
*ou les Etats-Unis l'ont-ils "suicidée" ?
par Philippe Bergerac
IntroductionDepuis sa création en 1988, le GIEC n'a pas seulement produit de la science. Il a fourni le cadre institutionnel d'une politique climatique qui a pesé de façon disproportionnée sur l'Europe. Sous l'impulsion de Margaret Thatcher et Ronald Reagan, l'organe a été conçu comme un outil intergouvernemental destiné à canaliser les alertes des scientifiques, jugés trop militants.
Quarante ans plus tard, le résultat est frappant : l'Europe s'est imposé les prix du carbone et les normes les plus stricts au monde, pendant que les États-Unis, la Chine et l'Inde conservaient une bien plus grande liberté énergétique et industrielle.
Cette asymétrie n'est pas un accident. Elle s'inscrit dans une longue histoire où la construction européenne elle-même a été encouragée, financée et orientée par les États-Unis. Des documents déclassifiés, rappelés notamment par le Daily Telegraph, montrent le rôle de canaux américains dans le soutien aux structures pro-européennes des années 1950.
Aujourd'hui, le même continent qui s'est construit sous influence américaine s'impose des contraintes climatiques que son protecteur n'applique pas chez lui. Le coût en est une base industrielle aGaiblie, des usines fermées et une compétitivité érodée.
Cet article retrace la chaîne :
- de la création contrôlée du GIEC
- à la déstructuration industrielle européenne,
- en passant par le rôle des ONG financées,
- les alarmes excessives et
- le comportement réel des gros émetteurs.
Il montre comment un récit d'urgence climatique a servi de levier pour transformer l'Europe... au profit de ceux qui n'ont pas joué le même jeu.
La création contrôlée du GIECLe GIEC a été créé en novembre 1988 par l'Organisation météorologique mondiale et le Programme des Nations unies pour l'environnement, avec le soutien du G7.
Ronald Reagan et Margaret Thatcher ont joué un rôle décisif dans sa forme institutionnelle. Ils ont imposé qu'il soit un organe intergouvernemental, avec des représentants des États, plutôt qu'un groupe purement scientifique indépendant. Leur crainte était de laisser l'expertise climatique aux seuls scientifiques, jugés trop militants.
Thatcher, formée en chimie et sensibilisée par son conseiller Crispin Tickell, a prononcé des discours majeurs en 1988-1989 qui ont hissé le sujet au niveau politique international. Des acteurs de l'époque confirment que l'administration Reagan a soutenu la création du GIEC en partie pour contrôler le processus et empêcher que des scientifiques activistes ne dictent seuls l'agenda.
Thatcher et Reagan n'ont pas inventé le réchauffement climatique. Ils ont façonné l'outil institutionnel qui allait légitimer les politiques à venir.
De l'alerte scientifique à la contrainte industrielle européenneLe récit climatique issu de ce cadre a rapidement servi de justification à une restructuration profonde de l'économie européenne.
Dans les années 1980-1990, le Royaume-Uni de Thatcher a fermé massivement les mines de charbon et accéléré la désindustrialisation de certains secteurs. Plus tard, l'Allemagne a engagé l'Energiewende : sortie progressive du nucléaire et du charbon, développement massif des renouvelables, au prix de coûts élevés pour l'industrie.
À l'échelle européenne, les politiques climatiques (quotas carbone, normes, Green Deal) ont multiplié les fermetures d'usines, les délocalisations et les hausses de coûts énergétiques, particulièrement visibles depuis les années 2010-2020. Ce n'est plus seulement une réponse scientifique : c'est un levier qui affaiblit la base industrielle européenne au profit d'autres puissances.
Les ONG : courroies de transmission du dispositifCe processus s'appuie sur un réseau dense d'organisations écologistes.
De grandes ONG européennes (WWF, Greenpeace, European Environmental Bureau, ClientEarth, etc.) reçoivent des financements importants de l'Union européenne, de fondations américaines (Hewlett, Packard, Rockefeller, ClimateWorks, Bezos Earth Fund...) et de structures allemandes. L'Allemagne, via ses fondations politiques et ses programmes publics, joue un rôle central dans l'animation de ces réseaux.
Ces organisations ne sont pas des structures anti-système indépendantes. Elles agissent en synergie avec les institutions européennes et amplifient la pression politique, médiatique et judiciaire. Elles fonctionnent comme des courroies de transmission d'une politique qui pèse bien plus lourdement sur l'industrie européenne que sur celle des États-Unis, de la Chine ou de l'Inde.

