17/08/2026 elucid.media  3min #323536

 « Urgence humanitaire et sociale absolue » : Ceuta confrontée à une arrivée massive de migrants par la mer

Ceuta : derrière la crise migratoire, une manœuvre géopolitique du Maroc ?

Par  Paul Fernandez-Mateo

Près de 72 000 migrants ont gagné Ceuta depuis le Maroc les 30 et 31 juillet 2026, provoquant une crise sans précédent dans une exclave espagnole qui compte à peine plus de 80 000 habitants. Simple mouvement migratoire ou moyen de pression sur Madrid ? La concomitance avec le rapprochement entre l'Espagne et l'Algérie ravive les soupçons d'une instrumentalisation des flux migratoires par Rabat.

Ce n'est certainement pas la première fois que l'exclave espagnole de Ceuta, de même que sa voisine Melilla, fait face à une vague migratoire. En tant que seuls territoires européens d'importance disposant d'une frontière terrestre avec le continent africain, elles constituent une porte d'entrée vers l'Europe beaucoup moins dangereuse, pour ceux qui font le choix de gagner le continent européen par voie irrégulière, que la traversée de la mer Méditerranée ou de l'océan Atlantique. En particulier, plusieurs milliers d'arrivées simultanées en à peine quelques jours avaient déjà été enregistrées en 2021 et en 2022.

L'épisode du 30 et 31 juillet 2026, toutefois, reste sans précédent au vu de son ampleur. Le compte précis des migrants ayant traversé la frontière durant ces deux journées est difficile à déterminer, mais avoisinerait les 72 000 personnes, principalement de jeunes hommes, qui ont pénétré dans l'exclave en longeant les digues ou en les contournant à la nage. Un certain nombre se sont noyés, ou ont péri dans les attroupements : le bilan officiel s'élève actuellement à  77 morts, mais peut encore croître. Avant même le 30 juillet, une  nette augmentation des arrivées avait déjà été constatée : ainsi, en l'espace de dix jours, entre le 20 et le 29 juillet, Ceuta a comptabilisé 1500 arrivées de migrants, un décompte beaucoup plus élevé qu'à l'ordinaire.

La ville de Ceuta elle-même ne compte qu'un peu plus de 80 000 habitants ; autant dire qu'une arrivée aussi massive a complètement submergé les capacités d'accueil de l'exclave, en dépit du renfort de l'armée espagnole. En définitive, l'issue rapide de la crise ne saurait surprendre : piégés dans Ceuta, sans aucun moyen de rejoindre le continent, sans refuge ni nourriture - car il n'y en avait tout simplement pas assez sur place - et sans perspective d'en obtenir assez vite, presque tous les migrants sont bien vite repartis vers le Maroc. Près de 50 000 avaient déjà quitté le territoire espagnol le 1er août ; à l'heure actuelle, environ 70 000 sont repartis, ce qui n'en laisse qu' un à deux milliers sur place. Même ceux-là ne resteront peut-être pas ; les ressources disponibles sont toujours très insuffisantes.

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