21/08/2026 reseauinternational.net  5min #324033

L'Occident sur la voie de la guerre mondiale

par Pr. Glenn Diesen

La question fondamentale des systèmes sociaux est la suivante : comment instaurer l'ordre en gérant les intérêts concurrents ? En matière de sécurité internationale, il est donc impératif de se demander : comment gérer les intérêts de sécurité concurrents des États ?

Cette question n'a pas été posée depuis longtemps, car l'ordre mondial post-Guerre froide s'est organisé autour de l'hégémonie collective de l'Occident. Un système hégémonique gère certes les intérêts de sécurité concurrents des États, mais il recherche la stabilité, l'ordre et la paix par la domination. Or, cette hégémonie a disparu et nous devons à nouveau nous pencher sur la question des intérêts de sécurité concurrents des États.

L'hégémonie comme valeurs universelles

Discuter des préoccupations sécuritaires des autres États est particulièrement difficile pour une ancienne puissance hégémonique, car cela est perçu comme une trahison des valeurs universelles. Les hégémons cherchent toujours à légitimer leur domination comme un bien commun, ce qui explique pourquoi leurs intérêts et privilèges particuliers sont présentés comme des "valeurs universelles". L'Occident ne parle plus de sécurité internationale en termes d'intérêts de sécurité concurrents, mais en termes de valeurs universelles.

L'ordre mondial post-Guerre froide, fondé sur l'hégémonie libérale, présentait l'hégémonie collective de l'Occident comme une "force du bien", censée promouvoir les valeurs démocratiques libérales. La classe politique occidentale, formée au cours des dernières décennies, a pleinement embrassé une idéologie basée sur la théorie de Fukuyama de la "Fin de l'Histoire", selon laquelle le monde s'unifierait sous l'égide de la démocratie libérale et du leadership occidental. L'hégémonie libérale est devenue la norme hégémonique, car ces valeurs universelles ne pouvaient prévaloir que sous la domination occidentale.

Comportements prévisibles d'une puissance hégémonique en déclin

Une puissance hégémonique en déclin cherchera, comme on pouvait s'y attendre, à affaiblir les puissances émergentes, et toutes les "valeurs universelles" qui ne justifient plus son hégémonie pourront être rejetées. Quelle est la réaction prévisible de l'ancienne puissance hégémonique ?

La réaction prévisible serait une guerre économique contre la Chine pour freiner son essor technologique et économique, et, si cela échoue, une escalade vers un conflit armé. En Europe, l'hégémonie peut être restaurée par l'expansionnisme de l'OTAN et des guerres par procuration visant à affaiblir la Russie en tant que puissance rivale. Au Moyen-Orient, l'Iran serait la cible principale d'un changement de régime ou d'une destruction, étant la principale puissance rivale dans la région. L'hémisphère occidental doit à nouveau se soumettre à la doctrine Monroe, l'Afrique deviendra un champ de bataille pour l'influence et les alliés de l'hégémonie devront payer un tribut.

Cependant, l'hégémonie a déjà disparu. La Chine peut résister à la coercition économique, la Russie peut contrebalancer l'expansionnisme de l'OTAN, l'Iran a triomphé des États-Unis et l'expansionnisme impérial de Washington a désormais dépassé les limites du soutenable. Aucune solution à la crise économique imminente ne permettra de redresser la situation.

Réflexions sur la paix dans un monde multipolaire

La paix ne peut-elle exister que si l'économie et la technologie américaines dominent la Chine ? La paix en Europe ne peut-elle exister que si l'expansionnisme de l'OTAN persiste et lui permet d'attaquer d'autres États sans entrave ? La paix au Moyen-Orient ne peut-elle exister que si chaque État rival de l'Occident dans la région subit un changement de régime ou est anéanti ? La paix et l'ordre ne peuvent-ils exister que si l'Occident peut s'immiscer dans les affaires intérieures des autres États ?

Interrogez les fondamentalistes idéologiques occidentaux sur ce qui crée l'ordre, et la réponse fera toujours référence à une forme ou une autre de "valeurs universelles" liées à l'hégémonie occidentale.

Notre plus grand défi en Occident est de nous adapter à une nouvelle répartition internationale du pouvoir : comment parvenir à la paix et à l'ordre dans un monde post-hégémonique ?

L'Occident choisira la guerre

Abandonner les idéologies hégémoniques et développer à nouveau des systèmes qui gèrent des intérêts de sécurité concurrents n'est pas chose aisée. La nouvelle classe politique a émergé ces dernières décennies, convaincue d'avoir un rôle unique à jouer dans l'histoire : celui d'assurer la transition d'un monde autrefois chaotique vers un monde plus paisible, juste et stable. Dans le cadre d'une mission civilisatrice vertueuse, l'Occident dominerait à jamais, pour le bien de toute l'humanité. Or, elle préside à une ère qui marque la fin de cinq siècles de domination occidentale.

Dans un tel contexte, les fondamentalistes idéologiques occidentaux refusent d'envisager une adaptation à la nouvelle répartition internationale du pouvoir. Ils se refusent catégoriquement à aborder les préoccupations sécuritaires des États rivaux, y voyant une trahison des valeurs universelles. Dès lors, on observe la montée en puissance rapide de faucons bellicistes, prêts à propager l'illusion qu'une seule grande guerre suffirait à restaurer l'âge d'or.

Tandis que l'Occident se prépare à une guerre perpétuelle en promettant une paix éternelle, les règles qui ont légitimé son hégémonie seront sacrifiées. La liberté d'expression, la liberté de navigation, les règles du système financier international, le commerce international et toutes les autres règles qui garantissaient un monde ouvert et interconnecté sont bafouées. Des principes autrefois sacrés sont abandonnés avec le soutien de groupes djihadistes et fascistes, et même en banalisant le génocide. La diplomatie est qualifiée d'apaisement et la crainte d'une guerre nucléaire est balayée d'un revers de main, considérée comme une concession au chantage nucléaire.

En rejetant un système qui vise l'ordre et la paix par la gestion d'intérêts sécuritaires concurrents, l'Occident a choisi la guerre pour rétablir son hégémonie illusoire.

source :  Glenn Diesen via  Marie Claire Tellier

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