
"Au fond, ils considèrent que la Seconde Guerre mondiale s'est mal terminée. Ils auraient voulu qu'elle débouche sur le succès des tentatives de paix séparée entre le IIIe Reich et les Anglo-Américains, afin de retourner ensuite leurs forces unies contre l'Union soviétique, d'abattre le communisme et d'affaiblir durablement la Russie". ~ Gilles Casanova
Parmi les figures publiques françaises, la seule qui eût pu, peut-être, tirer le pays hors des sables mouvants, était François Asselineau : âge mur, largeur de vues, courage personnel, connaissance poussée de la finance et de la politique étrangère. Par malheur, l'égo furieux de M. Asselineau sape l'œuvre à laquelle ses compétences l'auraient préparé, en rejetant loin de lui tout homme charismatique, susceptible de susciter l'adhésion de l'électorat.
Or, ce sont les compétences mêmes de M. Asselineau qui lui ont attiré, permis d'échanger longuement puis parfois de collaborer - trop brièvement - avec des citoyens brillants et de toute persuasion politique, dont Jacques Sapir, Emmanuel Todd, Régis Chamagne, Valérie Bugault, le Professeur David Cayla ainsi que la meilleure amie de ce dernier, Coralie Delaume (1), économiste, officier de réserve et patriote, dont nous déplorons le sixième anniversaire de la mort. Aux Universités d'automne (2) de l'UPR, le parti de M. Asselineau, se sont produits des intervenants de qualité remarquable mais dont aucun, semble-t-il, ne ferait partie du Bureau politique de l'UPR... ce qui interroge. Parmi ces intervenants, l'analyste Gilles Casanova ; que Papa Mendelssohn ne partage pas toutes ses vues "is neither here, nor there" - il y a plus important.
Ancien collaborateur de Jean-Jacques Chevènement, M. Casanova est devenu, au fil de la colère suscitée par le désastre ambiant, un polémiste aussi redoutable que subtil. À titre d'exemple, ses récentes publications sur Facebook dont voici quelques extraits. (3)
Mendelssohn Moses
*par Gilles Casanova
20 juillet à 16:19
La conversion de la gauche au néolibéralisme est un phénomène terrible pour les sociétés occidentales, on n'en mesure pas toujours toutes les implications et toutes les conséquences.
La destruction de l'emploi par la destruction de l'industrie et la délocalisation de la production, qui a été, sous sa direction, en France plus forte qu'ailleurs, mais qui est une réalité dans tout l'Occident, cette délocalisation vers la Chine et d'autres pays à bas coût de main-d'œuvre a transformé les sociétés occidentales.
Un chômage de masse s'est installé, et là où la gauche était régulièrement aux affaires, comme en France, ont été construits des dispositifs technocratiques pour en limiter la portée. Si de tels dispositifs peuvent avoir un sens et une utilité lors d'une crise économique ponctuelle, comme il s'agissait là d'une orientation de fond et de longue durée, ces dispositifs ont profondément transformé le rapport au travail dans la société.
Le "traitement social du chômage" s'il dure quelques mois peut-être une mesure tout à fait adaptée pour éviter des éléments de crise trop violents dans la société. Mais s'ils durent plusieurs décennies - nous en sommes maintenant à plus d'une quarantaine d'années -, il provoque des effets délétères très profonds.
Lorsque vous n'avez jamais vu vos parents ni ceux de vos voisins et amis travailler, que vous avez 30 ans, que vous vivez vous-même d'aides sociales dans des régions ou toute l'activité économique a été détruite, votre rapport au travail, votre rapport aux valeurs cardinales d'une société équilibrée, ne sont plus les mêmes.
Vous observez que l'argent de tous ces dispositifs d'aide sociale fait tourner la seule industrie qui fonctionne vraiment, qui emploie et qui rémunère : le narcotrafic, qui est la contrepartie d'une vie ou la disparition du travail, la disparition d'objectifs de réalisation personnelle, et leur remplacement par la seule perspective de vivre d'aide sociale ou de choisir le narcotrafic, va naturellement pousser à la consommation de drogue.
