
Par Yara Hawari
Comme le montre clairement ses excuses totalement creuses concernant Gaza, il n'apportera en aucune manière le changement radical dont le Parti travailliste a réellement besoin.
Ce lundi [20 juillet 2026], l'ancien maire de Manchester, Andy Burnham, prend officiellement ses fonctions de Premier ministre britannique, après que la pression publique a contraint Keir Starmer à démissionner de ce poste.
Ce changement intervient alors que le Parti travailliste au pouvoir connaît une chute spectaculaire de sa popularité.
Burnham a promis de mener le parti et le gouvernement sur une nouvelle voie, axée sur le rétablissement de l'unité interne et la lutte contre les difficultés rencontrées par les travailleurs britanniques.
La question palestinienne est l'un des principaux sujets qui déchirent le Parti travailliste depuis plus d'une décennie. Le 9 juillet, avant sa confirmation au poste de Premier ministre, Burnham a décidé d'aborder cette question dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, affirmant que le Parti travailliste "n'avait pas vu juste" et devait "faire mieux" concernant Gaza.
Va-t-il donc réellement "faire mieux" sur la question palestinienne et sur tout ce que le Parti travailliste a mal géré au cours de la dernière décennie ? Certainement pas. En effet, la complicité dans le génocide perpétré par Israël est profondément ancrée dans l'infrastructure politique britannique. Il faudrait pour cela un changement radical - ce que Burnham ne propose pas.
La carrière politique de Burnham a débuté avec son élection en 2001 en tant que député de Leigh, dans le Grand Manchester. Il a ensuite occupé le poste de secrétaire parlementaire privé de David Blunkett, alors ministre de l'Intérieur, avant d'assumer plusieurs fonctions ministérielles.
Entre 2017 et la mi-juin de cette année, il a été maire du Grand Manchester, où il a été apprécié pour sa gestion de l'économie locale et l'amélioration des transports publics.
Surnommé le "roi du Nord", il est présenté comme un outsider face à un establishment de Westminster longtemps dominé par les Sudistes. Pourtant, à l'instar de 75 % des anciens Premiers ministres britanniques, Burnham a fait ses études à Oxbridge.
Burnham hérite désormais d'un parti en plein désarroi, qui a perdu une grande partie de son soutien populaire en raison de son bilan en matière d'économie, d'immigration et de politique étrangère.
Alors que l'extrême droite a fait un bond dans les sondages, le Parti travailliste a choisi de la concurrencer sur son propre terrain plutôt que de proposer une alternative.
Au cours de l'année écoulée, la ministre de l'Intérieur, Shabana Mahmood, a mené des politiques d'immigration cruelles, notamment des projets visant à expulser par la force les familles de demandeurs d'asile "déboutés" et à mettre un "frein aux visas", interdisant aux citoyens d'Afghanistan, du Cameroun, du Myanmar et du Soudan d'accéder aux voies normales d'obtention de visa.
En matière de politique étrangère, la complicité du Parti travailliste dans le génocide israélien à Gaza hantera le parti pendant une génération.
On se souviendra de Starmer pour avoir déclaré que l'armée israélienne avait "le droit" de couper l'eau et l'électricité à une population assiégée, et de son gouvernement pour avoir poursuivi les ventes d'armes au régime israélien, notamment des composants destinés aux avions de combat F-35 qui ont causé des morts et des destructions incalculables à Gaza.
Burnham n'est pas l'outsider que sa machine de relations publiques présente. Il est membre des " Labour Friends of Israel" depuis 2015, année où il a qualifié le mouvement de boycott, de désinvestissement et de sanctions ( BDS) de "malveillant" et s'est engagé à ce qu'Israël soit le premier pays qu'il visiterait en tant que chef du Parti travailliste.
Parmi ses alliés figure Josh Simons, ancien directeur du Think Tank "Labour Together", qui a orchestré l'ascension de Starmer et contribué à purger le parti de son aile gauche pro-palestinienne, souvent sous prétexte de lutter contre l'antisémitisme.
L'ironie est que, pendant cette même période, les membres juifs du parti ont fait l'objet d'enquêtes et ont été exclus à un rythme plusieurs fois supérieur à celui des membres non juifs.
En mai, Simons a démissionné de son mandat de député afin que Burnham puisse se présenter et remporter une élection partielle pour son siège au Parlement, ce qui lui a permis de briguer la direction du Parti travailliste et le poste de Premier ministre. L'influence que les figures de "Labour Together" continuent d'exercer autour de Burnham montre que la machine qui a soutenu la direction de Starmer n'a pas tant été démantelée que discrètement repositionnée.
Ces dernières semaines, Burnham a commencé à esquisser ses priorités : un nouvel élan en faveur du logement social, s'appuyant sur ce qu'il considère comme une réussite à Manchester, et une politique de "construction de coalitions" présentée comme un antidote aux divisions de Westminster.
Les dites "excuses" concernant Gaza s'inscrivaient également dans cet effort de relations publiques.
Ce qu'il a déclaré dans cette courte vidéo illustre parfaitement pourquoi il n'y aura aucun changement sous son gouvernement. Le postulat de ces excuses est que la Grande-Bretagne a simplement tardé à appeler à un cessez-le-feu, et non qu'elle a été et continue d'être complice d'un génocide.
Le Royaume-Uni et son embargo en trompe l'œil sur les armes
"Ne pas avoir bien fait les choses", c'est ce qu'on dit d'un cheesecake pas assez cuit, pas d'une position politique face à un massacre en cours qui a coûté la vie à au moins 73 000 Palestiniens. Il est révélateur que Burnham refuse toujours de qualifier de génocide ce qui s'est passé et ce qui se passe actuellement à Gaza.
Quelques jours avant la diffusion de cette vidéo, on a appris que son choix pour le poste de chef de cabinet s'était porté sur James Purnell - ancien président des "Labour Friends of Israel" et, jusqu'à quelques jours avant sa nomination, directeur général de Flint Global, un cabinet de lobbying comptant parmi ses clients des fabricants d'armes, des géants de la technologie et de grandes compagnies pétrolières.
Pour un dirigeant qui se présente comme rompant avec les échecs de Starmer sur la question de Gaza, nommer un lobbyiste pro-israélien au cœur même de son équipe en dit bien plus long que ne pourrait jamais le faire une vidéo d'excuses.
De toute évidence, les conseillers de Burnham lui disent qu'il doit donner l'impression de faire amende honorable pour le rôle de la Grande-Bretagne dans ce génocide. Mais la machine qui a permis au gouvernement britannique d'approuver ce génocide, et qui continue de fournir les armes qui le perpétuent, n'a pas été démantelée. Elle a simplement changé de porte-parole.
20 juillet 2026 - Al-Jazeera - Traduction : Chronique de Palestine

* Yara Hawari est Senior Palestine Policy Fellow et codirectrice d' Al-Shabaka. Elle a obtenu son doctorat en politique du Moyen-Orient à l'Université d'Exeter, où elle a enseigné en premier cycle et est chercheur honoraire.En plus de son travail universitaire axé sur les études autochtones et l'histoire orale, elle est également une commentatrice politique écrivant régulièrement pour divers médias, notamment The Guardian, Foreign Policy et Al Jazeera. Son compte twitter.