
Les attaques visant les Palestiniens en Cisjordanie ne se limitent plus aux personnes ou aux terres, mais s'étendent de plus en plus au bétail, qui constitue la principale source de revenus pour des centaines de familles, notamment dans les communautés pastorales de Masafer Yatta, de la vallée du Jourdain, au sud d'Hébron et dans le nord de la Cisjordanie.
Des tirs sur les troupeaux de moutons à leur empoisonnement et leur vol, en passant par l'empêchement des bergers d'accéder aux pâturages et les agressions dont ils sont victimes, les incidents se répètent à un rythme croissant, dans un tableau qui reflète l'ampleur des pressions subies par les communautés bédouines et pastorales pour rester sur leurs terres.
Dimanche matin, les forces d'occupation ont pris pour cible l'agriculteur Mahmoud Abdul Rahman Tamiza alors qu'il gardait ses moutons dans la région de Wadi al-Bayda, à l'ouest de la ville d'Idhna, au sud d'Hébron, et ont tiré à balles réelles sur lui et son troupeau, entraînant la mort de trois moutons et blessant plusieurs autres.
Cet incident n'était pas le premier du genre, mais il a ajouté un nouveau chapitre à une longue série d'attaques qui ont ciblé le bétail palestinien ces derniers mois, allant du meurtre, du vol et de l'empoisonnement à la restriction des déplacements des éleveurs et à l'empêchement de l'accès aux zones de pâturage.
Des années d'élevage perdues en quelques heures
Dans la ville d'Asira al-Shamaliya, au nord de Naplouse, l'agriculteur Muath Sawalma s'est réveillé face à l'un des incidents les plus douloureux : la plupart de ses moutons étaient morts dans sa ferme, victimes d'un empoisonnement.
Seules cinq têtes ont survécu du troupeau, tandis que 23 brebis sont mortes, la plupart étant enceintes, ce qui a doublé l'ampleur des pertes, car elles ne se limitaient pas aux seules brebis, mais incluaient également leur progéniture.
Swaleh souligne que ce qu'il a perdu n'était pas seulement du bétail, mais le fruit d'années de travail et de labeur, notant que les colons cherchent à pousser les agriculteurs et les éleveurs à quitter leurs terres, mais qu'il est déterminé à rester quelles que soient les circonstances.
Le vol de bétail... une autre méthode de ciblage
Outre les empoisonnements, plusieurs zones de Cisjordanie ont été le théâtre de vols de moutons à répétition.
En mai dernier, des colons ont pris d'assaut un enclos à bétail à Khirbet Hariba al-Nabi à Masafer Yatta et se sont emparés d'une cinquantaine de moutons, tandis qu'à Khirbet Rajoum al-Ali, une autre tentative de vol de dizaines de moutons a eu lieu avant que les habitants ne parviennent à les récupérer.
Des rapports de l'ONU ont également documenté le vol de moutons dans le village de Qusra, au sud de Naplouse, et d'autres dans la ville de Yabroud, à l'est de Ramallah, tandis qu'un berger de Masafer Yatta a été agressé physiquement avant qu'une partie de son troupeau et son téléphone portable ne soient volés.
Pression continue sur les bergers
Les violations ne se limitent pas au ciblage du bétail : les éleveurs sont confrontés quotidiennement à des restrictions qui les empêchent d'accéder aux pâturages, en plus du harcèlement, des agressions et des menaces.
Le maire d'Asira al-Shamaliya, Nasser Jawabra, affirme que les colons travaillent sans relâche pour chasser les bergers des zones de pâturage, notamment sur les pentes du mont Ebal, dans le but de vider la région de ses propriétaires et d'en prendre le contrôle.
Il ajoute dans un communiqué de presse que les attaques sont devenues quasi quotidiennes, incluant des tentatives de vol de bétail, des menaces contre les citoyens et des restrictions à leur vie quotidienne, soulignant que les habitants conservent leurs terres malgré l'escalade de ces violations.
Documentation de l'ONU sur l'escalade des attaques
Des rapports du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies font état d'une augmentation significative des attaques visant les communautés pastorales de Cisjordanie, en particulier après l'établissement de nouveaux avant-postes de colonisation à proximité de plusieurs de ces communautés.
Selon ce bureau, ces attaques comprennent la prise d'assaut de zones résidentielles, l'agression des habitants, le vandalisme de biens, l'empêchement de l'accès aux pâturages, ainsi que la confiscation de fourrage et de réservoirs d'eau et le lâcher de bétail des colons sur les terres agricoles palestiniennes.
Les données des Nations Unies confirment également que le nombre d'attaques de colons ayant causé des blessures ou des dégâts matériels a dépassé 1 260 incidents depuis le début de 2026, soit un rythme de près de six attaques par jour dans toute la Cisjordanie.
Cibler la source de subsistanceLes moutons constituent la principale source de revenus pour des dizaines de communautés pastorales ; perdre un troupeau signifie donc perdre non seulement des animaux, mais aussi une ressource économique dont les familles dépendent pour leur subsistance.
Empêcher les éleveurs d'accéder aux pâturages les oblige également à acheter du fourrage à des prix élevés, au moment même où les granges, les réservoirs d'eau et les maisons sont démolis ou vandalisés, ce qui alourdit le fardeau économique et humanitaire qui pèse sur ces familles.
Alors que les attaques se poursuivaient, de nombreux éleveurs furent contraints de modifier leurs itinéraires de pâturage ou de s'abstenir d'accéder aux zones sur lesquelles ils comptaient depuis des années, par crainte d'être attaqués par des colons ou des forces d'occupation.
Une politique qui sape les fondements de la vieLes observations de terrain montrent que les attaques ne ciblent plus séparément le berger ou le troupeau, mais affectent plutôt divers éléments de la vie pastorale, des pâturages et des points d'eau aux granges, au fourrage et aux habitations.
Du braconnage des moutons à Idhna à l'empoisonnement des troupeaux à Naplouse, en passant par leur vol à Masafer Yatta et dans la vallée du Jourdain, ces incidents semblent s'inscrire dans une réalité persistante qui exerce une pression accrue sur les communautés pastorales palestiniennes et menace leur stabilité économique et sociale, au moment même où les avertissements se multiplient quant à l'ampleur grandissante de ces attaques et à leur impact direct sur la capacité des habitants à rester sur leurs terres.
Source : CPI
french.palinfo.com
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