C'est peut-être un des éléments qui permet de comprendre pourquoi la France en ayant la législation la plus sévère sur le cannabis est la première consommatrice en Europe.
Mais cela a aussi un autre effet, celui de faire croire à ceux qui travaillent que le problème de la société ne réside pas dans le fait d'avoir délocalisé l'industrie pour faire des super-profits, mais dans le fait d'avoir organisé ce traitement social. Aujourd'hui une majorité de la société pense que c'est l'assistanat qui ruine la France. Ce n'est pas vrai, c'est bien sûr la désindustrialisation qui ruine la France. Mais les sociétés sont ainsi faites qu'elles vivent dans leurs représentations et non dans la réalité, et qu'il faut un bon moment avant qu'elles comprennent que ce n'est pas le Soleil qui tourne autour de la Terre...
On voit donc apparaître comme des mesures de bon sens, des mesures qui en réalité ne le sont pas, qui sont des mesures contre les personnes victimes de la désindustrialisation. Par exemple la suppression de l'équivalent du RSA en Italie est vécue par beaucoup de gens qui se pensent raisonnables ici, comme un grand pas en avant qui va permettre de remettre les gens au travail.
Mais le problème du travail c'est que ce n'est pas le travailleur qui décide ou pas de travailler, c'est l'employeur qui donne ou pas un emploi ou des emplois. S'il n'y a pas d'emploi celui qui veut travailler, il peut "traverser la rue" sans fin, il ne trouvera pas de travail. Mais une majorité de nos citoyens pense aujourd'hui que c'est parce qu'ils ne veulent pas traverser la rue que les chômeurs sont au chômage : "il y a toujours moyen de se débrouiller". C'est bien sûr faux, ce n'est pas le salarié qui crée son poste de travail, c'est l'employeur.
Mais la perspective du traitement social n'en est pas une. Elle n'est ni une perspective pour la société qui creuse une dette parfaitement improductive, ni une perspective pour les catégories qui se voyant éloignées du travail, se voient de plus en plus renvoyées vers le lumpen-prolétariat, c'est-à-dire les trafics en tous genres qui explosent dans notre pays, où des millions de gens "se débrouillent".
Ce qui aboutit à ce qu'une part significative de la société considère comme des mesures de bon sens les mesures de Javier Milei en Argentine ou celle de Georgia Meloni en Italie, qui bien souvent ne sont que des mesures qui vont dans le sens d'une exploitation plus sévère encore de la société et d'une oppression plus grande de cette société par les quelques milliardaires qui y détiennent, discrètement, l'essentiel du pouvoir.
Mais la perspective d'une société d'assistanat n'est pas une perspective de nature à mobiliser les catégories populaires surtout lorsqu'elle s'accompagne de la part des bureaucrates de gauche - qui l'ont mise en place et la représentent - de l'annonce de la nécessité de "la seule politique possible", mettant fin au processus naturellement contradictoire de toute démocratie et renvoyant l'essentiel de la décision à une petite oligarchie bureaucratique à Bruxelles.
La France a toujours produit des pensées universalistes, pour le meilleur et pour le pire. La déclaration des Droits de l'homme de la Révolution française n'était pas un texte à vocation nationale, mais un texte à vocation universelle. Il en est de même de toute une série de débats dans la société française qui ne sont jamais vus sous l'angle de l'intérêt étroit de la France, que ce soit la question de la laïcité, la question du mariage pour tous, ou d'autres questions de société, mais qui sont vues, dans notre pays, sous un angle générique.
C'est cette tendance naturelle à l'universalisme qui a fait que les règles de la globalisation financière mondiale ont été mises en place essentiellement par des socialistes français. C'est Pierre Bérégovoy qui se félicitait comme d'une victoire de gauche de la création du Marché à terme des instruments financiers (Matif), c'est Jacques Delors qui organisa la libération internationale des mouvements de capitaux, c'est Pascal Lamy qui mit en place et dirigea l'Organisation mondiale du commerce, qui fera tomber les barrières douanières mondiales. Trois socialistes français. Et si le ressentiment contre les socialistes - bien mérité - est généralisé dans les catégories populaires, cela n'a pas ouvert pour autant de perspective alternative qui aille dans le sens de l'émancipation des travailleurs et de meilleures conditions de vie pour les classes populaires.
