l'espace public.
Rocco Carbone* y Carlos Rozanski** para La Tecl@ Eñe
La Tecl@ Eñe. Buenos Aires, 6 de agosto de 2026.