16/08/2026 reseauinternational.net  7min #323472

 Combien de guerres faut-il perdre pour cesser d'être considéré comme la « meilleure armée du monde » ?

La crise d'Ormuz est désormais une crise de capacité de raffinage et d'accès aux produits raffinés

par Nournews

Le détroit d'Ormuz ne peut plus être évalué uniquement en fonction du nombre de barils de pétrole qui y transitent ou du prix du brut. L'élargissement de l'écart entre les prix des produits raffinés et ceux du brut, le changement de comportement de la Chine et la pression croissante sur l'économie américaine indiquent que la poursuite de la guerre imposera de lourds coûts à Washington, ce qui pourrait entraîner des conséquences imprévisibles pour les partisans de la guerre à l'approche des élections législatives.

Lorsqu'on évalue la situation sécuritaire dans le golfe Persique et le détroit d'Ormuz, deux indicateurs retiennent généralement le plus l'attention : le volume de pétrole brut transitant par le détroit et les cours mondiaux du pétrole. Ces deux indicateurs sont importants, mais ils ne suffisent pas à mesurer la véritable ampleur de la crise énergétique. Un indicateur plus déterminant est la situation des produits pétroliers raffinés, parmi lesquels le diesel, l'essence et le kérosène sont directement liés aux transports, à la production et à la vie quotidienne des populations. Dans les conditions actuelles, l'écart de prix entre les produits raffinés et le pétrole brut, appelé "crack spread", a atteint des niveaux sans précédent, l'écart sur le diesel approchant les 100 dollars le baril. Parallèlement, les exportations de diesel en provenance de Russie, du Moyen-Orient et d'Asie ont diminué, et le marché mondial est confronté à une pénurie de plus en plus grave de produits raffinés.

L'importance de cette évolution réside dans le fait que la crise du détroit d'Ormuz n'est plus simplement une crise d'"approvisionnement en pétrole brut" ; elle est devenue une crise de capacité de raffinage et d'accès aux produits raffinés. Les dommages subis par les raffineries russes pendant la guerre en Ukraine, les perturbations dans les raffineries de la région et l'accès limité aux matières premières de raffinage, combinés à la réduction du trafic dans le détroit d'Ormuz, ont créé une chaîne fragile. En conséquence, la Fédération de Russie, l'un des principaux fournisseurs mondiaux d'essence, est désormais elle-même devenue importatrice de ce produit. Dans ces circonstances, les prix du pétrole brut peuvent sembler relativement modérés par rapport à l'ampleur de la perturbation, tandis que les prix du diesel, de l'essence et du kérosène ont connu des hausses sans précédent. C'est à ce stade qu'une crise énergétique passe des marchés financiers à l'économie réelle. Des rapports récents ont également fait état de restrictions sévères sur les approvisionnements en gazole et des efforts déployés par les États-Unis pour s'approvisionner en matières premières de raffinage auprès de fournisseurs plus éloignés.

Le comportement de la Chine constitue une autre variable déterminante dans cette équation. Les données officielles montrent que les importations chinoises de pétrole ont atteint 8,41 millions de barils par jour en juillet, bien qu'elles restent inférieures au niveau de l'année dernière, et que la Chine a absorbé une partie de la pression sur le marché lors de la phase précédente de la crise en réduisant sa demande. Toutefois, sur le marché physique du pétrole, les informations obtenues auprès de grands négociants impliqués dans la vente de pétrole du golfe Persique indiquent une augmentation de la demande d'achat chinoise en août. Bien que ces informations ne se soient pas encore reflétées dans les statistiques mensuelles officielles ni dans les rapports internationaux publics, elles ont déjà eu un impact concret sur le marché. Selon ces informations, dans certaines transactions, le prix proposé pour les cargaisons a augmenté d'environ 2 dollars par baril en l'espace d'une seule journée. Si cette tendance venait à se confirmer, cela signifierait une concurrence accrue pour les cargaisons disponibles et, par conséquent, une pression accrue sur le prix des matières premières destinées aux raffineries et des produits raffinés.