Je n'aborderai pas tous les aspects de cette faillite de la gauche européenne, mais on voit bien en tirant ce fil que nous en avons pour très longtemps à en payer le prix, y compris dans le développement d'idées pernicieuses censées contrer leur politique mortifère.
De ce fait, aujourd'hui la distinction droite-gauche ne recouvre plus grand chose. Les mesures les plus hostiles aux catégories populaires sur les 40 dernières années ont été prises par "la gauche", alors que c'est traditionnellement le rôle de la droite. La droite elle-même n'a pas fait le moindre effort pour contrecarrer cet abandon dans le néolibéralisme, abandon qui condamne la Nation, qu'elle est censée défendre, mais abandon qui qui a ses yeux correspond surtout aux intérêts des riches, dont la défense lui apparait maintenant comme sa vocation naturelle.
Il est bien loin Charles de Gaulle qui considérait que la France ce n'était pas les riches, ce n'était pas la gauche, ce n'était pas la droite, que c'était tout à fait au-dessus de tout ça. La droite l'a enterré depuis longtemps
L'engouement aujourd'hui autour du film "La bataille de Gaulle" est un signe de santé de la société française, mais quand on voit ce film remarquable, on se rend bien compte de la trahison totale de l'esprit de De Gaulle par la droite française et la trahison de l'esprit de Jean Moulin par la gauche.
Ces conditions expliquent que, dans la tradition de la société française, la tentation la plus forte soit de se retourner vers une personnalité forte, extérieure aux gouvernants des dernières décennies, et ayant fait preuve d'autorité pour qu'elle rééquilibre la société, la remettre sur pied, en décidant du juste milieu entre les intérêts des uns et des autres, mais sans être prisonnière d'un jeu d'appareils, d'intérêts, de coteries et de politiciens, qui apparaissent guidés par leur intérêt personnel, plus que par quoi que ce soit d'autre.
Aujourd'hui dans la société française aucune personnalité venant de la gauche ne présente plus de telles caractéristiques. Jean-Pierre Chevènement, pour des raisons d'âge, ne peut plus être le recours qu'il apparut longtemps comme possible pour beaucoup de Français.
C'est donc assez naturellement que ce processus se tourne vers Marine Le Pen à l'heure actuelle. C'est ce que nous disent les études, pour la majorité de l'électorat et la très grande majorité des catégories populaires.
La bien-pensance médiatique la présente depuis des décennies comme vecteur d'un terrible danger fasciste, mais ce système médiatique s'est déconsidéré auprès d'une large majorité, nous disent les études régulières faites annuellement. Seuls y croient avec ferveur les partisans de l'extrême-centre ou de l'extrême-gauche, aujourd'hui indissociablement unis lorsqu'approche l'échéance électorale - au profit de l'extrême-centre.
Le patronat, pour la condamner, déclare qu'elle a le programme économique de la CGT, mais comme c'est sans la bureaucratie de la CGT, cela ne fait que lui attirer des votes d'ouvriers et d'employés...
Elle incarne le retour à l'ordre et à l'autorité que la disparition des valeurs traditionnelles de la société comme le travail, et le fait que le travail puisse apporter une capacité de progresser dans la société, ajoute à cette stature.
Que fera-t-elle si elle parvient à la présidence, il ne m'appartient pas de faire des prédictions, mais en tout cas ce sera la conclusion du suicide de la gauche, dont cette "gauche" ne pourra blâmer qu'elle même...
Mais si par malheur, cette "gauche", arrivait à imposer, une fois de plus, un extrême-centriste, ce serait le suicide de la France dont elle porterait pour toujours la culpabilité.
[Contrairement à ce qu'écrit Facebook, ce texte n'est pas généré par l'intelligence artificielle, mais par moi-même, je doute qu'une intelligence artificielle arrive à de telles conclusions]
*10 mai
Depuis quelques années, nous sommes soumis en Europe occidentale à un véritable Niagara médiatique révisionniste destiné à nous faire croire que la Seconde Guerre mondiale aurait été gagnée essentiellement par les forces américaines et britanniques, et que cette guerre n'aurait opposé, au fond, que deux figures du mal : quelques Allemands antisémites menés par un dirigeant dément, et surtout les communistes soviétiques.
