13/08/2026 linvestigateurafricain.tg  3min #323210

Majorité de fait à l'Assemblée malgache : union nationale ou opportunisme politique ?

Komla YAWO

Dix mois après le renversement du président  Andry Rajoelina, le paysage politique malgache enregistre une mutation majeure sans qu'aucun électorat n'ait été convoqué aux urnes. En officialisant la création d'une nouvelle plateforme baptisée VFM, 80 députés sur les 163 que compte l'Assemblée nationale ont publiquement choisi de sceller une alliance avec l'exécutif en place.

Ce ralliement massif de parlementaires, majoritairement issus de l'opposition et des rangs de la coalition IRMAR (formation de l'ancien chef de l'État), redessine brutalement la carte des forces politiques au sein des institutions de la Grande Île.

Une majorité de fait pour stabiliser le pouvoir exécutif

L'émergence du VFM permet au pouvoir actuel de consolider son assise institutionnelle au Palais de Tsimbazaza en s'assurant une majorité absolue de fait. Pour justification, les initiateurs de ce regroupement mettent en avant l'impératif de la gouvernance et de la cohésion nationale.

 Marco Tsaradia, secrétaire général de cette nouvelle plateforme, défend une démarche guidée par l'intérêt général. "Il y a un besoin de cohésion au niveau national pour arriver à satisfaire les besoins de la population. Nous avons constaté que le pouvoir en place actuel fait beaucoup d'efforts pour résoudre les problèmes au quotidien", a-t-il souligné.

Au-delà de la sphère législative, le mouvement entend mailler le territoire en associant les responsables municipaux et de districts. L'ambition affichée vise ainsi à constituer une courroie de transmission entre la base territoriale et le sommet de l'État pour accompagner l'action gouvernementale.

Le spectre du nomadisme politique et les divergences d'intérêts

Sur la scène politique malgache, l'initiative suscite de vives critiques et remet au cœur du débat la question de la déontologie parlementaire. Les acteurs en présence affichent des positions radicalement opposées quant à la portée de cette alliance.

D'un côté, les promoteurs de la plateforme VFM revendiquent une démarche "apolitique" visant uniquement l'union nationale et la résolution des urgences économiques. Ils affirment vouloir dépasser les clivages partisans pour soutenir un pouvoir exécutif jugé actif sur le terrain.

D'un autre côté, plusieurs mouvements citoyens et représentants de la jeunesse, notamment au sein de la "Gen Z", dénoncent fermement ces revirements qu'ils qualifient d'opportunistes. Selon eux, le passage direct de députés élus dans l'opposition vers le soutien du pouvoir vise principalement la préservation de rentes de situation institutionnelles.

Enfin, pour les loyalistes de l'IRMAR, ce départ massif de parlementaires constitue un coup dur. L'ancienne coalition présidentielle voit sa représentation à l'Assemblée s'effriter considérablement, ce qui affaiblit sa capacité d'action et sa visibilité politique.

L'épreuve du réel, l'attente des grandes consultations

Si le pouvoir exécutif parvient à verrouiller le volet parlementaire, l'assentiment de la population demeure la variable d'ajustement essentielle de cette période de transition. Les réponses concrètes aux défis socio-économiques du quotidien restent la priorité absolue des citoyens malgaches.

Par ailleurs, ce réalignement des forces à l'Assemblée ne dissipe pas les attentes de l'opinion publique quant à la trajectoire politique globale du pays. La société reste suspendue à l'annonce de jalons clairs, à commencer par le cadrage et le calendrier des grandes consultations nationales promises, seules à même de refonder une légitimité démocratique durable.

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