Cette situation revêt une importance stratégique accrue lorsqu'on la considère à la lumière de la situation économique des États-Unis. La croissance économique américaine est tombée à 1,5% au deuxième trimestre 2026, contre 2,1% au premier trimestre. Sur les marchés financiers, par ailleurs, une adjudication de 25 milliards de dollars d'obligations du Trésor américain à 30 ans, organisée le 13 août, s'est déroulée à un taux de 5,216%, soit le taux d'adjudication le plus élevé pour ces titres depuis 2001. Dans le même temps, le déficit budgétaire du mois de juillet a atteint 432 milliards de dollars, tandis que le déficit cumulé de l'exercice fiscal avoisinait les 1 800 milliards de dollars.

Dans un tel contexte économique, la hausse des prix de l'énergie peut provoquer un choc à plusieurs niveaux : les prix des produits raffinés augmentent, l'inflation reste élevée, la Réserve fédérale dispose d'une marge de manœuvre réduite pour baisser les taux d'intérêt et les taux à long terme restent élevés. En conséquence, le coût du financement public et du service de la dette augmente. Par conséquent, la guerre n'impose pas seulement des coûts militaires à Washington ; elle peut également engendrer des coûts financiers, inflationnistes et politiques.

Dans cette perspective, la récente menace de Donald Trump d'imposer une "forte pression économique" à l'Iran, si elle s'accompagne d'une pression accrue sur le détroit d'Ormuz, crée une contradiction stratégique. Les États-Unis pourraient certes exercer une pression accrue sur les recettes de l'Iran, mais une réaction de riposte pourrait prolonger les perturbations énergétiques, une part significative du coût de cette pression étant finalement répercutée sur les marchés mondiaux et, à terme, sur les consommateurs américains.

Trump lui-même a désormais explicitement reconnu la hausse des prix de l'essence et l'a décrite comme un coût que les Américains devront supporter, tandis que des rapports récents ont mis en évidence un mécontentement national croissant et une pression politique découlant de la guerre et des prix des carburants.

C'est là que les élections législatives de mi-mandat de novembre deviennent un sérieux frein pour Washington. Les effets d'une guerre destinée à accroître la pression sur l'Iran se sont retournés comme un boomerang et sont désormais devenus une question de prix de l'essence, d'inflation, de pouvoir d'achat et de bilan économique de l'administration à l'approche des élections. Dans un récent sondage, deux tiers des Américains se sont déclarés opposés à la guerre, et la pression économique qui en résulte est devenue l'un des points faibles des républicains.

Dans cette perspective, l'avenir de la guerre ne doit pas être évalué uniquement en fonction de la capacité de chaque camp à porter un coup ; le critère le plus important est sa capacité à absorber le coût de la riposte. Si la guerre se transforme en guerre d'usure, le temps pourrait devenir une variable décisive. L'Iran sera confronté à de fortes pressions économiques, mais les États-Unis devront également gérer simultanément les coûts liés à l'énergie, à l'inflation, aux taux d'intérêt, à la dette et aux élections. À l'inverse, si Washington cherche à intensifier rapidement la pression, il devra accepter le risque de nouvelles perturbations énergétiques et de leur transformation en choc économique.

Par conséquent, l'équation de la guerre passe de "la capacité à exercer une pression" à "la capacité à résister à une pression réciproque". Trump peut menacer d'accroître la pression économique sur l'Iran, mais plus cette pression se répercute sur le marché de l'énergie et le détroit d'Ormuz, plus grande est la probabilité qu'elle se transforme en boomerang économique et électoral pour les États-Unis.

L'indicateur le plus important de la situation dans le détroit d'Ormuz n'est peut-être plus le nombre de barils qui y transitent. Ce qui importe, c'est de savoir de combien de dollars cette crise fait grimper le prix du diesel, de l'essence et du kérosène, et quelle part de la capacité économique et politique des États-Unis ces hausses de prix vont absorber. Dans ce contexte, la guerre n'est plus simplement une épreuve de force mesurant la puissance militaire des deux camps ; elle est devenue un test de la résilience économique et politique de Trump jusqu'aux élections de novembre.

source :  Nournews via  China Beyond the Wall

 reseauinternational.net