Les faits sont clairs.
L'Europe s'est imposé les prix du carbone et les normes les plus stricts. Les États-Unis n'ont pas de prix carbone fédéral. La Chine et l'Inde appliquent des tarifications très faibles et continuent d'ouvrir des centrales à charbon. Résultat : l'industrie européenne, surtout énergointensive, paie un surcoût structurel que ses concurrents n'ont pas.
Les États-Unis profitent de leur avantage énergétique (gaz de schiste). La Chine consolide sa production massive peu contrainte.
L'Europe s'impose des sacrifices dont l'impact climatique global reste limité tant que les gros émetteurs ne s'alignent pas.
Alarmes excessives et réalité des prédictionsBeaucoup d'alarmes médiatiques et politiques des années 2000-2010 se sont révélées exagérées.
Al Gore a repris des prévisions très optimistes sur la disparition de la banquise arctique en été vers 2013-2014. Cela ne s'est pas produit. La banquise a diminué depuis 1979, mais elle est toujours là. Les calottes du Groenland et de l'Antarctique perdent de la masse, mais à un rythme qui produit une hausse du niveau de la mer de quelques millimètres par an, très loin des scénarios catastrophiques à court terme parfois annoncés.
Même une réduction de 50% des émissions mondiales actuelles n'aurait qu'un effet limité à moyen terme : le CO₂ déjà émis reste longtemps dans le système, et le réchauffement continue par inertie. Une Europe qui se sacrifie pendant que la Chine et l'Inde continuent d'augmenter leurs émissions produit un résultat climatique global faible.
Le vassal volontaireL'Europe de Bruxelles s'est mise elle-même le collier le plus serré. Et pour cause : l'histoire de sa création explique beaucoup de choses.
Elle a adopté les contraintes les plus strictes pendant que les États-Unis, la Chine et l'Inde conservaient une bien plus grande liberté d'action.
Si le CO₂ représentait vraiment une catastrophe existentielle imminente, les grands émetteurs agiraient de façon comparable.
Or, ils calibrent leurs efforts selon leurs intérêts économiques et stratégiques. Pour eux, le risque n'est pas traité comme une urgence absolue justifiant le sacrifice de la compétitivité industrielle.
Cette position de vassal volontaire s'inscrit dans une histoire plus longue. Après 1945, les États-Unis ont fortement encouragé et soutenu la construction européenne : Plan Marshall conditionné à la coopération, soutien à la CECA, cadre de l'OTAN, pression pour la réintégration de l'Allemagne. Jean Monnet entretenait des liens étroits avec les milieux américains.
Des documents déclassifiés, rappelés notamment par le Daily Telegraph, montrent que l'American Committee on United Europe (dirigé par d'anciens responsables de l'OSS/CIA) a financé une part majeure du budget du Mouvement européen dans les années 1950. Des fondations américaines ont aussi soutenu les structures de Monnet.

La construction européenne a pu avancer dans un cadre compatible avec les intérêts stratégiques américains de l'époque. Aujourd'hui, le même continent adopte des politiques climatiques plus radicales et plus coûteuses que celles de la puissance qui l'a encouragée, tout en restant dépendant de son parapluie militaire et, de plus en plus, de son énergie.
ConclusionLe GIEC a fourni le cadre. La Commission européenne l'a traduit en réglementation. Les ONG et la presse dominante ont amplifié la pression. L'Europe a payé le prix industriel. Les États-Unis et la Chine, eux, ont conservé leur avantage et ne sont / seront pas "taxés carbone".
Ce n'est pas le réchauffement d'origine humaine qui est en cause. Ce sont :
- le traitement politique asymétrique,
- les alarmes excessives et
- le refus d'une répartition équitable de l'e\ort qui ont transformé une question scientifique en levier de redistribution économique et de contrôle. L'Europe en sort affaiblie. Les principaux émetteurs, non.
Les États-Unis n'ont pas eu besoin de bombardiers.
Ils ont soutenu, financé et orienté la construction européenne après 1945 pour stabiliser le continent et l'ancrer dans leur camp. Puis, une fois l'Europe devenue un concurrent industriel sérieux, le cadre climatique (GIEC intergouvernemental, normes, prix du carbone, Green Deal) a servi de levier pour lui imposer des contraintes que Washington ne s'imposait pas à lui-même.
Le résultat est sous nos yeux :
- L'Europe se désindustrialise sous le poids de ses propres règles ;
- Les États-Unis gardent l'avantage énergétique et réglementaire ;
- La Chine continue d'émettre et de produire à grande échelle.
Le "green washing" n'est pas seulement une opération de communication. C'est un outil de redistribution de la puissance industrielle. Et dans ce jeu, l'Europe a accepté de porter le fardeau le plus lourd.
Pas besoin de bombes. Il a suffi de normes, de subventions aux ONG, de discours d'urgence et d'un allié qui ne s'applique pas les mêmes règles.

Quelques éléments pertinents d'un spécialiste du sujet, Thibault KERLIRZIN
"LA FACE CACHÉE DE L'ÉCOLOGIE" Libre Journal de Géopolitique Profonde n°7 Avec Thibault Kerlirzin, Nicolas Stoquer et Andy Bussaglia
Lien : youtube
Dans cette émission (surtout à partir du "Grand Angle" vers 50 min), Kerlirzin développe :
- L'influence des ONG écologistes
- Le Club de Rome
- Maurice Strong et les origines de l'écologie politique
- Le Green Deal comme outil
- L'instrumentalisation du discours climatique
- Les liens avec la gouvernance mondiale / Davos
C'est actuellement l'une de ses interventions les plus denses et structurées sur ce thème précis.
Autres très bonnes interventions complémentaires
- Sur la propagande climatique et le GIEC : youtube
- Son travail de fond sur Greenpeace (livre + interviews) reste une référence.