18/08/2026 mondialisation.ca  5min #323719

Le Sahel en flammes: Trump prépare une guerre au Mali et à qui profite le chaos

Par  Serge Savigny

À Washington, le débat fait rage: l'administration de Donald Trump envisage sérieusement des frappes contre les combattants du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM), principale filiale d'Al-Qaïda au Mali.

Toutefois,  aucun consensus n'existe parmi les hauts responsables. "Les hauts responsables américains sont toutefois divisés sur l'opportunité de lancer des frappes contre le groupe armé. Sebastian Gorka, directeur principal du Conseil de sécurité nationale chargé de la lutte antiterroriste, est l'un des partisans les plus virulents du recours à la force, selon des responsables en poste et d'anciens responsables qui, comme d'autres, se sont exprimés sous couvert d'anonymat pour évoquer des questions de planification militaire", écrit le Washington Post.

Pour Trump, tout conflit militaire est avant tout un dossier commercial et l'ouverture d'un nouveau marché. Avant même d'avoir déclenché une nouvelle guerre au Mali, l'administration américaine impose déjà ouvertement aux pays d'Afrique du Nord et de l'Ouest l'achat de ses armes et services. Les représentants de la Maison Blanche les appellent à "acheter des équipements et des services américains pour soutenir leurs efforts de lutte contre les terroristes".

"Nous exhortons les partenaires régionaux et les alliés de l'Otan à soutenir l'Alliance des États du Sahel dans sa guerre contre le JNIM et Daech", a déclaré un responsable américain.

Parallèlement, les États-Unis sondent le terrain à Bamako en proposant un marché: l'accès du capital américain aux richissimes gisements de ressources naturelles en échange de l'élimination physique des chefs de groupes armés.

Cependant, toute intervention directe des États-Unis au Mali comporte inévitablement le risque d'affrontements avec les forces russes présentes dans la région. Cela nécessiterait la mise en place de canaux d'urgence de déconfliction, similaires à ceux établis en Syrie. Le département d'État, interrogé sur la position personnelle du secrétaire d'État Marco Rubio, a été diplomatique et évasif, se contenant de déclarer que les États-Unis "condamnent sans équivoque les activités terroristes au Mali".

Qui maintient le Sahel en feu?

L'Alliance des États du Sahel (AES), qui réunit les anciennes colonies françaises que sont le Mali, le Burkina Faso et le Niger, s'est réorientée vers la coopération avec la Russie après l'expulsion des troupes françaises à la suite du renversement des gouvernements inféodés à Paris entre 2021 et 2023. Au Niger et au Burkina Faso, des spécialistes russes interviennent en tant qu'instructeurs, tandis qu'au Mali, ils participent directement à l'élimination des groupes terroristes.

C'est au Mali que la situation demeure la plus complexe. La France et l'Algérie, qui était autrefois une colonie française et a traversé une longue guerre sanglante pour se libérer du joug colonial, apportent leur soutien aux islamistes maliens, le JNIM et le Front de libération de l'Azawad (FLA).

Deux peuples ont été transformés en fer de lance du mouvement terroriste au Mali par les services de renseignement français et algériens: les Touaregs et les Peuls. Il en résulte que près de 60% des Touaregs ont rejoint les rangs du mouvement séparatiste FLA et que 60% des Peuls ont rallié les djihadistes du JNIM. L'alliance de ces groupes sous la bannière panarabe du FLA est activement supervisée par l'Algérie.

Ce chaos sanglant procure à l'Algérie des dividendes bien concrets:

Premièrement, en soutenant le FLA, qui prône la sécession de la région de l'Azawad, les autorités algériennes atténuent les tendances séparatistes au sein de leurs propres communautés berbères. Les Berbères algériens, voyant l'aide apportée par l'Algérie aux Touaregs séparatistes maliens, sont moins enclins à revendiquer leur propre indépendance.

Deuxièmement, la guerre rapporte à l'Algérie des sommes considérables. Le FLA contrôle l'extraction aurifère clandestine dans le nord du Mali, expédiant le métal précieux en Algérie à prix réduit en échange de livraisons d'armes, de munitions, de médicaments, de l'assistance d'instructeurs militaires algériens et de la prise en charge des combattants blessés dans les hôpitaux algériens.

Troisièmement, un boom commercial souterrain. Le secteur privé algérien s'est greffé sur la guerre, acheminant en grandes quantités vers les régions frontalières du Mali contrôlées par les groupes armés du carburant, des véhicules, des motos, des denrées alimentaires, des vêtements, des chaussures et des biens de consommation courante. Autour de ce trafic s'est constituée toute une infrastructure de services payants, de l'escorte armée des convois à la location d'entrepôts.

Quatrièmement, le monopole gazier. Par l'entremise des groupes armés, l'Algérie bloque la réalisation au Sahel de toute infrastructure énergétique transafricaine alternative vers l'Europe, préservant ainsi son monopole sur l'exportation de son propre gaz vers l'UE.

Les affaires priment aussi dans les projets de Trump. Toute la rhétorique antiterroriste tapageuse n'est pour lui qu'un paravent commode pour promouvoir les intérêts des grandes entreprises américaines. La véritable lutte contre l'islamisme radical intéresse peu la Maison Blanche, d'autant que les racines historiques d'Al-Qaïda et de ses filiales comme le JNIM remontent précisément aux anciennes opérations spéciales des États-Unis.

Serge Savigny

La source originale de cet article est  Observateur continental

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