La réalité historique est pourtant connue. Alors que le front anglo-américain s'étendait sur quelques centaines de kilomètres, c'est sur plus de 6000 kilomètres que se déployait le front de l'Est, où l'Union soviétique affrontait l'essentiel des forces du Reich allemand. C'est là que s'est jouée la défaite d'Hitler et du nazisme ; c'est là que se trouvait l'enjeu décisif de cette guerre.
Pourquoi, dès lors, les dirigeants des grands pays d'Europe occidentale racontent-ils aujourd'hui une autre histoire ?
Ce n'est pas que leur mémoire défaille. Ce n'est pas davantage que la propagande hollywoodienne leur aurait fait croire que la Seconde Guerre mondiale bascula le 6 juin 1944, alors que le tournant militaire majeur fut évidemment la bataille de Stalingrad. Non. S'ils réécrivent ainsi le passé, c'est qu'ils regrettent profondément la manière dont la guerre s'est achevée.
(...) Au fond, ils considèrent que la Seconde Guerre mondiale s'est mal terminée. Ils auraient voulu qu'elle débouche sur le succès des tentatives de paix séparée entre le IIIe Reich et les Anglo-Américains, afin de retourner ensuite leurs forces unies contre l'Union soviétique, d'abattre le communisme et d'affaiblir durablement la Russie.
Certes, la tentative menée par Heinrich Himmler échoua faute de crédibilité politique. Mais l'Opération "Sunrise" faillit, elle, aboutir. Ces négociations secrètes conduites en Suisse entre Allen Dulles, chef de l'OSS (les services secrets des USA à l'époque) à Berne, et le général SS Karl Wolff visaient à organiser une capitulation allemande séparée. Lorsque le plan commence à se mettre en œuvre effectivement et que les troupes allemandes d'Italie capitulent, les soviétiques comprennent la tentative de retournement d'alliance et menacent suffisamment pour écraser l'opération.
Voilà le regret qui les hante.
Voilà aussi pourquoi ils soutiennent aujourd'hui en Ukraine des mouvements se réclamant de l'héritage de Stepan Bandera fervent combattant allié au régime nazi. Voilà pourquoi, depuis des décennies, tant d'anciens responsables issus de l'appareil politique ou administratif du Reich ont été recyclés dans les structures occidentales puis européennes, avant d'être relayés aujourd'hui par leurs héritiers, qui se révèlent l'être aussi au plan politique et idéologique...
La volonté de l'État profond américain, de Keir Starmer, d'Emmanuel Macron ou de Friedrich Merz serait de reprendre le cours interrompu de l'Histoire : effacer l'échec de ces tentatives infructueuses passées et préparer une grande confrontation occidentale contre la Russie.
C'est le sens du réarmement qu'ils organisent ; c'est le sens des discours du Chancelier allemand ; c'est le sens aussi de l'alignement d'Emmanuel Macron lorsqu'il envisage de donner l'arme nucléaire française à l'Allemagne, alors même que cette force de dissuasion fut conçue, historiquement, pour préserver la France de toute nouvelle occupation de son territoire, occupé par trois fois successives par l'Allemagne.
Nous ne sommes donc pas confrontés à des dirigeants momentanément oublieux, mais à des responsables politiques mus par une vision historique assez cohérente.
C'est ce qui expliquerait, par exemple, l'interdiction faite par les autorités allemandes aux représentants russes d'assister aux commémorations de la libération des camps nazis construits par l'Allemagne et libérés par l'Armée rouge, ainsi que le silence des gouvernements français et britannique devant une telle décision. Et cet exemple n'est qu'un parmi beaucoup d'autres observables depuis une dizaine d'années.
Voilà ce que sont devenus nos dirigeants. Voilà ce qu'ils voudraient imposer.
Dans un an, la France aura la possibilité d'en changer. Mais, pour l'heure, peu de voix puissantes semblent encore capables de s'opposer à ce révisionnisme désormais actif, assumé et politique.
C'est pourtant une urgence.